14
août
07

Bratislava-Paris, Epilogue.

Bratislava-Vienne

Dormi une heure, réveil à 4h, je dis au revoir à Nico et pars en tram pour la gare.

Un train part à 5h13 pour Vienne, 1h30 de sommeil en plus.

Vienne-Zurich

A Vienne, le temps d’apercevoir Schönbrunn sur lequel se lève le soleil, de changer de quai, et je monte dans un train pour Zürich, plutôt plein mais très confortable.

Nous quittons les plaines et entamons une traversée des Alpes, Salzburg accrochée à ses reliefs, veille sur son fleuve, le paysage devient plus sauvage, des forêts de résineux, des cimes déchirées, quelques villages posés au creux de quelques vallons regardent passer le beau train rouge.

Le paysage de ces jeunes alpes, assez différentes de celles de France, est enchanteur ; des petits villages bien tenus, des potagers impeccables, beaucoup de clochers qui dépassent au dessus des toits ou des bois, des cours d’eau scintillants, plus haut des forêts de résineux grimpant doucement sur le doux relief.

Au dessus encore, la roche à vif, en falaises ou en combes, se détache sur le ciel bleu ; quelques arbres encor, brûlés par le soleil et assoiffés, forment des taches vertes sombres.

Le Maria Theresa, nom du train, file à travers les champs colorés et les paisibles troupeaux de vaches.

Il est 12h30, nous passons Innsbruck, sans doute joli en hiver, quand la neige recouvre le béton des usines, et arrivons à Landeck-Zams, une heure plus tard.

Tout se passait formidablement bien, un train au confort impeccable, de beaux paysages, c’était trop beau.

Le train s’arrête exceptionnellement définitivement à Landeck, et il nous faut prendre des bus pour rejoindre la gare de Bludenz, 100km plus loin.

Tout le train se vide et se fait transvaser dans les bus qui attendent, nous partons immédiatement.

Une jolie route de montagne dont je ne vois pas grand chose, trop occupé à dormir, si ce n’est un reste de glacier, très loin au dessus de la vallée.

J’arrive à Bludenz, il est 14h30, le sosie du Maria Theresa, même mieux, m’emmène à Zürich.

Zürich-Bâle-Paris

J’entre en Suisse, arrive à Zürich en longeant les nombreux lacs qui bordent la voie depuis la frontière autrichienne, il est 16h30, tout le monde descend, je saute dans un train de l’autre coté du quai, pour Bâle ; il part dans la minute.

Arrivée à Bâle une heure plus tard, un sandwich à la main, je passe les douanes françaises, vaste corridor sans douanier ni français, et tombe, voie 31, sur le museau allongé, les yeux rougeoyants, et la silhouette effilée du TGV.

Me voilà en France, à 3h de Paris, je quitte Bâle et la Suisse, ai dit au revoir à Bratislava, à Vienne et aux Alpes.

Fin d’un voyage, de deux voyages en un même, la traversée de la Chine jusqu’à Almaty, et le voyage en Europe entre Kiev et Paris, étant très différents.

Fin d’une année de voyages aussi, merveilleusement riche, instructive et constructive, qui va maintenant avoir le temps de décanter, avec la reprise des cours en octobre, un Master à décrocher, et la France à redécouvrir.

Quand on part loin et longtemps, un petit manque apparaît, parmi d’autres, qui est celui du pays, un pays si particulier, si beau et si varié.

Il y a un an, il était prévu que ce serait à peu près à cette époque, fin août, que je rentrerai en France.

Tant s’est passé depuis le 12 septembre dernier, j’ai découvert bien plus de choses que je ne l’aurais imaginé, porte à présent un regard différent sur le Monde, et rentre en France, chargé de souvenirs, d’images, de noms, de visages, d’odeurs et de sensibilités nouvelles.

Une phrase à elle seule, de Nicolas Bouvier (L’usage du monde), peut donner une idée de la force du voyage.

« On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait. »

Agrandir le plan

123h de train
102h de bus
19h d’avion
10h de bateau
Des taxis, et des jambes aussi

48 jours de voyage sur près de 15 000km,
De Hong Kong à Paris.

Blogapar, Carnets d’Asie entre en hibernation, jusqu’à ce que de nouveaux horizons l’animent à nouveau.

13
août
07

Vienne

Réveillés par le soleil qui tape sur les vitres du onzième étage, nous prenons notre train in extremis pour Vienne, à 9h.

Arrivons à Wien Südbahnhöf, il est 10h, je prends mon billet pour Paris, départ le 15 à 7h30, et marchons vers le Sud.

Sur notre chemin, le Belvédère, entouré de jardins en travaux, l’endroit est joli, les touristes assez peu nombreux ; le palais construit au XVIIIème était autrefois la résidence du Prince Eugène de Savoie, il abrite aujourd’hui, entre autres, la collection Klimt

Coté Sud, le bassin entouré de massifs colorés reflète l’édifice, coté Nord, les jardins descendent sur trois niveaux, les terrasses surplombent légèrement, de moins en moins, la ville, au loin les montagnes.

Nous marchons dans les rues viennoises et arrivons sur la Schwarzenberg Platz, un monument en hommage aux soldats soviétiques morts pour libérer l’Autriche de la domination allemande.

De beaux bâtiments, des façades propres et finement sculptées, ambassades, jardins, fontaines, McDo et stands de hot dogs.

Nous passons la Karlsplatz et arpentons les rues du vieux centre, très touristiques et animées, restaurants, cafés, magasins de souvenirs, etc. et arrivons aux pieds du Stephansdom (cathédrale St. Etienne), belle cathédrale gothique, au toit bariolé, sa flèche s’élance à 137m de hauteur dans le ciel, momentanément entourée d’échafaudages.

Son intérieur est très chargé mais reste harmonieux, malgré la foule de touristes bruyants qui piétinent.

Les terrasses de cafés sont nombreuses, fort agréables, qui nous ont abrités pendant les brèves averses.

Nous continuons, passons devant St. Peter, St. Michael, et arrivons à la JosephPlatz, qu’entourent l’Albertina, où l’on trouve une des plus importante collection d’arts graphiques, fut la plus grande résidence des Habsbourg, et ouvrira les portes de ses immenses salles en 2100, et l’église St. Augustin.

Le Hofburg, palais impérial, parmi les plus beaux de la ville, qui abrite les appartements impériaux, ses 2600 pièces, 18 ailes, résidence d’hiver de la taille d’un quartier, aujourd’hui résidence présidentielle.

Nous traversons les jardins, et arrivons entre le musée d’histoire naturelle et le musée d’histoire de l’art, deux grands palais semblables et qui se font face autour d’un jardin.

Au centre, au milieu du parc, trône gravement Marie Thérèse, à une bonne dizaine de mètres de haut ; à ses pieds, en cercle, les grands hommes de l’époque.

Nous la contournons et, dans son dos, marchons vers le théâtre, plutôt pas joli, le Palais de justice, pour déboucher sur le Parlement, pas très beau, un peu coincé entre quelques pâtes de maisons, en travaux lui aussi.

Nous terminons notre course au Rathaus, hôtel de vile, imposant édifice du XIXème, surplombant un petit jardin, non loin de l’immeuble où est né Strauss, avec ses tours culminant à 98m de haut, est imposant, un peu excentré donc assez calme.

En face, de l’autre coté du parc, le Burgtheater.

Il est 18h, nous repartons vers la gare, prenons le train de 19h pour Bratislava.

Arrivée à 20h, nous dînons, toujours dans le même resto, trouvons un tram, nous perdons, et finissons par arriver à notre université Belojanis.

Demain, Vienne encore, visite de Schönbrunn.

14.08.07. La boucle est liée à Vienne

Dès notre départ du campus, la journée s’annonçait intéressante.

Nous devions passer la majeure partie de la journée à Schönbrunn.

En prenant le tram pour aller à la gare de Bratislava, une fois encore, nous nous égarons, et mettons une heure à faire les 2km qui séparent notre chambre des quais.

Ensuite les quais, aucune indication quant à leur infumosité, que je découvre quand deux policiers slovaques, après m’avoir coursé, me coincent dans une cage d’escalier de la gare, et me gratifient d’une petite amende, 500 SLK (15€).

Par chance notre train a vingt minutes de retard, et les deux vieux uniformistes, à leur grand regret, ne nous le font pas rater.

Il est 11h, nous partons pour Vienne.

Ce n’est qu’au bout de deux heures, au lieu d’une heure habituellement, que nous arrivons à Vienne, et dans une gare différente.

Notre carte de Vienne, emprunté d’une subtile manière par Nico au Press and more de la gare, indiquent une station de métro Schönbrunner Allee ; j’en déduis donc que c’est là notre destination.

Nous voilà prenant quatre correspondances, avec et sans billets, en métro, train, puis train de banlieue, nous arrivons à ladite station au bout de deux heures de tours en rond.

C’est une zone industrielle en banlieue de Vienne, bien loin de l’écrin de verdure censé abriter Schönbrunn.

Nos compagnons de voyage nous le confirment, ce n’est pas du tout par ici, mais précisément à l’autre bout de la ville.

Nous comprenons alors un peu mieux les regards étonnés qu’ils posaient sur nous depuis que nous étions montés dans ce train ; c’est un peu comme si on croisait des touristes japonais dans le transilien pour Crouy-sur-Ourcq.

Ils nous expliquent comment aller au vrai Schönbrunn, à deux stations de la gare où nous sommes arrivés en venant de Bratislava, deux heures plus tôt.

Et nous revoilà dans les transports, trente minutes plus tard nous sommes à Schönbrunn après avoir manqué l’arrêt, et de partir non pas dans la banlieue Sud, mais au Nord.

Les hordes de touristes en tenues fluos, marcels et autres esthéticités, nous accueillent au milieu de leurs autocars bariolés ; Séraphin Lampion n’eut pas renié une telle parenté.

Schönbrunn est là, devant nous, pas de brume, pas vraiment de soleil non plus, des façades lisses, peintes, un ensemble pas laid bien sûr, mais qui ne marque pas par son harmonie ou son architecture.

Fatigués, nous nous posons en terrasse de café, face au château.

La file d’attente est immense, il est 16h, nous avons quitté Bratislava il y a 5h, rien que pour venir ici où nous aurions du être arrivés en un peu plus d’une heure.

A 17h nous partons vers la gare, reprendre un train pour Bratislava, la paisible petite cité slovaque.

Dernière nuit à Bratislava

Dînons dans le vieux centre envahi de punks, la cité est peu peuplée, surtout en été, et les punks, gothiques et autres hard-rockeux y organisent toute sortes de festivals.

Nous ne sommes pas loin de la Transylvanie, et leur présence n’est sans doute pas étrangère à l’histoire gothique de la région.

Puis nous rentrons au campus, terminons la soirée au « bar bar ».

Demain je pars pour Paris, Nico pour Budapest, puis Venise, Gênes, et la Corse.

Nous faisons nos sacs, Bratislava dort, j’essaie de rester éveillé pour ne pas louper mon train pour Vienne, qui part à 4h50.


Vienne

12
août
07

Bratislava, Jour 1

Il est 16h, nous descendons du train, il continue vers Budapest.

En ce dimanche, Bratislava est bien calme, ses rues vides, ses tramways et ses bus sont bien légers, qui empêchent la ville de s’endormir tout à fait.

Nous prenons un tramway et arrivons sur le campus d’une université qui accueille les touristes, étudiants ou pas, pendant la saison estivale.

Grande barre de béton, une université comme il y en a beaucoup ailleurs, plutôt en mauvais état, mais la chambre est propre et nous change du camping humide.

Nous allons dans le centre historique de la ville, aux pieds du château, un imposant château fort.

Quelques petites ruelles peu nombreuses et étroites, clochers timides, pas grand monde dans ce mini-centre qui fait un peu décor de théâtre, un petit village au milieu de la toute petite capitale d’un tout jeune pays.

Nous dînons dans un resto « The end of the Galaxy », en tous cas aux confins de la galaxie de l’amabilité, et rentrons doucement, nous perdant un peu en périphérie.

Partons demain, pour la journée, à Vienne.

Bratislava

12
août
07

Prague-Bratislava

Levés à 9h30, check-outons à 10h, nous attendons 11h, pus partons à la gare, à une station de tram du camping.

Arrivons à 11h30 à la gare après avoir attendu longuement le tram, sautons dans le train qui part dans la seconde.

Un train européen, wagon standard avec sièges en carrés, confortables, genre Corail.

Il va vers Budapest, passe d’abord par Brno, grande ville tchèque à 10km d’Austerlitz, le soleil est caché.

Nous quittons lentement la République Tchèque, Prague et ses statues, ses 550 tours, ses façades, ses vieux immeubles, son histoire longue, riche, mouvementée parfois, son atmosphère gothico-baroco-rococo, ses grands noms, Hus, Mozart, Kafka, Mucha, Havel, son crachin, ses cafés, et ses touristes, avec l’envie de découvrir la campagne tchèque, ses innombrables châteaux et ses paysages sauvages.

Direction la petite soeur Slovaque, jadis deuxième ville de Tchécoslovaquie, à 400km au Sud-Est, Bratislava.

09
août
07

Prague

Arrivés à 7h, nous partons directement pour notre camping, non loin du centre, sur la ligne 7 du tram.

Arrivons à la rue Trojska, où une dizaine de camping se succèdent.

Nous en trouvons un, le Hoja Camp, dans le jardin d’une maison, où une cinquantaines de personnes campent, tentes, voitures, camping cars.

Accueil très chaleureux, nous plantons notre tente, il est 10h, et partons dans le centre.

Prague est une ville extrêmement touristique, et on cherche presque les pragois.

Quoi qu’il en soit, notre premier aperçu est très bon, la diversité architecturale, sa densité aussi, Staré Město (la Vieille Ville) étant concentrée sur quelques 130 hectares, nous enchantent.

Nous posons dans un café, lisons des journaux français, faisons un tour sur la Place de la Vieille Ville (Staroměstské náměstí) et dans les ruelles adjacentes, autour du Týn, petite rue noyau de la ville.

La grande place est bondée, des centaines de touristes attendent devant l’horloge astronomique, symbole s’il en est de la ville, que l’on peut comparer à celle de Strasbourg.

Les façades romanes, baroque, gothique, renaissance, art nouveau, rococo se succèdent sur la place, les cafés sont pleins, les petites cours des immeubles, îlots de calme et de tranquillité, abritent des cafés, des magasins, des habitations.

A chaque coin de rue, un détail architectural retient l’oeil, statues, cloches, sculptures ou mosaïques trompe l’oeil, et grandes églises.

Nous tournons un moment dans ces ruelles, passages et places, l’orage gronde, il pleut à torrents, il est 16h, nous rentrons au camping, douche, sieste.

18h, nous retournons dans le centre, dînons dans une crêperie tout sauf bretonne, dans une calme petite cour, assourdis par la pluie qui tombe.

Fin de journée dans les rues de la vieille ville, les gens commencent à chercher un endroit où dîner, où boire vin de Moravie ou bière pragoise ; les touristes, tchèques ou étrangers, demandent leur chemin, et ce n’est qu’à la troisième personne interrogée qu’ils tombent sur un pragois, tant les touristes ont envahis la ville.

Nous rentrons au camping, notre petite tente humide sous son arbre nous attend, peaux de yak étendues sur le sol, quelques lignes écrites sur la terrasse, et nous couchons.

10.08.07.

La pluie de la veille a rendu l’air bien frais, Nico file vers 8h aux bookshops du centre, je pars vers 10h.

Sur la grande place, malgré le temps gris, toujours autant de monde, ça parle beaucoup français, italien, espagnol, anglais et allemand aussi, un peu tchèque.

En terrasse de café, un service aussi aimable que dans un café parisien, j’attends 13h, l’heure du rendez-vous.

13h sonnent à l’horloge astronomique, sans voir l’horloge, on est prévenus que l’heure va sonner, quand on voit passer devant soi, en direction de l’horloge, les hordes de touristes déguisés, bobs, shorts, etc. qui courent pour voir l’horloge sonner.

La foule déclenche son orage de flashs, devant les petites reproductions des apôtres qui passent devant le cadran, un par heure, et devant un petit piaf doré qui pointe le bout de son bec.

Cette horloge est remarquable certes, surtout pour les férus d’horlogerie, ce qui n’est pas mon cas, ni celui, je pense, des troupeaux qui se jettent sur l’horloge simplement parce qu’elle est mentionnée dans leurs guides comme étant LE truc à voir à Prague (comme quoi il n’y a pas que les touristes chinois qui suivent bêtement les « consignes » des guides).

Toujours est-il que Nico n’est pas là, je fais quinze fois le tour de la place pour le trouver, rien, je pars donc vers Nové Město, la Ville Nouvelle, de l’autre coté de la Vtlava, aux pieds du Château (la ville nouvelle n’est pas si nouvelle que ça, pour nous en tous cas, puisqu’elle date tout de même du XIVème siècle).

Le Pont Charles (Karluv Most), véritable emblème de Prague, est un chef d’oeuvre architectural.

Le pont en lui même est un pont ; au Xème siècle, le Pont Judith, en bois, était le premier édifice du genre à Prague, à enjamber la Vtlava, laquelle l’emporta en 1342.

Charles IV, roi bâtisseur et bienfaiteur de Prague, entreprit de le faire reconstruire et, en 1342, il fit appel à Petr Parler, l’architecte de la cathédrale St. Guy, qui domine la ville, dans l’enceinte du château.

Ce qui est remarquable, c’est le cadre qui entoure le pont, statues et tours.

Le pont est habité de statues, des saints, des héros pragois qui, sur les murets, accueillent les visiteurs venus de la Vieille Ville, et se dirigeant vers la colline du château.

Le pont est aussi annoncé par les tours, à chacune de ses extrémités, véritables merveilles d’architecture, elles s’élancent si ce n’est haut, sombrement vers le ciel gris.

Rectangulaires, fortifiées, leurs toits acérés dominent l’ensemble et rendent l’endroit intriguant, joliment sinistre, purement gothique.

Quand on se dirige de Staré Město vers Nové Město, quand on passe Karluv Most, devant, sous le Château, se dresse une foret de toits, de clochers, un univers très différent de la rive droite de la Vtlava.

Tout en hauteurs, en ruelles tortueuses, en passages couverts, un dédale de ruelles pavées, étroites, grimpant en haut, jusqu’au Château, dans l’enceinte duquel s’élève la très gothique cathédrale Saint Guy, dominant majestueusement la ville.

Nové Město a des airs de bute Montmartre, des petites rues commerçantes, grimpantes, animées, des vieilles maisons, des jolies façades, des églises cachées, des petites places, et quand on arrive n haut de la colline, aux abords du Château, le rue qui grimpe en tournant et fait ici un coude, donne sur une place, entrée du Château, d’où la vue sur Prague est imprenable.

Les gardes royaux, statueux, posent malgré eux pour les touristes photographes, la visite du Château est pour demain, je redescend vers Staré Město, sous la pluie et l’orage.

Les caricaturistes, portraitistes et autres vendeurs du pont, couvrent leurs oeuvres, les touristes filent dans tous les sens, restent en nombre sur le pont, mais ces brefs instants de temps peu clément semblent redonner un peu de son âme à Prague, et font ressortir pleinement tout le gothique du lieu.

Retour à la Grand Place, pas de Nico, sous l’horloge il est 19h, je rentre au campement, pense le retrouver là bas.

Les ruelles de la Staré Město ne désemplissent pas, qui ont un petit air de quartier latin, je saute dans le tram, Manon des sources sous le bras (à défaut, cher Polo, de l’avoir en DVD à regarder sur la terrasse accompagnée de quelques Dalat White !).

Arrivé depuis 1h, un message de Nico me donne rendez-vous…sous l’horloge, je file.

21h, personne, en tous cas pas de Nico, sous l’horloge, j’achète quelques vivres et rentre, il est 22h, Nico est attablé. Une partie de cache-cache qui n’est pas sans me rappeler quelques épisodes vietnamiens…!

11.08.07.

Réveil sous la pluie, comme d’habitude ; nous partons dans le centre, achetons nos billets pour Bratislava pour le lendemain, et nous dirigeons vers le Château.

Au détour d’une ruelle proche de la Grand Place, un peu crevé, je me plante en terrasse de café, pendant que Nico grimpe au Château.

Le temps maussade, les hordes de touristes ajoutent à ma fatigue matinale.

16h, nous nous retrouvons au camping, sous la pluie.

Départ demain à 11h30 pour Bratislava.

A Bratislava, nous planterons notre tente s’il y a de la place dans le seul camping de la ville, sinon dormirons à l’université et, de là, visiterons Bratislava bien sûr, et aussi Vienne, qui n’est qu’à 1h de train et 60km de Bratislava.

De Vienne, ou de Bratislava, je prendrai un train pour Paris, envie de me poser, et de ne pas gâcher les visites de Budapest et de Venise par mon manque d’entrain.

20h, nous partons dans le centre, dîner et faire quelques photos de nuit, nous couchons.

Prague

08
août
07

Cracovie

Nous allons faire un tour dans Cracovie, très jolie et agréable ville, ancienne capitale de la Pologne, au passé vieux de plus de mille ans.

La ville est réputée être la plus belle ville d’Europe Centrale et Orientale, et si elle est l’ancienne capitale de Pologne, elle reste aujourd’hui la ville la plus importante du pays, les étudiants représentent un quart de la population (800.000 habitants).

La Basilique Sainte Marie surplombe la Grande Place du Marché et ses halles, entourée de beaux monuments, la cathédrale Notre Dame, de terrasses de cafés, animée de groupes de musiciens, de calèches etc.

L’église Saint Pierre et Paul, la basilique-cathédrale Saint Stanislas et Vanceslas, véritables oeuvres d’art, dans les rues piétonnes qui partent de la Grande Place.

Cracovie est aussi connue pour être l’un des quatre points d’énergie de la Planète, et nombreux sont ceux qui viennent se ressourcer, sur la colline de Wawel, au pied de l’imposant Château Royal.

Nous faisons quelques courses et rentrons vers le train, il est 20h30, nous partons à 22h.

Nous avons donc une marge, mais étant descendus alors que notre train était à 3km de la station, sur les voies, nous nous dirigeons vers ce no man’s land, marchant dans la nuit, sur les rails, trébuchant contre culs de bouteilles, câbles à haute tension, et évitant les trains hurlants qui arrivent en gare.

Pas de train, en tous cas pas le nôtre, les cheminots errent entre les wagons désaffectés, nous hurlent de retourner en gare, où doit se trouver notre wagon.

Il est 21h30, nous nous mettons à courir, et c’est haletants, ruisselants, que nous arrivons dans la station, par les voies, sous les regards ahuris des voyageurs ; notre wagon est là, qui s’est raccroché à une locomotive.

Nous nous affalons sur nos couchettes, nous endormons, quittons la Pologne, mini-étape du voyage, un aperçu de la Pologne qui donne envie d’y retourner !

Une courte nuit de sommeil nous emmène à Prague, nous arrivons, il est 7h.

Cracovie

04
août
07

Odessa

04.08.07.

Descendons du train, et tentons, au guichet, de prendre nos billets pour Prague.

Nous nous heurtons aux guichetières exclusivement russophones.

Un odessien passe par là, qui parle quelques mots de français, essaie de nous aider, d’après ce qu’il a compris de ce que nous disons, de trouver un camping.

Malgré toute la bonne volonté du monde, il a compris autre chose : il cherche les dortoirs de la gare.

Il essaie ensuite de nous aider à prendre nos billets pour Prague, nous apprenons qu’il nous faut revenir demain matin, le guichet international est fermé.

Prêts à aller planter notre tente, nous composons un numéro de camping noté à Kiev, pas de réponse, pas d’adresse.

Notre ami s’en va, « Au revoir mon ami. ».

Un jeune ukrainien prend la relève, il parle anglais, se rappelle avoir vu un camping, un voyageur et sa blonde lui rafraîchissent la mémoire, il nous conduit à l’arrête de bus.

Vingt minutes plus tard, nous arrivons à Luzanovka Beach, au Nord de la ville, la nuit est tombée.

L’endroit n’est toutefois pas sombre, plutôt animé, une permanente fête foraine, attractions, stands de kebabs, de bière, clubs, restaurants, et non loin, pas tout à fait au bord de l’eau, mais presque, le Dolphin Camping.

Nous plantons notre tente sous quelques arbres, en à peine dix minutes (de nuit !), et partons vers les lumières, sur le sable, nous mettre quelque chose sous la dent.

Un stand de kebab, il n’y a que ça ici et tant mieux, tenu par des arméniens (très présents à Odessa), francophones ; ils nous parlent de Renault, nous montrant leur Kangoo, d’Aznavour à qui il nous demandent de dire, quand nous le croiserons dans la rue à Paris : « Salut Aznavour ! ».

Nous allons manger nos kebabs sur la plage, les pieds dans l’eau fraîche de la Mer Noire.

Les russes en vacances à Odessa, et les ukrainiens, vont de discothèque en discothèque, en stand de kebab, de bière, entre deux gerbes sur la plage, tirent à la carabine ou s’envoient en l’air dans les attractions vomitives.

L’ambiance est festive, détendue, nous retournons nous coucher, bercés par le bruit des cigales, des chiens, et du tramway qui passe à coté.

05.08.07. Day off

Nous nous réveillons, un peu fatigués, il est 9h, et partons en bus 242, à la gare.

Il y a deux trains par semaine pour Prague, nous prenons celui du 7, après demain.

Passons une bonne heure à trouver de quoi payer les 200euros requis et repartons enfin avec nos billets, départ le 7 à 17h.

Nous retournons à la plage, et entamons une après midi farniente.

Les plages à Odessa sont particulières.

Ce n’est pas la plage en elle-même qui est particulière, la baie d’Odessa est au Nord Ouest, plutôt pas construite, rocailleuse, au Sud se trouve la ville, le port et la centre historique.

Nous sommes à Luzanovka, grande plage de la baie, un gros sable gris-blanc sépare le parc de la mer.

La plage, bondée, colorée, large de quelques dizaines de mètres, bordée de restaurants, clubs, stands, et autres attractions.

Sur la plage, les russes en vacances et les ukrainiens, comme partout ailleurs, se laissent aller, peut-être ici plus qu’ailleurs.

Les ukrainiennes et les russes peuvent être fort jolies, qui marchent sur la plage, la poitrine gonflée par le désir de vivre ; à coté, et en nombre, les femmes très fortes n’hésitent pas à prendre, elles-aussi, le soleil en bikini ; cette joie de vivre, cette simplicité est palpable, l’ambiance est détendue, les bains de mer ne sont pas accompagnés, comme chez nous, de regards en coins, de l’obligation de paraître, de maillots de bain fashion, de complexes et autres joyeux codes sociaux.

Femmes et hommes bronzent, bières à la main, de 8h à pas d’heure, la mousse coule à flots, les enfants courent, jouent et crient, et le chaud mais pas trop soleil méditerranéen, dore les chairs alcoolisées, collées les unes aux autres.

La plage est petite, certes, mais quand ils ont le choix, les gens préfèrent étendre leur serviette bariolée et planter leur parasol entre les cuisses du voisin.

L’eau est bonne, et la journée s’écoule lentement, au son de la techno russe que crachent les clubs à l’autre bout de notre plage, du bruit des bagues, et des rires francs des estivants.

Le soleil se couche et les plagiers migrent, ils vont se changer ou s’attabler, puis erreront de club vide en boite vide, de bière immonde en bière immonde, et de kebab en kebab.

Sur la plage la nuit est tombée, avec elle la musique devient assourdissante et, jonchée des détritus de la journée, elle vibre au son de la techno du soir.

Nous dînons sur la plage et partons rejoindre notre Dolphin Camping, nous couchons à la lumière de la bougie.

06.08.07.

Réveillés au matin par la chaleur torride qui règne de la tente, nous partons sur la plage achever notre réveil avec le soleil, les vagues, notre nutella et nos camarades vacanciers.

Partons ensuite pour le centre.

Odessa est une ville chargée d’histoire, comptait parmi les quatre ports européens les plus importants, combattit les turcs, anglais, français, et autres envieux, et finit par tomber aux mains des soviétiques.

Fondée à la fin du XVIIIème siècle par le Duc de Richelieu, la ville fut la cinquième ville la plus importante de Russie au XIXème.

Aujourd’hui la ville et ses ports accueillent de nombreuses industries, textiles, agro-alimentaire, et ses industries pétrolières et chimiques sont connectées avec les oléoducs qui approvisionnent l’Europe en énergies russes, donnant travail et prospérité à ses 1.100.000 habitants.

Odessa est à l’origine un port, encore aujourd’hui il est ultra-moderne et d’importance, les bâtiments de la vieille ville témoignent de la gloire passée, opéra, musées, vieux immeubles, grandes bâtisses, l’architecture est très influencée par les styles français et italiens, et n’a pas été trop endommagée par le XXème siècle.

La statue, taille réelle, du Duc de Richelieu, trône face au port, en haut de l’Escalier Potemkine, de 142m de long, qui doit son nom à la révolte du cuirassé Potemkine en 1905 dans le port d’Odessa.

Cet escalier, aussi appelé Escalier Richelieu, construit entre 1835 et 1840, est le symbole de la ville, qui la reliait à son port, au bas de la colline.

Une histoire mouvementée parfois, riche, que l’on ressent en arpentant les agréables rues pavées et ombragées du centre, les jardins, les parcs, les belles façades d’immeubles.

Les églises orthodoxes aux bulbes argentés, les bâtiments de style latin, les colonnades et pierres de taille illustrent cette histoire d’une ville au carrefour de différentes civilisations, influencée par d’autres, et qui a gardé un peu de chacune.

Un canon pris aux anglais trône sur une petite place, une girouette en forme de bateau, sous laquelle sont listés les plus grands ports du Monde, partenaires historiques d’Odessa, rappelle la grande histoire portuaire de la ville, Marseille, Tokyo, Valparaiso, Liverpool, etc.

Dans les rues, que l’on pourrait croire celles d’une ville bien plus occidentale, les terrasses de cafés, les parcs, les peintres de rue, les brocantes, les petits marchés, les rues piétonnes, les musiciens de rue, et les beaux immeubles en font une ville bien agréable.

Nous tombons sur un passage couvert, finement sculpté, une verrière recouvre cette allée intérieure, dallée, où quelques magasins et cafés résonnent des bruits des passants.

Un kebab et nous repartons, profitons des derniers rayons du soleil sur la plage.

Plage égale à elle-même, on y déguste de chimiques beignets, petits et grands creusent le sable, à la recherche peut-être d’un pipeline russe.

Le soir tombe, nous nous enfilons notre énième kebab chez nos amis arméniens, et rentrons nous coucher, déplaçons notre tente et lisons à la lueur de la bougie.

07.07.07

Il fouette, il siffle, les cordes claquent, elles se déchirent les feuilles, sur la course du vent.

La tempête fait rage ce matin.

Notre tente solidement fixée au sol se débat avec le vent qui souffle sa colère sur Odessa.

Réveil mouvementé, l’orage accompagne le vent, les éclairs zèbrent le ciel, les arbres plient, et quelques heures après, le calme revient, les nuages passent, et laissent place au soleil.

La plage vide au matin, encore humide, se repeuple lentement, nous prenons le soleil, un dernier bain pour moi, et partons à la gare.

Il es 16h, dans les confortables sièges de la salle d’attente, nous attendons notre train pour Prague, via Ouzhogorod, près de Lvov, à la frontière Polonaise.

17h, nous sommes dans le train, il ne restait, malheureusement, que des places première classe, « SV », un compartiment fermé, trois couchettes du même coté, perpendiculaires à la voie, une petite table, une grande fenêtre, une épaisse moquette, le tout climatisé, éclairé, douillet.

Nous n’en demandions pas tant, mais ne sommes finalement pas mécontents.

Notre compagne de voyage, une hollandaise qui habite à Ostrava, en République Tchèque, nous offre sandwich au saucisson et tomates, puis nous terminons avec nos réserves, pain, nutella, céréales.

Nous filons au Nord Ouest, vers Ouzhogorod, où nous changerons de train, pour arriver en Europe, par la Pologne, direction Prague, où nous devrions arriver demain 8 août, aux environs de 7h du matin.

Nous nous apprêtons à quitter l’Ukraine, Kiev nous a replongé dans un bain un peu, très européen même, Odessa nous a offert sa Mer, son soleil, ses plages, ses belles rues, nous repartons 1500km plus à l’Ouest, contents de ces étapes ukrainiennes.

Les ukrainiens que nous avons rencontrés, à l’aéroport, dans les taxis, autour d’un table, dans les trains ou sur la plage, tous nous ont accueillis d’une façon unique, chaleureuse, naturelle et sincère.

L’Ukraine est extrêmement euro-enthousiaste, le Parlement affiche d’immenses drapeaux, ukrainien et européen, sur sa façade, et les kiévois se considèrent complètement européens, trouvant scandaleux qu’on traite l’Ukraine comme la Turquie, voire pire encore.

Et Svetlana n’a pas caché sa joie quand, à sa question « Vous sentez-vous comme des étrangers en Ukraine ? », je répondis par la négative absolue, tant il est vrai que l’Ukraine est européenne, que son histoire est celle de l’Europe, et tant ses habitants, quand ils ne vous prennent pas pour un des leurs en vous demandant, en russe ou en ukrainien, leur chemin dans Kiev ou à Odessa, vous accueillent comme des voisins en visite, tout simplement.

Nous avons passé à peine une semaine en Ukraine, elle fut intense, et nous entrons dès ce soir dans l’Europe politique.

08.07.07.

Bon anniversaire Maman !

Nous avons mal compris notre voisine battavo-tchèque, coach d’aérobic à Ostrava, nous pensions arriver à Prague ce matin à 7h, mais voilà que nous apprenons que nous sommes toujours en Ukraine (!), et que nous arriverons en fait demain matin à 7h.

Deux heures de pause à la frontière polonaise, puis 7h de pause à Cracovie sont prévues aujourd’hui, qui justifient cette folle durée de voyage.

Il est 16h, nous sommes à l’arrêt au bout de la gare de Cracovie, et notre train ne repart qu’à 22h !

Nous nous sommes arrêtés vers 10h dans une ville frontière polonaise, nous y avons déjeuné, marché dans les rues pavées de son vieux centre, et nous voilà à 3km des quais de la gare de Cracovie, sur la voie, à seulement 400km de Prague.

Nous attendons dans notre wagon trop chaud, désoeuvrés, qu’une locomotive veuille bien nous accrocher, et nous emmener à Prague.

Nous avons croisé, lors de notre premier arrêt, Simon et sa copine, français que nous avions rencontrés à Kiev au meeting couch-surfing, ils étaient à Odessa, et on pris le même train que nous, ils ont cependant la chance de descendre définitivement à Cracovie, pendant que nous poirotons.

Odessa

04
août
07

Route vers la Crimée

Nous nous levons chez Svetlana, avons dormi sur un french sofa (clic-clac), au milieu de ses livres, ses photos, et ses peluches, la trentaine, elle est correctrice et prof.

Il est 7h30, elle se réveille, nous nous disons au revoir.

Prenons le bus pour la station de métro.

Nous arrivons à Vakzalana, la gare de Kiev, il est 8h30, retrouvons nos sacs à la consigne, achetons quelques vivres et sautons dans notre train.

La gare de Kiev est très jolie, un grand hall de marbre, des pans de murs peints, sculptés ou en bois.

Nous montons dans le train, un gros train soviétique lent mais très confortable, il est 9h15, nous quittons Kiev.

Notre train vient de Moscou, parti hier, il emmène les moscovites à Odessa, destination estivale privilégiée des russes, ou ailleurs sur les cotes de la Mer Noire.

Un train de nuit donc, bien que notre voyage depuis Kiev se fasse dans la journée, nous sommes en Platzkarte, deuxième classe sur trois, couchettes agencées comme dans le train Gorakhpur-Calcutta, trois fois deux couchettes dans un compartiment ouvert, et deux couchettes, perpendiculaires au autres, de l’autre coté de l’allée, contre les fenêtres.

Le train est plein, les gens sont en famille, détendus, dorment certains, sous de grosses couettes malgré la chaleur, d’autres tapent le carton, bouffent, lisent, écoutent de la tecnho russe.

Dans notre compartiment, Victoria et sa fille Xéna, russes, ne parlent pas un mot d’anglais, mais nous font partager leur pique-nique : du poisson fumé, des oeufs durs, du haddock fumé, des chips, poires, tomates, jus de fruit, petits gâteaux…

Nous traversons des forêts de feuillus, des champs, des petits villages sous le soleil ; le climat est méditerranéen, et nous avons hâte d’être au bord d’une Mer, après la Chine et le désert.

Aux arrêts, des vendeurs ambulants grimpent dans le train, proposent quelques alléchantes denrées, le train repart, lentement file vers le Sud.

19h50, Odessa, terminus tout le monde descend.

03
août
07

Kiev, Jour 2

Nous nous réveillons dans notre petite datcha, la nuit a été fraîche, les pommes qui tombaient et les chiens aboyant étaient les seuls bruits de la nuit, pendant que le chat du coin coursait les souris.

Nous avons convenu de ne pas passer une nuit encore chez Sergeï, car lui taxi-driver, et nous loin du centre, les courses en taxi (que nous payons) auraient atteint le prix d’un hôtel ou d’une chambre dans le centre.

Au matin, un texto de Sergeï nous annonce qu’il ne peut nous trimballer en taxi aujourd’hui, nous partons donc pour le centre, avec nos sacs, quittons la village house.

Trois kilomètres de marche en plein soleil et 20kg sur le dos, nous arrivons à un rond point d’où nous prenons un bus pour la station de métro la plus proche, Sergeï nous cherche, nous le fuyons comme un tueur, il va nous réclamer de l’argent pour hier, etc etc.

Sergeï nous a trouvé un hôtel, sans que nous ne lui ayons rien demandé, nous préférons nous débrouiller, trouvons une chambre à louer (plus économique et plus pratique que l’hôtel).

Nous partons en métro pour le centre, où se trouve la chambre.

Notre contact, ABSOLUT, n’est pas très efficace, et ne nous communique que vaguement l’adresse.

A 5km du centre, je ne capte qu’un réseau sur lequel je ne peux pas appeler, nous utilisons donc un téléphone public, devons avoir avec nous passeports et 50$ pour le rendez-vous avec l’agence.

Malheureusement, nos plafonds de retrait sont dépassés, nous reprenons le métro pour aller à l’agence Crédit Agricole, qui en fait n’a pas pignon sur rue.

La journée de visite de Kiev se réduit au fur et à mesure, il est 14h, en terrasse d café avec nos gros sacs, nous attendons que les banques terminent leur pause déjeuner, nous apprêtons a trouver une endroit où dormir ce soir, poser nos sacs et, enfin, visiter la ville.

Malgré cette loi des séries entamée à Almaty, Kiev nous est très agréable, ses rues pavées, ses arbres, ses vieux monuments, ses habitants et l’atmosphère détendue préservent notre bonne humeur.

Si la journée d’hier est, à cause des courses en taxi et de l’achat de la tente, la plus chère du voyage, nous ne sommes pas mécontents d’être à Kiev, et d’entamer la partie Européenne du voyage.

L’atmosphère kiévoise est agréable donc, et particulière.

Les kiévois sont jeunes, la population semble, plus qu’ailleurs, divisé entre très riches et pauvres, ne laissant que peu de place à une classe moyenne, les grosses voitures, les fashion victims vêtues d’italiannités, décorées comme des sapins de Noël, côtoient les mendiants, les habitants des HLM soviétiques en bordure de la ville, et les jeunes bronzent sur les dalles de la Place de l’Indépendance.

A Almaty, les plus démunis sont partis et la ville malsaine est aux mains des mafieux, petites frappes et réseaux de prostitution.

A Kiev, le communisme n’a pas été relayé par le pétrole, et les gens restent solidaires, charitables, les mendiants se voient facilement offrir nourriture, piécette et assistance.

Une atmosphère plus humaine, plus civilisée et plus détendue qu’à Almaty.

Notre première étape européenne est agréable et instructive, en ce qu’elle nous montre aussi l’inadéquation de notre façon de voyager, en Europe.

Ces expériences nous servent aussi à préparer nos étapes dans le prochaines villes, sortis de l’Orient, nous prenons un autre rythme, nous adaptons aux standards européens.

Parenthèse Lonely Planet :

Le Lonely, nouvelle référence des guides touristiques, s’est avéré être une belle arnaque.

En Chine, il avait tout faux, adresses inexistantes, grandes villes non répertoriées, cartes nulles et, sur le plan culturel, il est proche de zéro.

Au Kazakhstan, entre la frontière et Almaty, surtout à Almaty, il est à déconseiller.

C’est à croire que personne du Lonely n’a jamais mis les pieds à Almaty, hôtels inexistants, restaurants fantômes, informations ultra-périmées, et culturellement nul, bien qu’il n’y ait pas grand chose à Almaty.

Sans doute bien fait pour certaines destinations (Etats-Unis…), il n’égale en rien le routard ou les guides bleus, que nous sommes contents d’avoir pour l’Europe.

E un mot, ne misez pas sur le Lonely Planet, surtout si vous voulez voyager « culturel » et pas cher.

Un passage au cyber s’impose, un Ukrainien, Yurii, a besoin d’aide pour remplir un formulaire de demande de visa anglais, très stressé, son père autant que lui.

La demande de visa anglais est très pointilleuse, et demande des informations qui remontent sur au moins deux générations (!), d’expliquer chaque réponse, etc.

Ca n’en finit pas, au bout de 30min, il imprime et fonce poster tout ca, se confond en remerciements.

Il s’était fait expulser d’Angleterre après le vol de son passeport.

Nous trouvons un mail de Yievgeni, LE couch-surfeur de Kiev, qui organise un meeting ce soir, avec tous les couch-surfeurs de la ville.

Couch-surfing, pour ceux qui ne connaissent pas, est un site internet qui recense, partout dans le Monde, les gens prêts à accueillir pour quelques nuits ou simplement pour voire un verre, les voyageurs du Monde entier, gratuitement bien sûr.

Couch-surfing n’est cependant pas un moyen de dormir gratuitement dans une ville chère, ou de squatter facilement un appartement, c’est un univers, un état d’esprit particulier, qui repose sur l’échange, le partage.

Forts de cette bonne nouvelle, nous prenons nos sacs, filons à la gare ferroviaire, les déposons à la consigne, nous les récupérerons demain avant le départ de notre train.

Il est 17h quand nous sortons de la gare, rendez-vous avec Yievgeni à 20h, il nous reste 3h pour visiter un peu Kiev !

Pas de chance, pour ne pas changer, la station de métro de la gare ferme juste quand nous voulons repartir, et c’est à pied, puis en bus, que nous regagnons la station de métro la plus proche, de laquelle nous gagnons les hauteurs de la ville.

Parenthèse historique :

Kiev a été fondée vers le Vème siècle, c’est une des plus vieilles villes d’Europe de l’Est, et jouait un rôle commercial majeur entre Constantinople et la Scandinavie.

Successivement Varègue, Coumanne, Mongole, Lituanienne, Polonaise.

Les Cosaques et les Tatares se soulevèrent contre la Pologne, en 1648 naissait un Etat Ukrainien.

Les Tatares partis, les Cosaques prêtèrent allégeance à Moscou, en 1654.

Tombée aux mains des bolcheviques en 1919, elle devint la capitale de la République Soviétique Socialiste d’Ukraine en 1934.

Occupée par les Allemands entre 1941 et 1943, elle retomba sous la tutelle de Moscou jusqu’en 1991.

Sur la grande place historique de Kiev, Sainte Sophie regarde Saint Mikhaïl, entre les deux églises, une large avenue plantée, pavée, ensoleillée.

Sainte Sophie, cathédrale du début XIème est entourée d’un paisible square.

Le clocher extérieur, grande tour de pierre, sculptée et peinte en bleu clair et blanc, abrite les cloches et constitue le point d’entrée dans les jardins de la cathédrale, aussi couvent.

Sainte Sophie est sobre de l’extérieur, ses treize bulbes dorés scintillent au soleil, ses murs blancs, ses toits verts, et les bâtiments qui l’entourent, du même style, un certain dépouillement, calme.

La cathédrale est fermée et, après un tour du parc, je retrouve le grande place pavée qui se prolonge en large avenue menant à Saint Mikhaïl, du nom du protecteur de l’Ukraine.

Au bout de l’avenue, éclairée par un doux soleil couchant, brille Saint Mikhaïl, bien moins sobre que Sainte Sophie, cathédrale-couvent du XIIème siècle, détruit à plusieurs reprises, notamment en 1934, sa rénovation a été terminée en 1999.

Saint Mikhaïl est une cathédrale-monastère d’un bleu céruléen, les dorures extérieures, sur les colonnes, les toits et les bulbes brillent de mille feux, l’ensemble paraît se fondre dans le ciel bleu.

L’entrée se fait par le clocher extérieur, tout aussi imposant que celui de Sainte Sophie, mais plus décoré, il est accessible par un escalier intérieur, à travers un petit musée, et donne une vue imprenable sur toute la ville et les clochers environnants.

L’intérieur de la cathédrale est richement décorée, des murs entiers de dorures, des peintures, des icônes, des bougies qui se consument, des statues, et le soleil qui pénètre par les vitraux fait scintiller les ors.

Derrière Saint Michel au Dôme Doré, le jardin Volodymirska Girka, surplombant la Dniepr, un havre de paix, accessible depuis le fleuve en funiculaire, et des hauteurs de la ville.

Au sommet du jardin, la statue du prince Vladimir de Kiev, qui baptisa la Russie en 988, fait face aux eaux et aux plaines d’Ukraine, annonce la ville aux voyageurs venus du Nord.

Il est malheureusement 20h, nous ne pourrons pas voir la Lavra, le parc Mariinski, les jardins botaniques, Saint André, autres joyaux de Kiev, raison pour y retourner !

Nous descendons la colline par les ruelles pavées, à l’ombre des murs de St. Mikhaïl, et des beaux immeubles de la vieille ville.

Sur notre chemin, les terrasses de cafés regorgent de monde, les kiévois profitant des derniers rayons du soleil, se promènent, bronzent et se reposent sur les bancs, dans les parcs, près des fontaines, sur la Place de l’Indépendance que surveille une statue glorieuse.

Nous redescendons la rue Khreschatyk, les Champs Elysées de Kiev, que bordent de vieux bâtiments, immeubles de pierre, universités, instituts, banques ; plus loin dans la rue, Saint André nous dévoile ses clochers, plus loin encore, l’Université Rouge devant son nom à ses murs, colonnes, et toits rouges vif, regarde ses étudiants, et la douceur de vivre kiévoise.

Partout des parcs, des buvettes en plein air, des musiciens de rue, des peintres, Kiev est une ville bien agréable, qui se dévoile doucement, à travers ses rues tortueuses, ses hauteurs, ses quartiers.

Nous retrouvons Yievgeni et le meeting couch-surfing dans un pub, trois autres français sont là, qui bénéficient comme nous de l’hospitalité ukrainienne.

Après quelques présentations, verres et pizzas, nous allons dîner, parlons de nos voyages, et trouvons Svetlana, une kiévoise qui se propose de nous héberger.

Parfait, nous nous séparons tous au bout de quelques heures, Svetlana nous emmène chez elle, au Nord Est de Kiev, prenons le beau métro kiévois, ses escalators sans fin, ses hauts plafonds, ses décorations raffinées, puis un bus, il est tard quand nous arrivons chez elle, en banlieue de la ville, dans une tour qui regarde une forêt, calme, nous partons demain pour Odessa.

Kiev

02
août
07

Kiev, Jour 1

Après 1h10 de vol, nous atterrissons en Ukraine (« Pays des Confins »), à l’aéroport de Kiev Borispol, il est 11h20 heure locale.

A la sortie de l’aéroport, nous rencontrons une fraîche ukrainienne qui va, comme nous, à la gare ferroviaire, et nous aide à acheter nos tickets pour Odessa.

Nous partirons le 4 au matin, et 12h de train pour 500km nous emmèneront à la Perle de la Mer Noire.

Pour l’heure nous cherchons un hôtel, et nous apercevons vite que Kiev ne compte pas d’hôtels à bas prix.

Nous prenons un taxi à la gare, nous dirigeons vers un hôtel a priori le moins cher de la ville, il est à 10km du centre et avant même d’y arriver, nous orientons vers un autre établissement, de peu plus cher, mais dans le centre.

Indiqué par le merveilleux Lonely 2006, l’hôtel n’existe plus depuis cinq ans !

Le chauffeur, un peu plus âgé que nous, très sympa, continue de nous faire faire la tournée des hôtels, pas un en dessous de 250 Hryvnia (soit 250 Francs Français).

Ayant notés l’existence d’un camping, nous partons acheter une tente, que nous rentabiliserons vite avec les campings de Odessa, Prague, Bratislava etc.

Quatre heures plus tard, nous arrivons sur une île sur la Dniepr, sorte de base nautique de Kiev, où notre chauffeur pense qu’il y a un camping.

L’endroit est campable, mais loin de tout, nous camouflons nos sacs sous des branches d’arbres puisque le café du coin tenu par un vieux con refuse de nous les garder une heure ou deux, et nous repartons en taxi dans le centre, dîner et trouver un cyber.

Cinquième heure de taxi, et l’addition est salée, 500 Hryvnia (prononcer “grivna”)…!

Nous dînons dans un resto apparemment pas trop cher, qui en fait l’est un peu, et trouvons un cyber.

Une tente en notre possession, nous recherchons sur internet les adresses de vrais campings à Kiev, il y en a deux.

Trouvons un taxi et partons chercher nos sacs pour déménager dans un des deux campings trouvés.

Le chauffeur est un massif ukrainien, la cinquantaine, il parle un excellent anglais, nous parle de la France, des créneaux à Paris, de Sarkozy, de la Cité, de l’Université, et de la Chine, des chinois, du désert et de l’Union Soviétique.

Il a fait son service militaire près de Vladivostok, parlons armées, Française, Chinoise, Russe.

Prenons nos sacs, et arrivons au camping, il est plein.

Décontenancés, nous apprêtons à planter notre tente dans l’Hydropark proche, grand par ouvert en plein centre, puisque l’autre camping est à l’autre bout de la ville, très loin du centre.


Sergeï commence à nous faire mille recommandations, garder nos papiers sur nous, planter la tente près d’une source de lumière, près d’un endroit animé, etc.

Nous n’avons pas fait 100m qu’il s’arrête : « Let’s talk about the situation. »

il se frotte le visage : « You are in a bad situation, so let’s stop the metter, if you want, you can live in my village house. ».

Nous acceptons, sa « village house » est une petite datcha à 10km du centre, dans la proche campagne de Kiev.

Il semble homme de confiance, nous emmène donc là-bas.

Des petites rues tortueuses nous emmènent loin de l’agitation du centre, nous arrivons en pleine campagne, au milieu des pommiers, dans sa petite maison en bois.

Son frère est là, respectable comptable qui bricole ici en fin de journée, ils nous expliquent le fonctionnement de la maison, buvons un thé, et ils s’en vont.

Sergeï nous donne encore mille recommandations, nous laisse son numéro, repassera demain matin pour nous conduire dans le centre.

Nous n’avons pas eu le plaisir de profiter de la légendaire hospitalité kazakhe, mais l’ukrainienne n’est plus à faire.

Notre aperçu de Kiev et de l’Ukraine est, à cette heure, excellent, après Almaty et une nuit à l’aéroport de Moscou, nous découvrons une ville Européenne, à l’histoire riche et visible, vivante et animée, belle et intéressante.

Nous avons eu l’occasion, en taxi pour l’instant, de voir ses rues, ses collines, ses jardins, ses bâtiments et son fleuve, Kiev est chère mais le vaut bien, contrairement à Almaty.

Nous passons la journée demain à visiter la ville, et partons pour Odessa après-demain.

01
août
07

Une nuit à Moscou

Descendons sur le tarmac, une navette nous conduit au hall de contrôle des passeports, sans visas russes nous suivons la pancarte Transferts, personne, les bureaux sont vides.

Finalement, une agent nous repère et nous fait transférer en bus, avec escorte, vers un autre Terminal.

Nous arrivons dans une salle d’attente vieillotte, style années 70, mais confortable, de gros canapés un peu passés nous servent de lits.

Un couple de Français s’en va pour Almaty, peu rassurés par la description que nous leur en avons faite.

Nous nous endormons dans la salle d’attente vidée, le gardien écoute en sourdine de la pop russe.

Réveillés à 9h, nous patientons, notre avion décolle à 10h40.

Partons enfin, en navette, vers notre coucou, les appareils d’Aeroflot Grand Nord, argentés, s’envolent à coté de nous vers quelque confins sibérien.

Vol Almaty-Moscou-Kiev

01
août
07

Du voyage

Nous sommes au dessus de la Russie, entre Almaty et Moscou ; La traversée du Kazakhstan, de la langue Sud de la Russie, sur les bords de la Caspienne, et de l’Ukraine, aurait dû constituer le deuxième mois de notre voyage, ou du moins nous aurait pris quelques semaines.

Le grand bon en avant, vers l’Ouest, que nous sommes en train de faire, bouleverse la physionomie du voyage initial, si on peut encore parler de voyage initial (!), et revêt un sens particulier.

Nous devions faire 20 000km en moto, il a été décidé que ce serait par d’autres moyens ; Nous avons pris bus, trains, voitures, bateaux pour traverser la Chine de Hong Kong à Korghas, et gagner Almaty, en un mois.

Un mois qui fut éprouvant, pour moi qui n’était pas en super forme, et je crois aussi pour Nico (et il l’aurait été pour tout autre), du fait de notre rythme de déplacement et de vie.

Un voyage tel que celui-ci n’est certes pas fait pour se reposer, mais si nous avons supporté un mois de traversée de Chine, parfois difficile, sans trop de problèmes, l’arrivée à Almaty a constitué un point décisif, un tournant psychologique et physique.

Nous sommes arrivés après trois jours sans avoir rien avalé, bourrés, dans une ville glauque où on ne sait où dormir, où tout est hors de prix, et où les gens ne sont pas accueillants, après trois jours passés aux bords des lacs chinois, dans le froid, l’humidité et sous la pluie ;

Mais nous étions prêts à continuer, à filer toujours vers l’Ouest, traverser le pays et entrer en Russie.

C’est au guichet de la gare, alors que nous demandions des billets pour Aralsk, que le coup fatal fut porté à nos projets, c’est là que nos dernières forces, que ce qu’il nous restait de motivation, lâchèrent, quand on apprit qu’il n’y avait plus de billets avant le 5 ou 6 août.

Deux solutions s’offraient à nous.

Partir en bus vers l’Ouest, suivant l’itinéraire prévu, Taraz, Chimqent, Aral et Atyrau, puis entrer en Russie, rejoindre Volgograd et continuer vers Kiev.

Ou bien choisir la facilité, rejoindre directement l’étape la plus à l’Est des étapes de l’Ouest, ne pas traverser le Kazakhstan, ne pas voir la Mer d’Aral, ne pas voir la Caspienne, ne pas voir les déserts et les montagnes du pays, ne pas voir les Kazakhs aussi, ne pas voir Volgograd et la Russie, ne pas prendre 20 000 Francs, et rejoindre Kiev.

Nous aurions pu prendre le bus, partir vers Aral, puis trouver un train pour la Russie, c’eût été faisable.

Mais le prix à payer nous a découragés d’avance : entamer les procédures pour le visa russe, payer 30$ chaque soir pour dormir pendant une semaine, des taxis tous les jours, et rester dans une ville culturellement morte, humainement pauvre, puis reprendre des jours de bus en plein désert, s’arrêter dans des villes où bien peu de choses nous attirent, et traverser la langue de Russie en deux jours avec un visa trop cher, pour arriver enfin à Kiev, et n’avoir que quelques semaines pour la partie Européenne du voyage.

Si les voyages sont, selon moi, la seule vraie faon de découvrir le Monde et ses habitants, il n’en reste pas moins qu’après une année passée à bouger, entre France, VietNam, Cambodge, Chine, Népal, Inde, Thaïlande, Kazakhstan, et Europe, entre tropiques et grisaille, entre canicule et grand froid, entre Europe et Asie, l’envie de sédentarisation se fait sentir.

On ne profite vraiment du voyage qu’en le savourant, qu’en procédant par étapes ; passer des mois à découvrir des cultures, des paysages et des gens est passionnant, mais après onze mois de route, en tous sens, certaines choses manquent, et l’on apprécie moins facilement ce que l’on voit.

Voilà à mon avis la vraie raison de ce changement de programme, il procède d’un changement d’état d’esprit, trop de voyages tuent le Voyage.

Et quand se profilera le prochain voyage, sans doute me semblera-t-il bien mérité, et peut-être l’apprécierai-je d’autant plus après des mois Français.

Nous atterrissons à Moscou, après 4h de vol, il est 21h30 heure locale.

01
août
07

Quitter Almaty

Résolus, au cinquième jour, à nous faire enregistrer à l’OVIR, nous y allons en taxi.

La charmante policière nous informe que nous n’avons pas besoin de nous faire enregistrer, ce qui ne nous étonne qu’à moitié, puisque nous partons aujourd’hui, cinquième jour.

Ce n’était que dans le doute, et ne tenant pas à payer une amende à l’aéroport, que nous voulions nous enregistrer.

Une nouvelle journée à errer dans les rues de la morne capitale commence, Panfilov, la cathédrale, encore, l’Otrar Hotel, puis nous allons déjeuner dans un restaurant de l’agréable rue piétonne de la ville.

Nous rencontrons là, assis en terrasse au soleil, de longs cheveux blancs noués, une épaisse barbe blanche un peu jaunie, fumant d’excellentes cigarettes chinoises, un berlinois.

La soixantaine passée, il arrive d’Urumqi, après six semaines de voyage en train, de Berlin à Moscou, puis Oulan Bator, Pékin, Lanzhou, et le Kazakhstan.

Nous parlons de la Chine, des Kazakhs, de l’Ukraine qu’il n’aime pas trop, nous présente son compagnon de voyage, en pierre creuse polie, une statuette chamanique des bords du lac Baïkal.

Il nous traduit le menu écrit en Kazakh, le russe étant la première langue que les berlinois de l’Est apprenaient à l’école.

Nous trouvons un peu de calme en terrasse au soleil, puis nous retournons à l’hôtel, où nos gros sacs attendent le départ.

Nous prenons un bus à 16h, arrivons à l’hôtel à 17h3à à cause des interminables bouchons, sautons avec nos sacs dans un taxi que conduit un gros kazakh, le bras droit dans le plâtre, et traversons une dernière fois Almaty, route vers l’aéroport.

Et c’est le coeur léger que nous passons une dernière fois devant les bouchons, les chauffards, les rues vides, la pollution, les bâtiments soviétisants, les habitants antipathiques d’une ville anciennement mythique.

Almaty n’est plus, Nazarbaïev City, Petro City peut-être, son riche passé a quitté la ville, il est ailleurs dans le pays, enfin je l’espère !

Almaty ne restera pas l’étape la plus agréable du voyage, mais en sera une des plus instructives.

La capitale à peine kazakh d’un pays pétrolier majeur, ancienne grande République Populaire d’Union Soviétique, n’est certes pas une destination culturelle, encore moins touristique, mais intéressante, un endroit particulier, désagréable mais différent.

Notre avion décolle à 19h, nous passons les premiers contrôles, on me fait vider mon sac, puis les douanières qui, dans leur cabine, font de la gymnastique en écoutant de la pop russe, ignorent que l’Ukraine ne demande pas de visas aux citoyens de l’Union Européenne, nous fait perdre un peu de temps encore, il est 18h50, nous embarquons.

Notre A321 de Air Astana s’extirpe de la crasseuse ville, nous laissons les Tian Shan au Sud, et filons vers le soleil couchant, survolant les déserts kazakhs.

Une mer de nuages orangés nous cache le reste du pays, nous ne saurons peut-être jamais à quoi ressemblent Taraz, Chimkent, Aralsk, Aktobe ou Atyrau, et surtout, nous ne saurons peut-être jamais qui sont les véritables Kazakhs, loin des habitants d’Almaty.

Almaty

31
juil
07

Journée vide dans une ville morte

Levés à 10h, le temps de nous préparer pour aller à l’OVIR, il est midi moins dix, l’OVIR ferme à midi, nous irons demain.

Nous tentons une mission cybercafé ; ils ne sont pas nombreux à Almaty, mais nous en avons repéré un près de notre hôtel.

1km à pied et nous y sommes, les ordinateurs sont infestés de virus et bloqués par celui du gérant, nous y passons une demi heure et partons, sans payer.

Le type nous rattrape et entame une longue et mouvementée discussion, il demande 500 Tenge (3euros) hors de question !

Se braque, appelle son acolyte, sort son téléphone, deux minutes plus tard une voiture avec trois kékés arrive.

Nous continuons de discuter, autant que possible, on veut nous faire monter dans la voiture, puis rentrer dans le magasin, finalement nous lâchons 300 Tenge et partons, au milieu des sourires, des serrements de main, dans la joie et la bonne humeur.

Allons déjeuner, une quatre fromages, et retournons à l’hôtel, il est 16h.

Nous repartons à 19h, pour dîner, en bus cette fois-ci, nous avons repéré quelques uns de leurs trajets, et l’économie réalisée est folle !

Les bus conduisent comme les voitures, accélèrent à fond, et pilent à mort, pas de demi mesure, pas de bon sens, ni un poil de civisme.

Nous descendons une demi heure plus loin, achetons un minable et pas bon petit kebab, et repartons…

Au retour, le bus est bondé, les uns sur les autres, nous nageons au milieu d’une foule suante et molle, et terminons le trajet par une marche de quelques kilomètres, ayant loupé le bon arrêt de bus.

Il est 22h, les filles de l’hôtel sont en plein labeur et les couloirs résonnent de leurs soupirs, un mec traîne ci ou là, deux bières à la main, la sienne et celle de son pote dont il attend, devant la porte ouverte, la sortie ; chacun son tour, et la plupart des résidents de l’hôtel viennent en groupe, se partagent une fille ou deux.

Un film français sur Astana TV donne une touche d’exotisme à l’atmosphère ambiante, et nous repose un peu, malgré le doublage kazakh monocorde, et la mauvaise qualité de l’image.

La télé kazakh n’a aucun intérêt, une poignée de chaînes, dont un genre de MTV kazakh, pitoyable reflet de la pauvreté culturelle du lieu.

Quelques films étrangers, américains, français ou italiens, souvent d’époque, nous changent toutefois agréablement de la télé chinoise.

Dernière nuit à Almaty.

30
juil
07

Un lundi à Almaty

Première mission de la journée : prendre nos billets d’avion pour Kiev, peu de places encore disponibles et nous voulons partir le plus tôt possible.

Levés à 9h, nous filons à l’Otrar Hotel, aussi agence de voyages.

Nous prenons nos billets, les deux derniers disponibles avant une semaine, pour le 1er août.

Départ à 19h d’Almaty, arrivée à Moscou vers 23h, nuit à l’aéroport, et vol le lendemain matin pour Kiev, arrivée à 11h15.

Nous flânons dans les rues =, un peu plus vivantes le lundi.

Trente degrés et un ciel dégagé, nous nous enfilons un kebab et marchons.

Quelques heures à l’internet coffee du Silk Way City, et nous partons à nouveau pour l’Otrar Hotel, à la recherche d’un carte de la ville, pour visiter ce qu’il y a a visiter.

Une francophone nous renseigne et nous indique l’adresse de l’OVIR (ОВИР), bureau de l’immigration, où tout étranger résidant plus de cinq jours à Almaty, et plus de trois jours dans toute autre ville du Kazakhstan, doit s’enregistrer.

Nous arrivons à l’OVIR, fermé, devons y retourner demain.

Nous trouvons, non loin de là, une petite église, orthodoxe évidemment, coiffée de bulbes reflétant les rayons du soleil, nous reposons dans ce premier lieu de quiétude à Almaty, l’église est richement décorée, des icônes, des murs de bois peints, des cierges par centaines, de vieux livres sous verre, de très pieux fidèles, et une forte odeur d’encens.

Retour vers le centre en tramway, qui a bien du mal à se faire respecter au milieu des voitures, des bus, des piétons, et des policiers qui arrêtent les ambulances qui roulent trop vite alors qu’à coté un kéké almatien, comme la majorité des habitants de la ville, se croit sur un circuit et manque de tuer quinze personnes.

Le tram ne nous a pas tellement rapprochés du centre, nous marchons donc une petite heure, un peu perdus dans les rues, pourtant en damier, de la ville.

Au parc Panfilov, nous admirons la cathédrale Zenkov (du nom de son architecte, russe), construite en 1904, église orthodoxe aussi belle à l’extérieur qu’à l’intérieur, toute en bois, aucun clou n’a été utilisé, seules des poutres assemblées, et croisées, font tenir debout cet édifice de 56m, qui a résisté au terrible tremblement de terre de 1910, et à l’époque soviétique.

A l’intérieur, là encore des icônes par dizaines, des ors, des peintures, des livres, des cierges, une ferveur inébranlable, que le communisme n’a pas fait disparaître, les gens viennent encore nombreux prier, des messes y sont célébrées, en un lieu qui rappelle à tous que Almaty a une Histoire.

Les fidèles allument des cierges, la lumière pénètre à travers les vitaux colorés, l’odeur de l’encens et l’atmosphère du lieu adoucissent les moeurs, et nous découvrons une face cachée des habitants d’Almaty, calmes, pieux, détendus.

A coté de la cathédrale, dans le parc Panfilov, les enfants jouent, mangent des glaces, les pauvres cherchent quelque âme généreuse, et les couples se promènent à l’ombre des hauts cèdres.

Il est 20h, nous prenons une voiture pour rentrer à l’hôtel, faisons notre deuxième lessive du voyage, dans notre baignoire, mangeons pain et fromage achetés au supermarché.

Un lundi à Almaty n’est pas si désagréable que ça, la ville, comme partout dans le monde, est plus animée en semaine, des parcs plus ou moins cachés sont des îlots de calme, l’architecture pré-soviétique subsiste encore par endroits, et nous fait voir Almaty sous un autre jour.

Alma-Ata, ancien nom de la ville, signifiant « Le père des pommes », était une étape majeure de la Route de la Soie, où les routes venant du Sud (Moyen Orient), et de l’Ouest (Asie Centrale), se retrouvaient en une route qui partait vers l’Est, et qui se séparait de nouveau à Turpan, vers Kashgar au Sud, et vers Xian à l’Est.

L’histoire du Kazakhstan, et de tous les pays et peuples d’Asie Centrale est passionnante, mais bien peu présente à Almaty, où le communisme a laissé des traces que le pétrolisme achève d’incruster dans le paysage.

29
juil
07

Chinoises blondes et russes blancs

Chinoises blondes, blondes Kazakhes refaites et surfaites, épais Kazakhs russes ou asiatiques, tous déguisés en rois du pétrole, roulent en grosses voitures, ont à l’arrière un caisson de basse de la taille d’un bombonne de gaz, roulent à 100km/h dans les rues d’Almaty, éternelle course-poursuite vers plus de paraître.

Almaty en elle-même n’est pas une ville désagréable, très verte, aérée, au pied des Tian Shan enneigées, elle est vaste et peu peuplée, à peine 2 millions d’habitants, peu pour une ancienne (jusqu’en 1999) capitale.

Almaty est toutefois vide, de grands bâtiments à l’abandon, de style soviétique, des commerces fermés, très peu animée si ce n’est par les moteurs des voitures tunnées.

Peu de vie dans Almaty, celle des gens d’ici semble calquée sur un même modèle, grosses voitures, de la techno russe à fond, la vitesse, l’impolitesse, la frime, le look au goût douteux, cliché, les femmes pourraient être belles si elles n’étaient les plus vulgaires au monde, et les hommes pourraient avoir l’air sympa s’ils ne se prenaient pas pour des mafieux ou des rappeurs américains, ou pour les deux.

Almaty est grande, vide et mal peuplée, on dirait, en marchant dans ses longues rues platannées qui cachent les façades des bâtiments.

Les bâtiments sont soit à l’abandon, soit vides, on s’imagine aisément dans une ville après une attaque nucléaire.

Le vide, le silence, le bruit des moteurs, les gens dans les veines desquels coule le pétrole et qui ne vivent que pour son argent, l’absence totale de commerces, d’animation, de vie simple et naturelle, Almaty est une coquille vide peuplée de parasites, capitale du pétrole et du gaz, elle ne cherche pas ailleurs des façons de s’enrichir.

Ici pas de culture, pas de cadeau non plus, ceux qui ont raté le train de l’or noir vendent dans les rues, aux gens qui les méprisent profondément, des oeufs, des graines, ou mendient.

Pas un regard, pas un sourire, pas un mot quand on marche ici.

Plus qu’ailleurs, le contact humain est ténu, et demander un renseignement, son chemin, ou parler à quelqu’un d’inconnu dans la rue est, semble-t-il, une grave impolitesse.

Les gens ne s’arrêtent pas quand on leur parle ou, quand ils sont arrêtés pour autre chose, tournent immédiatement la tête de l’autre coté quand on leur adresse la parole, d’autres vous envoient même balader, pas envie, pas besoin d’aider, qu’est ce que ça rapporte ?

L’argent, le Tenge Kazakh (1€=175 KZT), est la seule langue des habitants d’Almaty, tout, absolument tout se paie, du savon à l’hôtel, au service rendu.

Les moyens de transport dans Almaty sont variés, bus, trolleys, tramways, taxis et voitures-taxis conduites par des particuliers.

Les transports en commun n’ont aucun itinéraire affiché, et les taxis gouvernementaux doivent se compter dans la ville sur les doigts de la main, ils n’ont de toute façon pas de compteur et sont parfois plus chers que les voitures-taxis.

Les voitures privées font donc office de taxi, les prix sont arbitraires, on ne négocie pas ou très peu tant l’interlocuteur est désagréable, tant la vie ici est chère, et tant mieux comme ça, semblent penser les Almatiens qui n’ont en échange de leurs Tenge qu’une vie morose, ultra superficielle, vide de sens.

Une journée à chercher un hôtel à un prix abordable, impossible de trouver une nuit à moins de 30 dollars !

Nous rentrons donc dans notre hôtel de la veille, à 30$.

Le reste de la journée, nous cherchons un moyen de quitter Almaty ; aucun train pour Aralsk avant la fin de semaine prochaine.

Il nous est impensable de rester huit jours de plus dans cette ville, de payer presque 300 euros de nuits dans un hôtel de passe en banlieue, et presque autant en taxi.

Il y a bien des bus qui traversent le pays, mais avant Aralsk et la mer d’Aral, peu de choses nous intéressent au Kazakhstan, et si le train met près de 40h, le bus doit en mettre au moins le double, nous accusons le coup de la traversée chinoise et sommes bien trop à bout de forces pour envisager un tel trajet, d’autant plus que notre passage de quelques jours en Russie nous coûterait près de 100 euros en visa.

Nous pensons alors passer par Moscou, mais plus de places non plus dans le train hebdomadaire Almaty-Moscou.

Passer par le Sud, rejoindre l’Azerbaïdjan, l’Arménie, la Georgie pour prendre un bateau pour la Turquie ou l’Ukraine revient trop cher en termes de visas et coûts de transports.

Nous commençons donc à regarder les vols depuis Almaty ; à contre coeur puisque cela ampute le voyage d’un tiers ou presque, bien que ce tiers soit un peu vide, mais l’économie réalisée est importante, rien que la semaine que nous aurions pu passer à Almaty équivaut au prix d’un billet d’avion Almaty-Europe de l’Est.

Après discussions quant à un passage par le Sud Ouest asiatique, par la Turquie, remontée vers la France par la Grèce et l’Italie, nous choisissons finalement d’atterrir à Kiev, première étape Européenne du voyage initial.

Les agences sont fermées, nous irons demain tenter de prendre nos billets.

Arrivée à Kiev début août, nous aurons alors le temps de visiter convenablement nos villes européennes.

28
juil
07

Entrée au Kazakhstan

Des minibus font la navette entre les deux postes-frontière, les Kazakhs ont du mal à compter, et le compte des billets occupe le chauffeur pendant un bon bout de temps.

Nous finissons par partir et nous retrouvons, 3km plus loin, à l’orée du Kazakhstan.

Les douaniers nous parlent de Zidane, puis nous font doubler tout le monde en disant « Frantsooskee Frantsooskee ! ».

La charmante Kazakhe censée surveiller l’écran de sa machine, regarde mon passeport, puis lève des yeux brillants : « Oh, Frantsooskee ! ».

Nous entrons donc joyeusement au Kazakhstan, plus grand et plus riche pays d’Asie Centrale, et tentons de trouver un bus pour Almaty, à 400km de là, au Sud Ouest.

Hormis les bus, dont un bus Maine Anjou qui a fait bien du chemin pour se retrouver aux mains d’une compagnie Kazakhe, aucun transport public pour aller à Almaty ou avant.

Nous prenons un taxi, assez collectif tout de même puisque nous sommes sept dans une vieille Audi déglinguée dont les archives-même de la marque doivent ignorer l’existence, nos bagages dans le coffre grand ouvert, direction Zharkent, à 30km, d’où nous prendrons un bus pour Almaty.

Les peupliers ombrageants du Xinjiang ont laissé place aux arbres rongés par le soleil, voire morts, et le fin bitume chinois à une route défoncée.

Arrivés à Zharkent, nous nous rendons à la gare routière, où nous apprenons que le prochaine bus est complet, et que le suivant ne part pour l’ex-capitale qu’à 23h.

Nous allons demander aux voitures qui attendent sur le bas coté et qui font office de taxi, combien elles prennent pour aller à Almaty, après d’âpres négociations, nous renonçons au bus de nuit et prenons une voiture, 4h de route et 4000 Tenge (25€).

Zharkent-Almaty

Sacha, le chauffeur, nous conduit à travers le désert, encore et toujours, un peu plus d’air toutefois qu’au Xinjiang.

Le troisième passager, Allen, un Kazakh d’Astana, nouvellement papa qui, apprenant que nous sommes Français, hurle :

« – Jean-Claude Van Damme !! »

« -Euuh, non. »

Il nous fait boire du Kognak Kazakh et, au bout de deux heures, Nico gerbe, d’abord à l’arrêt, dehors, puis par la fenêtre, repeignant le taxi de Sacha plutôt mécontent.

Nous sommes à 80km d’Almaty, Nico est au fond du trou.

Arrivés sur un parking en périphérie de la ville, nous descendons, Allen et son ami Borrat nous emmènent dans un hôtel, de passe mais plutôt propre.

Nico démoule sur le parking derrière la voiture, puis se traîne jusque dans la chambre, s’allonge en vomissant, puis s’endort.

Allen et son pote nous proposent des filles qui arrivent en sautillant dans le couloir : « hellooo ! »

Nous nous endormons crevés pour moi, bourré pour Nico, et le ventre creux après plusieurs jours de diète.

28
juil
07

Fin de la Chine

En marchant sur les chemins de l’ancienne Chine, à Suzhou, Huangshan, Leshan, etc. on ne peut que déplorer que le tourisme en Chine soit tant attractionnisé, bétonné, mécanisé, organisé, réglementé ; tout est transformé, paraît faux, et c’est si insupportable que seuls les touristes chinois pourront, à terme, supporter une telle façon de visiter leur pays, de voyager.

On regrette de ne pas être venus bien plus tôt, avant les bulldozers, avant les circuits organisés, avant l’enfer.

Ces observations qui valent ce qu’elles valent, c’est à dire pas grand chose, sont aussi les fruits d’un certain égoïsme, on voudrait garder à visiter une Chine exotique, ce qu’elle n’est plus du tout.

En suivant les routes d’une autre Chine, qui n’a de Chine que le nom, celles du Tibet Oriental et du Xinjiang, c’est là encore un tout autre univers, un univers bien plus traditionnel, bien plus vrai, bien plus naturel, malgré le béton chinois qui y gagne du terrain.

Le Nord Ouest du Sichuan, les villages du plateau Tibétain Oriental, Labrang et Langmusi, est mon passage préféré, un harmonieux mélange de bouddhisme et d’islam, une légère touche de Chine, un coté naturel, des endroits où les hommes respectent la Nature, la leur et celle qui les entoure.

Le Xinjiang enfin, plus grande province de Chine, plus insoumise aussi, là où éclatent encore des révoltes réprimées dans le sang, un peuple, les Ouïghours, moins pacifiste que les Tibétains, et soutenus contrairement à ces derniers, par leurs grands voisins d’Asie Centrale.

Le Xinjiang et ses déserts, ses routes interminables, ses montagnes brûlées, et aussi ses lacs, et la très sauvage région des Altaï, là encore une autre Chine, dont la capitale est à plus de 5000km de Pékin.

Si la traversée de la Chine, de Hong Kong à Chengdu fut instructive et par moments agréable, le passage au Tibet et la traversée du Xinjiang furent bien plus agréables, là où la Chine communiste impose son bonheur officiel, fait de béton et de non-culture, les provinces de l’Ouest sont plus riches d’un point de vue culturel et humain, plus vraies, mais aussi plus dures.

La Chine est en période d’adolescence, la vieille Chine est morte, tuée par le communisme, cachée aux yeux de la jeunesse, et enterrée par tous pour la course vers la modernité.

Un jour viendra peut-être où, las des tours HLM aujourd’hui flambant neuves, las d’être des moutons avec le Parti pour berger, un jour où les Chinois voudront retrouver leur identité, leurs particularités, leur Histoire.

Alors l’ère du bonheur officiel touchera à sa fin, et ce jour là, le grand bond en avant se sera transformé en grand écart, et la souplesse chinoise n’aura pas empêché la déchirure.

Un pays, quel qu’il soit, et particulièrement la Chine, ne peut avancer en ignorant son passé, un passé présenté comme honteux, on ne sait trop pourquoi, peut-être parce qu’à l’heure de la mondialisation, la Chine regrette d’avoir été épargnée par les grandes influences occidentales dans le passé, elle se rattrape aujourd’hui.

Peut être parce que la Chine voit sa civilisation millénaire comme trop différente du modèle occidental, et par là trop incompatible d’un point de vue économique.

Quelles que soient les raisons de cette négation d’un glorieux passé, les conséquences sont là, dramatiques pour certains, bienvenues pour d’autres, la Chine avance très vite, trop vite peut-être pour s’arrêter avant le mur qu’elle ne voit pas.

Il est 14h, nous entrons dans le bâtiment du poste frontière chinois, pas de contrôle des bagages, la machine à rayons X est arrêtée, notre passeport retient la douanière pendant dix bonnes minutes, nous pénétrons dans le no man’s land.

28
juil
07

Yining-Korghas

Yining

Nos deux américains avaient laissés leurs gros sacs à Yining, dans une petite guesthouse tenue par des musulmans, pas chère, mais qui n’est pas autorisée à accueillir les étrangers.

En Chine, une licence est nécessaire pour accueillir des étrangers, qui impose un minimum (trop) de standing, salle de bain, télévision, propreté, etc. ce qui nous empêche de trouver une nuit à moins de 8€ en chambre double.

Si exception fut faite pour eux la première nuit, cette fois-ci nous sommes quatre, et la police que le gérant appelle pour éviter de se faire pincer en flag’ n’est pas d’accord.

Nous partons sous des trombes d’eau à la recherche d’un endroit où l’on accepte les étrangers à un prix raisonnable.

Au bot du quatrième hôtel visité, c’est bon, sauf le prix qui est de 140RMB pour une chambre double, un record d’escroquerie.

Nous allons aspirer quelques nouilles et nous couchons, il est 1h30 heure de Pékin.

28.07.07

Yining-Korghas

Levés à 11h30 (heure de Pékin), notre réveil n’a pas sonné, les ricains sont partis tôt pour Urumqi, et nous avons loupé notre bus pour Almaty.

Prenons donc une voiture pour Korghas, ville frontière, à 120km de Yining, il est 10h20 heure du Xinjiang.

Deux heures de route ombragée, de fiers peupliers s’élancent vers le ciel, abritant cultures de mais, blé, et villages de terre du soleil.

Les tournesols, les mules tirant des charrettes, les cantonniers, et au loin les montagnes enneigées, nous conduisent vers le Kazakhstan, nous avalons notre dernière portion de route chinoise.

Nous arrivons à Korghas, il est midi heure Kazakh.

La frontière est fermée de midi à 14h, accessible cependant moyennant 150RMB de bakchich, nous attendons 14h.

27
juil
07

Sayram Hu

A 2000m d’altitude, il fait frais, environ 15 degrés, pour nous qui venons des 48°C du désert, le choc est rude, nous ressortons nos vestes tibétaines.

Au bord du lac, coté Sud, des yourtes sont plantées, qui accueillent les voyageurs, nous nous installons dans l’une d’elles.

De grosses couettes, coussins, des tapis au sol, une table basse au milieu, l’intérieur est surélevé, à quelques 30cm du sol sur une estrade en bois.

Nous commandons un dîner et partons crapahuter dans la montagne.

Des montagnes entourent le lac, de faible hauteur coté sud, elles sont enneigées et bien plus élevées coté Nord.

Autour de nous d’autres yourtes, les nomades et leurs troupeaux, vaches, chevaux, moutons.

Le froid et le copieux repas nous font nous coucher à 22h, heure de Pékin, soit 20h heure locale.

27.07.07

Levés à 11h, après une nuit fraîche sous de grosses couettes, un peu assourdis par le générateur à essence qui, à l’extérieur de la tente, procure de l’électricité pour notre petite ampoule, nous faisons un rapide tour du village de yourtes, il fait froid, il pleut, mais le lac est parfaitement visible, ce qui n’était pas le cas du précédents.

Nous petit déjeunons, de pains tibétains beurrés de beurre de yak, de miel et accompagnés de thé au beurre.

Dans une yourte voisine, deux américains qui vivent en Chine depuis quelques temps nous aident à nous faire comprendre des locaux.

Si la nuit dans une yourte ne coûte que 30RMB pour deux, les repas sont excessivement chers, les prix n’étant pas communiqués, ce qui plombe l’ambiance « sauvage ».

La pluie ne cesse de tomber, il fait froid, les deux américains s’en vont aujourd’hui à Yining, à 150km au Sud Ouest.

Nous partons avec eux et, de Yining, prendrons un bus demain matin pour Almaty.

La voiture met cinq heures à arriver au campement, il est 19h heure de Pékin, nous partons à six dans une mini voiture, la route est une piste dans les montagnes, nous descendons sous la pluie, le chauffeur essaie de nous rouler et de nous laisser 50km avant Yining, nous demandant de prendre un autre bus (à payer en plus de ce que nous lui avons donné à lui pour qu’il nous emmène à Yining).

Mike, qui parle chinois, règle le problème, nous arrivons à Yining, il est minuit.

Ebinur Hu et Sayram Hu

25
juil
07

Urumqi

Nous cherchons un hôtel pendant des heures, peu d’hôtels dans la ville, et tous hors de prix.

Nous finissons par trouver deux lits en dortoir, les derniers de la ville, à la Cornfield International Youth Hostel, et allons dîner.

Un resto fait de tables en plein air, de nombreux stands de brochettes, légumes, etc. compense l’arrivée désagréable à Urumqi.

Urumqi n’a aucun intérêt, ville d’expatriés chinois qui viennent y faire fortune, au milieu du désert et des montagnes, elle diffère toutefois agréablement de ses consoeurs de l’Est.

A 980m d’altitude, au pied de montagnes, l’air y est relativement frais comparé à Turpan, dix degrés de moins, moins polluée que les villes chinoises de l’Est, puisqu’ici le vent emporte rapidement les particules toxiques qui vont mourir dans le désert inhospitalier ;

Les habitants d’Urumqi (un million cinq) sont bien différents, hormis les expatriés chinois, de ceux des villes à l’Est, musulmans en majorité, ils sont plus chaleureux, plus accueillants, plus riants, le soleil et le vent les rendent peut être un peu fous, ils paraissent plus bon vivants.

Il faut dire qu’au Xinjiang, on mange beaucoup de viande, du mouton surtout, on boit beaucoup aussi, pour oublier qu’on est à Urumqi, capitale du désert à 5000km de Pékin, et les marins auraient sans doute le cafard à Urumqi : la ville est la plus continentale au monde, la mer la plus proche est à 2500km, c’est le Golfe du Bengale.

Urumqi n’est cependant pas désagréable, une grande ville chinoise mais trop, et au soleil.

Départ demain pour Jinghe.

25
juil
07

Turpan

Turpan n’est pas une banale ville-oasis, jadis voisine de la capitale Ouighoure, Gaochang, aujourd’hui en ruine et sous les sables, elle fut un centre bouddhique majeur jusqu’au VIIIè siècle, quand la région se convertit à l’islam.
La ville était une étape importante de la route de la soie, un carrefour, où route de la soie Sud et route de la soie Nord se retrouvaient, venant du Kazakhstan à l’Ouest, elle se divisait à Turpan, la voie Sud partant vers Kashgar, et la voie Est partant vers Xian.
Elle fut ensuite une ville de garnison chinoise, encore aujourd’hui, c’est l’endroit le plus bas (-154m) et le plus chaud du pays.
Levés à 10h, nous laissons nos sacs à la réception et allons prendre un énorme petit déjeuner sous la treille, puis partons visiter la ville.
Le bazar de Turpan a été très réputé, il a depuis perdu de sa superbe, hormis le bâtiment sous lequel il se trouve, il n’a pas grand intérêt ; deux ou trois échoppes de produits traditionnels trop neufs, mais jolis.
A coté, et partout dans le bazar, on trouve des étales de nourriture, de raisins secs, mais aussi de vêtements occidentaux dépareillés, à l’effigie de Nirvana, de joueurs de foot, ou flanqués d’un « USA ».
Je repars avec un petit tambourin ouighour.
Nous partons ensuite au Emin Ta, un minaret à 3km de la ville, construit à la demande de Emin Hoja, noble habitant de Turpan, en 1777.
Le minaret, 44m de haut, de style Afghan, en forme d’obus, en terre et en briques, côtoie une mosquée, au milieu des vignes, sous un soleil meurtrier.
Nous brûlons littéralement, nous abritons dans la mosquée, plus fraîche, visitons la résidence du Roi qu’entourent de minces fortifications, remparts de terre séchée, on passe d’un bâtiment à l’autre par un souterrain, qui protège des ennemis autant que du soleil.
L’intérieur est tout juste décoré, assez sobre, quelques tapis, objets plus ou moins d’époque, poufs et tentures.
Aux cotés du minaret, les vignes laissent place par endroits à une tonnelle ou à des sépultures quelques peupliers font de l’ombre à quelques mètres de là.
Nous repartons prendre un bus pour Urumqi, départ à 17h30.

Nous traversons une dernière fois Turpan, oasis dans un désert impitoyable, ville à l’histoire riche et mouvementée, ses ânes, ses mules tirant de lourdes charrettes débordantes de raisin ou de pastèques, ses 250 000 habitants qui vivent écrasés par le soleil en été, et dans un froid mordant en hiver, jusqu’à -30 degrés.
Au sortir de Turpan, le désert ne laisse aucun répit à l’oasis, d’un seul coup nous sommes au milieu des rocs, sables gris et reliefs ocres.
Strictement rien ne pousse, les pierres grises semblent carbonisées par le soleil, les pans de montagnes ocres ne résistent que peu de temps aux assauts de l’astre du jour qui en fait de la poussière rouge ou du sable gris.
Extrêmement friables, les reliefs sont lacérés par les coups de vent, très violent ici, et par les infimes précipitations qui, quand elles arrosent une colline, y creusent immédiatement de profondes ravines.
La route est bonne, surélevée pour ne pas disparaître sous les sables, traverse ces étendues mortes, brûlées, le ciel est bleu, le soleil tape à travers les vitres, brûle la peau à travers les vêtements, pas un nuage, le vent brûlant parcourt ces étendues que frappaient jadis les sabots des chevaux mongols et ceux des grandes caravanes.
Urumqi est à 150km à l’Ouest de Turpan, et 1000m plus en altitude.

Alors que nous entrons à nouveau dans un corridor de montagnes, dans les prairies reparaissent troupeaux de moutons, cours d’eau, cultures et nuages.
Un grand parc éolien ne nous étonne qu’à moitié, le vent est vraiment violent, et des panneaux solaires feraient ici des merveilles.
Nous arrivons à Urumqi, ville du désert elle aussi, il est 20h30.

Turpan
24
juil
07

Zhangye-Hami-Turpan

Zhangye-Hami

Seuls dans notre compartiment couchette pour six, nous nous endormons pour nous réveiller à 7h, le train a pris du retard, nous sommes en plein désert de Gobi, à quelques heures de Hami, à 150km au Sud de la Mongolie, avons longé les Qilian Shan, traversé les Beishan, et arrivons dans la dépression de Hami, le long des Karlik.
Il est 8h30 quand nous arrivons à Hami, nous allons au guichet de la gare acheter nos billets pour Turpan.
Pas d’horaires fixes, sauf celui de 23h qui arrive à Turpan à 5h du matin.
Nous partons à la gare routière, un type en voiture se propose de nous emmener à Turpan, de gros agents de la gare viennent lui dire de passer son chemin, peut-être avons-nous échappé à un dangereux serial killer, mais il nous proposait tout de même moins cher que le bus.

Hami-Turpan

Il est 9h20, un bus part à la demi, nous sautons dedans.
Conduit par deux exécrables chinois qui râlent pour un rien, apparemment pas fanas d’étrangers, nous partons.
Les deux petits chefs qui nous conduisent meuglent et grimacent quand nous enlevons nos chaussures, alors qu’eux, a moitié pieds nus, empestent, pètent, sont absolument répugnants, les pires personnes croisés depuis Hong Kong, nous leur faisons savoir.
Conducteurs à part, nous traversons les déserts, ils s’étendent, du Sud Ouest, jusqu’à Kashgar et la frontière pakistanaise, vont jusqu’au Nord Est de la Mongolie, un des plus grands déserts du monde, le Gobi fait 1.300.000 km2, recouvre un tiers de la surface de la Mongolie, essentiellement désert de roches, il est aussi par endroits recouvert de dunes de sable.
Le Gobi est prolongé au Sud Ouest par le Taklamakan.
Le Taklamakan, surnommé La mer de la mort, est situé en Chine uniquement, un ovale qui s’étend sur la province du Xinjiang, et un peu au Nord du Tibet.
Le Taklamakan est le troisième plus grand désert de sable au monde, avec ses 337 000 km2 de sable, après le Sahara et le Kalahari.
Ses dunes peuvent atteindre 40m de haut, et n’abritent strictement aucune vie, pas même un lézard ou un scorpion, la température peut aller de -40°C en hiver, à +50°C en été, nous sommes en été…
Gobi et Taklamakan se rejoignent donc non loin de Hami, des petits déserts dans les déserts, comme le Gurbantuggüt, le désert d’Alashan, de Tengger, d’Ordos, ne laissent aucune place à la verdure et à la vie, si ce n’est celle des rares nomades et caravaniers qui arpentent les routes ancestrales du désert, et les quelques peupliers et arbustes desséchés qui s’accrochent au bord des minces cours d’eau.
Sur des milliers de kilomètres, ces déserts ne font qu’un, quelques villes-oasis résistent, depuis des centaines d’années, c’est le cas de Turpan, ville parmi d’autres, légendaires étapes de la Route de la soie.
Nous quittons Hami, les premiers mausolées musulmans aux toits de pierres colorées, des rues ombragées, des peupliers de l’Euphrate partout, des visages différents.
Déjà nous entrons dans le désert, la route coupe trois déserts, Gobi au Nord Est, le Gurbantuggüt au Nord Nord Ouest, et le Taklamakan au Sud et à l’Est.
La sortie de Hami, l’entrée dans le désert, se fait brutalement, des villageois ont toutefois tenté de planter au bord de la route, des arbres fruitiers et, travaillent la terre sous un soleil brûlant.
Les systèmes d’irrigation souterrains font leur œuvre, inchangés depuis des siècles, mais rapidement le désert reprend ses droits, et ce ne sont plus que quelques épineux qui rompent la monotonie du paysage, puis plus rien.
La route se perd dans les pierriers, les falaises, les reliefs effrités et brûlés par le soleil, l’humidité qui s’est retrouvée ici par miracle est immédiatement changée en croûtes de sel, qui jalonnent le bord de la route.
Les camions avancent lentement sur a langue de goudron que suit notre bus, tous rideaux fermés, légèrement climatisé, nous brûlons tout de même à travers les vitres et rideaux.
Nous traversons quelques oasis, quelques villages au milieu de rien, et arrivons à Turpan, prononcer « Touloufan’ » en chinois, 154m en dessous du niveau de la mer ; après la dépression de Hami (-51m), celle de Turpan, au bas des Bogda Shan qui culminent à 5450m, nous accueille sous un soleil brûlant, il fait 43°C à l’ombre, 5°C de plus au soleil.

Turpan

Il est 16h, nous descendons du bus, des rabatteurs nous accueillent, nous les faisons mijoter en plein soleil à la gare, allons voir leur hôtel, trop cher, et prenons un taxi pour un hôtel indiqué par ce cher lonely
Le lonely ne faillit pas à sa nouvelle réputation, il nous emmène dans un hôtel dont les prix ont doublé, pas routard pour un sou, fatigués, résignés, nous nous posons dans un dortoir en sous-sol, sans fenêtre, 5€ par personne.
Allons déjeuner à coté, salade, spaghettis, sous une treille verdoyante, le raison est la spécialité de Turpan, et la région autour de la ville est une importante productrice de raison, pour toute la Chine.
Discutons avec un gros écossais venus tester toute un bataillon de MG dans le désert, et partons faire un tour rapide dans la ville.
Nous apprenons que Tianshi est un enfer, situé près de Urumqi, nous devions nous y rendre, nous l’éviterons donc, gagnerons ainsi une journée, et serons, à ce rythme là, le 30 ou le 31 à la frontière kazakhe, soit dans cinq jours.

Retour à l’hôtel, nous grignotons quelques savoureuses brochettes de mouton sous une treille, demain visitons la ville et partons pour Urumqi.

Entre Hami et Turpan, entre Gobi et Taklamakan
23
juil
07

Zhangye

Nous arrivons à 7h55 à la gare routière, notre bus est en fait un minibus, et ne met plus que 4h30 pour rallier Zhangye, contre 9h il y a quelques mois, avant que la route ne soit refaite.
Un peu serrés, nous partons.
Remontons le corridor du Hanxi, jadis seul et unique passage entre la Chine à l’Est et les terres musulmanes de l’Ouest.
Le corridor du Hanxi est encadré de montagnes, au loin les cimes enneigées, dans la plaine les champs de colza à perte de vue, sous un soleil de feu nous nous arrêtons dans un petit bled, pause œufs durs et chips, et repartons.
Nous franchissons les dernières montagnes, passons un col à 3685m, et descendons vers Zangye.
Nous arrivons, il est 13h, cherchons un hôtel, on nous interdit l’entrée dans un quartier de la ville ; Zhangye réputée « détendue » et « ombragée » nous parait plutôt fermée et nous rend ombrageux
Négociation impossible à l’hôtel, nous maudissons déjà cet endroit.
Nous partons à la gare ferroviaire, prenons nos tickets pour Hami, ville à l’extrême Est du Xinjiang.
Les trains pour Hami ne partent qu’en fin de journée, ne voulant pas perdre de temps et surtout rester une nuit de plus à Zhangye, nous prenons un train pour 9h ce soir.
Allons diner dans un Dico’s, fast food de poulet, immonde, passons au cyber et retournons à l’hotel.
Nous quittons l’hôtel qui se refuse à tout remboursement ne serait-ce que partiel, des 8 euros que nous lui avons lâchés pour une chambre miteuse, nous filons à la gare, il est 21h17, nous partons.

22
juil
07

Qinghai Hu, Lac Kokonor

Lever à 7h.
Pour une fois nous n’avons pas à refaire, et surtout à porter nos sacs, nous partons pour la journée au lac Kokonor, et rentrons ce soir à Xining.
Il est 7h10, nous partons pour la gare routière, 7h30 le bus part.
Fatigués, nous dormons une partie de la route et, trois heures plus tard, apercevons le lac.
Nous le longeons sur quelques dizaines de kilomètres, il est immense, s’étend à perte de vue, et on a peine à apercevoir la berge de l’autre coté, à 100km de là.
Le lac Kokonor, ou Qinghai Hu, qui signifie La petite mer bleue est à 3200m d’altitude, et une île en son centre culmine à 3500.
Le lac est le plus grand de Chine, avec ses 5.694km carrés, et trente trois rivières se jettent dedans.
Nous longeons sa rive sud, sur l’étroite bande de terre plane entre montagnes et lac.
Les berges sont cultivées, du colza essentiellement, resplendit au soleil entre la route et le lac, les montagnes au Sud surplombent le lac, coiffées de nuages bas.
Le soleil tape fort et un vent fais court sur les vastes pâturages où paissent yaks et chèvres.
Il est midi et demi, nous arrivons à Heimahe, petite bourgade sans un touriste, les circuits organisés vont ailleurs, et nous sommes les seuls du bus à descendre à Heimahe, au grand étonnement de nos camarades de voyage.
Nous achetons pastèque, melon d’eau, concombre et bières, et nous dirigeons vers le lac, à 2km environ du village, à travers de vertes prairies, marécageuses aussi, peuplées de yaks.
Une villageoise court après une chèvre, nous l’aidons à libérer la patte d’un oiseau pris au piège, elle l’emporte pour l’encager…
A nos pieds un tapis de fleurs turquoises, jaunes, des sortes d’edelweiss aussi, puis des marécages jusqu’au bord du lac.
Nous pataugeons jusqu’à mi-mollets, traversons un troupeau de yak, et posons nos vivres dans un endroit à peu près sec.
Pas un bruit, les gazouillis des oiseaux, les meuglement des yaks, le vent qui joue dans les herbes rases, les cris étudiés de la petite gardienne de yaks qui mène son monde à la baguette du haut de ses treize ans.
Le soleil tape vraiment fort, et malgré le vent frais nous bronzons allongés dans l’herbe, les yaks passent autour de nous, nous tentons une approche, nos vestes tibétaines retournées sur le dos, la fourrure de yak à l’extérieur, essayons de passer pour deux des leurs, ce qui a pour effet de faire détaler le troupeau tout entier.
Un paisible après midi, loin de Xining, loin du bruit et de la pollution, le lac Kokonor qualifié de « surréaliste » par certains est impressionnant, il ressemble davantage à une mer intérieure qu’à un lac, sa taille, son air marin, Xining et les plaines chinoises à l’Ouest, des montagnes au Sud et au Nord, et le désert à l’Est, il est un lieu de repos pour les oiseaux migrateurs, et pour les migrants de passage.
Au bord de ce lac est né l’actuel Dalaï Lama, il était à l’époque, tout juste en Chine, au Nord du Tibet.
Les yaks et les vaches nous regardent d’un drôle d’œil puis s’approchent tous en rang, le museau dans l’herbe mais les yeux sur nous, et finissent par nous accepter, broutant énergiquement à quelques mètres de nous.
Leur petite gardienne se tenait elle aussi à distance de ces deux étrangetés qui viennent bronzer au milieu d’une prairie marécageuse au bord d’un lac à 3500m au fin fond de la Chine, habillés en tibétains, bouffant des concombres, et rampant camouflés vers son troupeau, puis elle se déride et nous fait de grands signes.
Nous repartons vers Heimahe, pataugeant dans les marécages, entre les yaks, leurs bouses et les crapauds.
Deux longues heures d’attente en plein cagnard, il est 16h, le dernier bus est à 17h.
Il passe, plein, nous laisse sur le bas coté sans même s’arrêter.
Un jeune “heimahais” vient à notre secours, nous propose pour 600 RMB (60 euros) de nous conduire à Xining, le bus est à 35RMB, nous le remercions gentiment.
Il nous apprend que le dernier bus pour Xining passe finalement à 17h30, il passe, notre ami ne le reconnaît qu’après qu‘il soit passé nous noyant dans un nuage de poussière, il se confond en excuses.
Nous attendons de voir s’il y en a un à 18h, ne sachant trop que faire dans le cas contraire.
L’autostop est inconnu en Chine, et les voitures que nous tentons d’arrêter accélèrent a notre vue.
17h50, une voiture s’arrête un mini-mini bus, il va à Xining, nous sautons de joie et dans la voiture.
Nous quittons Heimahe, petit village perdu au bord d’un lac immense, village d’agriculteurs et d’éleveurs, qui n’attire en rien les touristes qui vont voir le lac ailleurs, là où les berges sont aménagées, bétonnées, proches de la route.
Nous laissons le lac, les montagnes qui l’entourent, ses habitants, des tibétains aux visages d’indiens, son calme, sa chaleur et son air marin, et repartons vers Xining.
Essayons de dormir dans la voiture, la pop chinoise fait vibrer chaque pièce du bolide, nous arrivons assourdis après 3h de route, il est 21h, à notre hôtel.
Dînons dans un resto musulman, mouton chaud cette fois ci, et thé au fruits savoureux.
Réveil demain à 7h, et départ pour Zhangye à 8h.

Qinghai Hu, Lac Kokonor
21
juil
07

Xining

Descendus du bus, nous prenons nos tickets pour Heimahe, au bord du lac Kokonor, pour le lendemain, ainsi que nos billets pour Zhangye, le surlendemain.
Xining est une ville chinoise depuis plus de cinq siècles, capitale de la province du Qinghai, elle est majoritairement musulmane.
Nous croisons quelques tibétains bouddhistes dans les rues, les mosquées se succèdent, à l’architecture variée.
Nos vêtements tibétains font rire à Xining, la ville chinoise musulmane, où deux blancs habillés de chauds vêtements tibétains en plein été ne passent pas inaperçus.
Nous cherchons un hôtel, marchons sous un soleil de plomb avec nos 20kg sur le dos, une averse, de nouveau le soleil.
Nous descendons au Post Hotel, huit étages sans ascenseur avec nos sacs, près de la gare routière, et allons dîner.
Ou du moins essayer, la ville est un labyrinthe, nous errons dans les quartiers résidentiels, et finissons, à la nuit tombante, par trouver un petit restaurant musulman qui nous sert du mouton froid, carottes râpées, choux, concombres et thé.
Les distributeurs de la ville, et parrait-il tous ceux du Qinghai comme du Xinjiang, ont quelques ratés, surtout avec les cartes étrangères, nous en faisons l’expérience et nous retrouvons incapables de payer le repas.
Nico part en quête de yuan pendant une heure, revient bredouille, je retourne à l’hôtel et, au bout de quelques kilomètres et deux heures de marche, trouve un distributeur, le seul de la ville, qui accepte nos cartes.
Au restaurant ils étaient prêts à nous offrir le repas, gentillesse toute musulmane, pas une once de chinois la dedans.
Passage au typer et retour à l’hôtel, nous branchons Marius (notre caméscope) sur la télé et repassons les deux premières semaines de voyage en vidéo.

20
juil
07

Xiahe-Xining

Levés à 7h, dans le bus à 7h30, nous prenons la route pour Tongren, à 3h de Xiahe, d’où nous prendrons un bus pour on ne sait où, essayant de nous approcher le plus possible du lac Kokonor.
Xiahe s’éveille, les vendeuses de fruits et légumes se placent au bord de la route, les échoppes ouvrent, les tuk-tuk sont surexcités par cette activité matinale, il fait frais, moins de cinq degrés.
Nous sortons de la ville, les premiers rayons de soleil frappent les montagnes alentours, lentement la journée nouvelle s’installe.
Nous passons les derniers plateaux où paissent les yaks nonchalants, les cols où la route est bordée de grands chortens sur lesquels flottent d’innombrables drapeaux à prières, puis nous entamons la descente dans la province du Qinghai, nom chinois du lac Kokonor.
La route est bonne au début, devient piste, puis en longeant un fleuve au fond de profondes gorges, ne ressemble plus à rien, les éboulis réduisent la route juste à la taille d’un bus, nous frôlons les rochers saillants des falaises, des peintures bouddhiques tentent d’attirer la protection divine en ces lieux dangereux, a notre gauche un ravin au fond duquel gronde un torrent.
Les reliefs sont devenus rocailleux, la région est aride, le paysage minéral, brut.
Nous descendons les gorges, canyons, et arrivons à 10h30 à Tongren, ville dont les habitants sont passés maîtres dans la réalisation des tangkas et statues bouddhiques.
Nous n’y faisons qu’une halte de quelques heures, prenons nos tickets pour Xining, passage obligé pour le lac Kokonor ; repasser dans une ville chinoise ne nous enchante pas.
Nous mangeons un plat de spaghettis au mouton dans un resto musulman en gare de Tongren, et repartons à 12h30.
Un bus plus petit, de bonnes places, nous quittons Tongren, descendons les gorges, canyons, au dessus de nos têtes les rapaces décrivent des cercles dans le ciel bleu, pas un bruit si ce n’est le grondement du torrent et le ronronnement du bus, là encore la route est sportive et, au détour d’un virage, le paysage lunaire devient riant, nous débouchons dans une large vallée fermée au loin par des reliefs déchirés coiffés de neiges éternelles.
Il est 17h, nous arrivons à Xining, aux pieds des montagnes, à 2200m d’altitude, il fait chaud.

20
juil
07

Xiahe et le monastère de Labrang

A la descente du bus, un jovial chinois et son tuk-tuk nous accueillent, nous pensons que Labrang, le monastère est à 20 ou 30km de Xiahe, et lui demandons de nous y emmener, pour dormir la bas.
Heureusement pour nous, nous avons mal lu la carte, et Labrang est à Xiahe, Xiahe étant la ville chinoise qui est venue se greffer sur la ville monastère.
Un touch and go au monastère donc, puis notre tuk-tuk nous emmène à la Tara Guesthouse, nous posons nos sacs et partons en vadrouille.
Xiahe n’a pas beaucoup de charme, bien moins que Langmusi, puisque le centre de la ville est d’”architecture” chinoise, béton et néons ; toutefois, la route qui mène au monastère est entourée de ruelles tortueuses qui abritent les centaines de maisons des moines, lesquels sont plus de 1500 à Labrang, et en nombre croissant (ils étaient plus de 4000 avant 1969, et avaient presque totalement disparu après cette date.).
Labrang est, par son importance, le deuxième centre bouddhiste au Tibet, après Lhassa.
Nous nous en rendons vite compte en nous promenant dans les rues boueuses du Sud de la ville, du coté du monastère, des collèges bouddhiques d’ésotérisme, de droit, de médecine, des écoles, des pensionnats, et des temples, la ville est nichée aux pieds des montagnes, aux sommets desquelles les stupas et chortens attirent la bienveillance divine ;
Des temples, des stupas, des moulins à prières, sur des centaines de mètres, voient défiler les fidèles venus nombreux des villages alentours.

Si à Langmusi l’atmosphère était pieuse, elle était aussi empreinte de nomadisme, d’islam, et plus “civile” qu’à Labrang.
Ici le monastère est la seule raison d’être de la ville autour, l’influence musulmane est faible, les nomades sont bien loin, les chinois tiennent les commerces, et sont une minorité comparé aux moines et aux fidèles qui peuplent Xiahe.
Nous marchons vers les temples, un groupe de tibétaines chantantes arrive des montagnes, nous voyant les filmer, elles font de grands signes et nous invitent à nous approcher.
Nos appareils photo et caméscope les intriguent, les amusent beaucoup, et nos vestes tibétaines suscitent quelques compliments et rires, elles ne vont pas très bien avec nos jean’s.

Après examen des clichés, elles s’en vont comme elles sont venues.
Nous longeons, à flanc de montagne, les maisons monacales, marchant vers le monastère dont les ors brillent au soleil.
Sur le chemin de prière des fidèles, nous croisons des tibétains bouddhistes qui, moulins à prières à la main, par groupe, discutent ou prient, d’autres font le chemin de leur corps allongé.
La vue que nous avons sur les maisons des moines, avec quelque hauteur, est étonnante, toutes de petite taille, en terre et briques, des ruelles labyrinthiques et des bruits qui en sortent sans que l’on voient d’où ils viennent.
Nous rentrons vers le centre de la ville par ces ruelles boueuses, il pleuvait les jours derniers, repassons à l’hôtel et allons dîner.
Thé au beurre, lait de yak, bières et mouton au cumin, nos vestes, ici comme à Langmusi, suscitent la curiosité des occidentaux qui nous demandent d’où elles viennent.
Nous rentrons à l’hôtel, nous levons tôt demain pour visiter le monastère aux heures calmes.

Labrang si

Levés à 9h, nous partons flâner dans la rue principale de Xiahe, où les échoppes de souvenirs se succèdent.
Plus ou moins neufs, les objets tibétains attirent l’œil, certains sont d’une qualité plus que médiocre, d’autres de véritables merveilles, nous marchandons âprement, une fois divisés par deux ou trois, les prix deviennent intéressants, nous repartons vers l’hôtel avec chapeaux, boites, colliers, moulins à prières, etc.
Les tibétains, et surtout les chinois venus commercer ici, sont durs en affaires, mais nous passons, discutons, repassons, palabrons, repartons et revenons, ils finissent par craquer, nous expliquant que nous les rendons fous.
Pause déjeuner en terrasse surplombant la rue principale, du mouton, du bœuf et des bières, puis nous partons visiter le monastère, il est 15h.
Plusieurs temples, dans des parcs fermés que relient des ruelles aux murs blanc cassé, s’en échappent les chants des moines, les sons graves et cassants des instruments, trompes et cymbales ; de petits jardins occupent le devant des bâtiments, où les moines, en groupe à l’ombre de quelques arbres, discutent et se reposent.
Nous prenons nos tickets pour la visite, en groupe uniquement, malheureusement, et en anglais.
Deux moines anglophones nous retracent l’histoire des lieux, nous suivons, avec nos grosses bataves et nos américains en maillots de bain de surfeurs.
Nous attirons décidément l’attention des fidèles et des moines, qui nous complimentent, avec notre accoutrement tibétanisant, et notre américain-surfeur-au-Tibet insiste pour nous prendre en photo.
Bouddhas géants, photos de Panchen Lama, bougies au beurre de yak, écharpes en soie blanche, tapisseries, murs de bois peint, encens, les temples sont petits et richement décorés, la ferveur des fidèles est marquante, et la solidarité bouddhique touchante, les statues de bouddha, en or ou plus modestes, proviennent en partie du Népal et de Lhassa, dons fait au monastère dépouillé de ses biens par la révolution maoïste.

Labrang est le village où, lors de chaque nouvel an, est déroulée sur le versant faisant face au monastère, une tangka (tapisserie bouddhique tibétaine peinte) de 20m de long, portée par 600 moines à flanc de montagne ; l’image ne vous est sûrement pas inconnue.
Au bout d’une heure, la visite se termine sous un soleil de plomb qui tape depuis le matin, nous repartons vers le centre.
Discutons avec un professeur de l’université de Shanghai qui faisait la visite avec nous, la soixantaine, en vacances au Tibet et Xinjiang, parlons de la Chine, du droit, de la France, nous partons ensuite acheter nos tickets, lui s’enfiler quelques scotch pour endormir son mal de crâne.
Pour notre prochaine étape, Xining, il n’y a plus de place, nous prenons donc des tickets pour Tongren, où nous changerons de bus pour partir, au pire à Xining, au mieux à Heimahe, au bord du lac Kokonor.
Départ demain à 7h30.
Nous rentrons à l’hôtel, profitons, sur le toit terrasse, du soleil et de la vue, premier moment de repos au soleil depuis le départ.

Xiahe, monastere de Labrang
18
juil
07

Langmusi

18.07.07

Nous arrivons sous la pluie, faible crachin qui a tôt fait de faire des rues du village des ruisseaux de boue ; ici peu de bitume, Langmusi est niché dans le coude d’une haute vallée, petit village de quelques milliers d’âmes, dont de nombreux moines.
Nous trouvons un hôtel, tout de bois, un poêle dans notre chambre, animé et chaleureux.

Quelques boutiques de souvenirs dans la rue principale, partiellement goudronnée, vendent du toc, du neuf, et les attrape touristes communs à tout le Tibet.
Nous ne cédons pas et montons vers les hauteurs de la ville, aux pieds du monastère.
Un torrent traverse le village avec grand bruit, peu maîtrisé il déborde par endroits et rend la marche dans les rues, humide.
Des petites maisons, des cours communes dans lesquelles jouent les enfants, des petits ateliers, forgerons, tisserands, des petites cuisines d’où se dégage un fumet appétissant, jalonnent la rue qui monte au monastère

Langmusi, comme tous les villages de la région,, est tibétain et musulman, ainsi à coté du temple se dresse une superbe mosquée, mélange de pagode, de lamaserie, et de mosquée, aux couleurs vives, bleu, rouge, jaune, blanc.
Sur sa façade l’écriture arabe et tibétaine rappellent la particularité de la région.
Plus loin, un stupa surmonté d’un croissant renversé, à coté les moulins à prières, dorés ou peints, mènent vers le monastère.

Sur le chemin, des femmes tibétaines font tourner les moulins, des hommes musulmans discutent, des tibétains bouddhistes marchent vers la montagne, les moines vaquent à leurs occupations, le sourire aux lèvres, et les enfants en habits de moine, une calotte musulmane sur le chef, ou en vêtements banals, jouent ensemble autour du ruisseau.
Au loin, en contrebas, les tentes de nomades fument, au milieu des troupeaux de yaks, de moutons et de chèvres, les nuages se déchirent sur les cimes environnantes, ou butent contre les falaises à pic.
De l’autre coté du village, une montagne rectangulaire, La montagne rouge, aux flancs verticaux, un stupa au sommet, telle une muraille infranchissable, semble isoler encore davantage le village.
Nous achetons deux vestes tibétaines en épaisse toile, doublées de longs poils blancs de yak, il fait frais à Langmusi, pas plus de 10 degrés aujourd’hui.
Nous dînons autour de steaks de yak et thés au beurre, dans une petite maison de bois, l’électricité est coupée partout dehors, et c’est à tâtons que nous rentrons nous coucher.
Départ pour Xiahe et le monastère de Labrang, demain à 14h30.

19.07.07.

Après une nuit sur deux couettes et sous deux couettes tant le matelas est dur et tant il fait froid, nous quittons notre chambre et partons à la recherche d’un cybercafé.
Quelques ordinateurs dans le village, fonctionnent à moitié et les clients partent, comme nous, de rage sans payer.
Nous nous enfilons chacun 500 grammes de yak burger et montons dans notre bus jaune, il est 14h, direction Xiahe, à 150km au Nord, dans la province du Gansu.
Nous quittons Langmusi, petit village pluvieux et agréable, peuplé de tibétains bouddhistes et musulmans, de nomades et de leurs bêtes.
Mais Langmusi change, et dans quelques années ses rues nous seront difficile à reconnaître.

Le bus suit les cours d’eau, nous traversons Luqu, Hezuozhen, nous crevons, perdons une heure à chercher un garagiste, puis repartons.
Le paysage est celui des jours précédents, moins haut, plus de cultures, des maisons de terre et de brique, peu de nomades, le temps s’éclaircit, nous arrivons à Xiahe, il est 19h.

Langmusi
18
juil
07

Songpan-Ruo Er Gai-Langmusi

Dur réveil à 6h pour attraper un bus à 6h40, encore.
Nous commençons à prendre le rythme et les transports en bus, de jour, à travers de tels paysages, sont bien moins fatigants et cent fois plus intéressants que les transports de nuit en train.
Nous démarrons à 6h40, pour Zoige, étape obligatoire pour qui veut, depuis le Sud, se rendre à Langmusi.
Zoige est à 160km de Songpan, la route est d’une qualité désastreuse, il a beaucoup plu cette nuit et, boueuse, nous pataugeons, croisons deux camions retournés, grimpons difficilement des pentes glissantes.
Le sol ne se prête pas aux roues d’un bus, il ne se prête d’ailleurs guère à autre chose qu’aux sabots des chevaux.
Bien que la route soit en construction, des hommes et femme surtout, en habits traditionnels tibétains, cassent des cailloux sur le bord de la route, creusent tranchées et aménagent remblais, il y a peu de circulation et les paysages sont somptueux.
Le soleil éclipse les nuages et, sous un ciel d’un bleu céruléen, se dessine un décor de rêve, des collines verdoyantes d’un vert qu’on croirait fluorescent, parsemées de taches noires, des yaks, vertes foncées, des arbustes, et blanches, les tentes des éleveurs nomades qui envoient vers le ciel prières et fumées des fourneaux.
Les yaks sont des milliers, par troupeaux de centaines, parcourus par les éleveurs à cheval qui passent d’un vallon à l’autre, d’un campement à un autre.

Des drapeaux à prières flottent sur les tentes et, autour des mats à prières eux aussi colorés, font claquer leurs couleurs au vent.
L’air est frais, nous sommes à près de 3500m, à perte de vue vertes collines, ciel bleu, quelques nuages passent au galop, au dessus de la paisible vie des nomades, sur les plateaux du Tibet Oriental.
Le paysage ressemble un peu à celui traversé six mois plutôt entre Lhassa et Katmandu, à quelques différence près : la route s’étirait sur les vastes plateaux tibétains, ceux-ci sont plus étroits, plus vallonnés, ils étaient extrêmement arides en janvier, ici ils sont verts, et si les montagnes de janvier étaient hautes et parfois enneigées, celles-ci sont plus basses et toutes aussi vertes que le reste du paysage.
Inconvénient du bus comparé à la voiture : on ne s’arrête pas quand on veut.
Les paysages sont si beaux que, fenêtre ouverte, avec un vent qui nous glace les sangs, nous immortalisons ces moments, ce qui a le don de faire gémir nos voisins de derrière, frigorifiés et ne pouvant fermer l’œil, il est 7h du matin ; ils nous pressent de fermer la fenêtre.
Au bout de deux heures, nous faisons une pause, tout le monde descend, Nico et moi courrons vers les yaks, évitant quelques bouses, pour les filmer et voir de plus près.
Retour au bus dix minutes plus tard, en sprint, il allait partir sans nous.

Nous pensions, comme annoncé par tout l monde à Songpan, mettre entre 5h et 8h pour arriver à Zoige.
Mais heureuse surprise, qui n’arrive qu’en Chine du fait des rénovations des routes, alors que nous venions de changer de place pour plus de confort, nous arrivons à Ruo Er Gai, Zoige en chinois, après seulement 3h de route, il est 10h.

Nous n’avions pas confirmation de l’existence du bus Ruo Er Gai-Langmusi qui devrait partir en début d’après midi, nous apprenons avec joie, en arrivant qu’il part à 14h30.
Joie car Zoige ne présente pas grand intérêt, en tous cas très peu comparé à Langmusi.
Nous sommes soulagés, le sont aussi les trois israéliens qui vont aussi à Langmusi, faire du cheval.
Nous nous posons dans une petite gargote en face de la gare, prenons le soleil en sirotant un thé et en aspirant quelques nouilles pimentées, en compagnie des villageois et voyageurs de passage qui attendent le départ d’un bus vers leur village.
Bien moins touristique, simple halte, Zoige est, d’un point de vue architectural, sans intérêt, mais ses habitants bien plus curieux, accueillants, souriants qu’à Songpan.
Quatre heures plus tard nous prenons notre bus pour Langmusi, il est 14h30.

Le bus est archi-plein, ballots sur le toit, pas une place libre, et les gens s’entassent dans l’allée centrale, hommes, femmes, enfants, sacs etc.
Seule une soixantaine de kilomètres séparent Zoige de Langmusi, nous sommes sur de verts plateaux, peu de reliefs proches, des étendues infinies, un dégradé de vert, foncé sous les nuages, clair au soleil, un ciel bleu turquoise, d’immenses troupeaux de yaks, d’importants campements nomades, éloignés les uns des autres, les jeunes se sont construits un panier de basket, des chevreaux paissent au bord de la route, l’air frais se mêle à l’agréable odeur du beurre de yak, toutes fenêtres ouvertes nous filons sur une route rectiligne vers le Nord Ouest.
Je pourrai rouler ainsi des jours, sans repose ou presque, tant l’esprit est fasciné, envoûté par l’atmosphère, par la vie des hommes au milieu d’une des plus grandes étendues sauvages du monde.
Nous voyagerons, dans les jours qui viennent, à ce rythme, pour ne trouver du repos qu’au lac Kokonor (Qinghai Hu), porte d’entrée du Xinjiang et ensuite aux lacs frontaliers du Kazakhstan.

Viennent ensuite les montagnes, la cuvette de Zoige prend fin ici, au Nord, quelques kilomètres avant Langmusi, c’est ici que la pluie fait son apparition, nous montons dans les nuages, la route d’une saignée de bitume devient un lacet de boue, raide et glissant, nous nous extirpons de la cuvette de Ruo Er Gai et atteignons le Gansu, province du Nord.

Songpan-Zoige
Ruo Er Gai (Zoige)
Ruo Er Gai-Langmusi
17
juil
07

Dujiangyan-Songpan

200km à travers les montagnes, cap au Nord Ouest.
Levés à 6h dans notre chambre sans fenêtres toute carrelée et faiblement éclairée l’hôtel dort sous la pluie.
Le portier écarquille les yeux quand, la porte étant fermée, nous tambourinons.
Les rues commencent à s’animer, les étales dégagent les premières odeurs de la journée, nous arrivons à la gare routière, en face de l’hôtel.
Notre bus pour Songpan part à 6h40, 6h de route prévues.
Après avoir tournés trois quart d’heure dans Dujiangyan, notre bus quitte la ville, quitte les plaines brumeuses et s’enfonce lentement dans les montagnes.

La route n’est pas bonne, une nouvelle est en construction, les travaux sont titanesques.
Nous suivons, en le remontant, le lit d’un fleuve agité, tantôt torrent de montagne tantôt placide serpent d’eau que ralentissent en amont des quelques zones habitées, des barrages.
Au fond de vallées étroites, verdoyantes au départ, puis de gorges rocailleuses, quelques villages assoupis au chevet du fleuve font face aux constructions, infrastructures et villes nouvelles.

La route est étroite, le bus frôle les paroies dont les rochers affleurent, les croisements sont difficiles, et au dessus des têtes brunes, les montagnes aux lignes déchirées s’élancent vers le ciel devenu bleu.
Le bus est plein, joyeux musulmans, tibétains, chinois.
Songpan est au Nord du Sichuan, jouxte le Tibet et proche du Xinjiang, l’influence chinoise y est donc toute relative.
La route grimpe et serpente entre les berges du torrent et les parois vertigineuses, des passagers gerbent régulièrement, un gobeur d’œufs se charge donc de balancer des sacs plastiques roulés en boule, d’un bout à l’autre du bus et, pour les plus pressés, deux seaux circulent dans l’allée centrale, vite remplis de mégots, de papiers, d’épluchures et de vomi.
Quelques haltes dans les villages sur la route, prétexte à se dégourdir les jambes, à aspirer quelques nouilles, à vomir un coup aussi ; les populations sont différentes, habits traditionnels, visages particuliers, pas grand monde, mais un monde déjà différent des plaines, à quelques dizaines de kilomètres vers l’Est.
L’empreinte du tourisme y est faible, quelques échoppes de souvenirs, des yaks et un chameaux pour promener les visiteurs, la région est encore très sauvage, ou du moins épargnée.
Il est 15h, après 8h de bus nous arrivons à Songpan sous le soleil, à près de 2900m d’altitude, nos paquets de chips explosent au sortir du bus, nous sommes aux pieds du Xuebao Ding qui nous toise du haut de ses 5588m.
Songpan est un petit village (quand même près de 69 000 âmes) fait, comme ceux que nous avons croisés sur la route en venant, de petites maisons, chalets de bois, de pierre, de briques, et peu de béton, toits de bardeau, tuiles ou tôles, une rue principale et des ruelles adjacentes, où règne le calme, où l’on respire un air frais, une atmosphère paisible qui nous fait le plus grand bien après le Centre et l’Est du pays.
Nous nous promenons dans les rues, des échoppes de produits locaux, une douce odeur de beurre fondu, de viande grillée, le hennissement des chevaux répond aux doux frottements des pas feutrés des tibétains en habits, les musulmans regardent passer, autour d’un thé ou d’un jeu, le temps et les nuages au dessus des toits rebiqués des maisons du village.
Dans les intérieurs des maisons, les tisserands tissent tapis ou toiles, les cuisines des restaurants préparent les plats, pains tibétains, viande de yak, thé, les forgerons forgent, les tuk-tuk passent le long des fortifications du XVIIIe, les rues sont calmes, piétonnes, de vieux ponts de bois richement décorés enjambent les tumultueux torrents.
La vie s’écoule lentement, les enfants jouent dans la rue, de rares touristes se promènent, un petit crachin vient, de temps en temps, prendre sa place au soleil, rafraîchissant l’air.
Songpan est un haut lieu de randonnée équestre, d’où partent des convois vers les montagnes environnantes, les rares touristes sont donc des passionnés (ou pas) de cheval.

La rue principale du village est encombrée, dans la journée, par les nombreux bus qui, klaxonnant, crachant leur fumée noire, filent au Nord, vers Juzaigou et Huanglong, parcs nationaux UNESCO qui sont envahis, surtout en cette saison, de touristes, et au droit d’entrée excessifs de 30euros.
Nous avons donc fait un croix dessus et profiterons du calme certain des villages dans lesquels nous ferons étape, des paysages sauvages, splendides, que nous traverserons.
Fin de journée sur la terrasse d’une maison de thé au dessus du torrent, buvons quelques décoctions locales en grignotant des graines, repos réparateur après 8h de bus, mine de rien fatigantes.

Nous retournons vers notre hôtel, dînons chez Emma’s Kitchen, steak au poivre, pommes frites, calzone et Snowbeer.
Allons nous coucher, requinqués, prêts à affronter les 6h de route demain, pour Zoige puis Langmusi, heureux d’avoir trouvé le calme, l’authenticité et la majesté de l’Ouest chinois.

Dujiangyan-Songpan
Songpan
14
juil
07

Chengdu et Leshan

14.07.07

La gare est noire de monde, nous sortons dans une foule gigantesque sur la place, prenons fébrilement un taxi et débarquons au Mix Hostel.
Le Mix, repère des plus beaux spécimens de backpakers, anti naturel mais qui nous reposera, nous prenons une chambre et dormons quelques heures.
L’après midi est consacré à l’électronique, achat de cartes pour appareil photo, de mini DVD pour caméscope, et d’un disque dur externe pour stocker les photos.
Coucher tôt.

15.07.07
Leshan

Levés à 11h, nous prenons un bus pour Leshan 15h30, voir la plus grande statue de Bouddha au monde.
Arrivés à Leshan 17h30, nous marchons le long du fleuve, des vieux papys se laissent porter par le fort courant, rejoignant ainsi sans trop d’efforts, l’aval du fleuve, armés de leur bouées, puis remontent le courant en marchant sur les trottoirs des quais, pendant que les vieilles femmes font de la gymnastique en les regardant.
Nous prenons un bateau qui s’arrête en face du grand Bouddha, assis au bord de l’eau, haut de 71m, des oreilles de 7m, des orteils de 8m, un vrai géant qui semble contempler le fleuve agité.
De petit escaliers taillés dans la roche descendent à ses pieds, sur une petite terrasse au bord de l’eau, à ses cotés, deux autres statues, bien plus petites, un peu abîmées.

Le bateau repart, le Bouddha disparaît lentement dans son abri rocheux, puis la brume nous le cache.
Nous reprenons un bus à 19h pour Chengdu.
Dîner chez Grand’ma’s Kitchen où nous étions allés avec JB six mois plus tôt par 30 degrés de moins.
Retour à l’hôtel, départ demain pour Dujiangyan.

16.07.07

Nous « check-outons », il est midi, prenons un petit déjeuner “frenchy” à l’hôtel, le dernier avant Almaty au moins, passons une petite heure au cybercafé, et partons avec femmes et bagages, passons acheter quelques victuailles chez Carrefour, pour les trente heures de bus des jours à venir.
La gare routière pour le Nord est…au Nord, mais aussi bien loin du centre ; un bus est censé y aller, nous marchons une heure entière sous la pluie, avec chacun 20kg sur le dos, pas de bus, tous les taxis sont occupés ou en panne, ou refusent tout simplement de nous prendre.
Finalement nous trouvons, exténués, le bon bus.
Pas tout à fait bon cependant, puisqu’il s’arrête bien avant la gare, et un tuk-tuk décibelliqueux nous fait faire le reste du trajet.
Arrivée à 17h50 à la gare, un bus part à 18h, hop hop sautons dedans.

Nous quittons Chengdu , mais aussi les plaines chinoises humides, peuplées, grisâtres en cette saison, pour nous élever dans les premiers reliefs du plateau Tibétain, pendant quatre-cinq jours dans ces montagnes nous aurons l’air frais, pur, mais aussi le soleil peut-être, le calme surtout, une autre Chine va nous apparaître.
Puis viendront les déserts du Nord Ouest, le Sud de Gobi et la frange Nord du Taklamakan, les lacs somptueux, les pans de Grande Muraille, les villes musulmanes, l’ambiance toute différente, celle de l’Asie Centrale, sur les chemins de l’ancienne route de la soie.

Chengdu 2
Leshan
12
juil
07

Les trois gorges, remontée du Yangtse

12.07.07

Sangxia da ba, le barrage des trois gorges

Levés à 11h, nous quittons Yichang pour le barrage des trois gorges, à 1h de bus.
Le temps est ultra brumeux, on ne voit ni barrage ni lac artificiel, seulement des magasins, des centaines de cars de circuits organisé la folies, de sculptures immondes, le tout sous la pluie, nous avons pris environ six bus différents pour tourner autour du barrage.
Obligation de payer pour tout, le barrage nous déçoit, très peu impressionnant très mal desservi, il est une immense plaque de béton posé entre deux rives, tout autour est rasé, irradié par la folie industrielle, on se croirait sur une bretelle d’autoroute dans une zone industrielle grisâtre.
Nous pensions, après avoir visité le barrage, prendre la route qui longe le Yangtse, passer par les fameuses trois gorges. Et rejoindre enfin Chongqin.
Changement de programme, la route est impraticable, en partie effondrée, en tous cas peu fréquentée.
Le bateau retient notre attention.
Un responsable des visites du barrage nous conduit au port, un hydroglisseur remonte le fleuve jusqu’à Chongqin, départ demain matin.
Il nous dépose devant un hôtel quatre étoiles, là ou doivent descendre les occidentaux travaillant sur le barrage, en nous affirmant que c’est le seul hôtel du coin.
Nous repartons aussi sec au vu des prix, et gagnons à pieds le petit village en amont.
Une petite chinoise à vélo nous conduit aux bus pour le port, nous trouvons un hôtel juste en face de l’embarcadère, dînons dans un petit bouiboui apparemment très bon, Nico a rapidement des « bulles dans la bouche » et mes champignons sont étranges.

En remontant le Yangtse

13.07.07

Levés à 8h, nous rejoignons l’embarcadère, notre bateau part à 9h30.
Le bateau nous était présenté comme un hydroglisseur, un téléphérique nous mène de la berge au bateau en contrebas, vieille coque de noix en tôle aux allures de bus des mers, il crache une fumée bleue, est plein à craquer, nous levons l’ancre.

Nous n’irons finalement pas jusqu’à Chongqin, mais débarquerons à Wuzhou, (ou Wanzhou), d’où nous prendrons un train pour Chengdu.

Le paysage devient rapidement impressionnant, nous filons entre les gorges, falaises abruptes dont les nuages bas couvrent les hauteurs, quelques habitations plus ou moins jolies sur les berges, et la pluie n’entache en rien la majesté des lieux.
Le fleuve est, lui, plutôt immonde, des bancs de déchets s’écrasent contre la coque, les bateaux de commerce dégazent sans vergogne, quelques flaques brillantes, couleur arc en ciel chimique, surnagent au milieu des petits pêcheurs sur les berges ou sur leur barque.
Notre bus flottant, un peu du même genre que les bateaux rapides qui font la liaison Chau Doc-Phnom Penh, en deux fois plus larges ; différence aussi, celui-là s’arrete et dégaze pendant une bonne heure, vide ses poubelles, et reste immobilisé en plein milieu du fleuve.

Verdict, au bout d’une heure d’attente, changement de bateau, un autre vient nous chercher, nous partons en noyant dans un nuage de fumée noirâtre les gorges passées et notre embarcation douteuse.
Nous passons les gorges, nous sentant bien petits aux pieds de ces pentes verdoyantes dont on ne voit la fin, les torrents dévalent les versants, creusant des saignées dans la roche, les nuages se déchirent autour des sommets des vallées étroites, s’enfonçant dans les flancs vierges, la pluie cesse par moments, un vent violent s’engouffre dans les gorges et nous plaque contre le bateau.
Les majestueuses gorges ne sont que des passages brefs, et le reste du paysage, s’il n’est pas plat, est bien moins vertigineux composé de moyennes collines, d’habitations désordonnées, de forets de résineux, et de quelques rares cultures en terrasse.

Nous traversons quelques villes posées au bord du fleuve, Badong (!) où descend Ouyan, qui « hope you will never forget me. », et Fengjie.
Le bateau se traîne la cabine est climatisée, frigorifique, notre remontée du fleuve touche à sa fin, nous arrivons à Wanzhou (ou Wuzhou, ou Wanxian…).

Wanzhou

A Wanzhou, nous sautons dans un taxi pour la gare ferroviaire d’où nous espérons prendre un train de nuit pour Chengdu.
La ville est construite autour d’un coude du Yangtse, toute en hauteurs, grands ponts, rues plantées, quartiers anciens, assez calme et légèrement ensoleillée.
A la gare nous prenons nos billets pour Chengdu, départ ce soir à 20h20, pas de couchettes, que des sièges, nous nous y ferons.
Nous repartons dans le centre en taxi, demandons timidement où se trouve le McDo, nous n’avons rien mangé depuis deux jours, à part les carottes au savon de la veille.
Quelques BigMac plus tard, nous retournons à la gare et sautons dans notre train.
Une seule classe, train bondé, tout le monde sur des banquettes face à face, c’est parti pour 11h.
Onze heures dans la chaleur, assis la tête sur la tablette ou contre la vitre, à taper dans les genoux de ma voisine d’en face, le train se vide peu à peu, les places changent, je parviens à m’allonger et dormir deux heures, puis des gens montent, de nouveau assis, une heure de sommeil, le calvaire prend fin quand, à 7h, nous arrivons à Chengdu.

En remontant le Yangtse, les 3 gorges
Wanzhou
Wanzhou-Chengdu
11
juil
07

Jiujiang-Yichang, 900km

11.07.07.

A Jiujiang nous dormons dans un hôtel miteux en face de la gare routière, dînons au KFC immonde, et partons vers Wuhan, il est 8h20.
Nous arrivons à Wuhan, une des quatre fournaises de la Chine, sous une chaleur étouffante, dans une gare routière bondée, une heure d’attente dans une salle d’attente infestée de mouches, nous prenons un bus pour Yichang.
Cinq heures après arrivons à Yichang, départ des visites pour le barrage des trois gorges.

Yichang est une ville sans aucun intérêt, grise comme la plupart des villes chinoises, nous nous mettons à la recherche d’un hôtel.
Un hôtel de passe nous propose une chambre éclairée par une faible lumière rouge, quelques jouets amusants et un sauna répugnant, des filles en tutu passent dans le couloir, que de gros chinois suants rejoignent en bavant.
Finalement nous tombons sur un hôtel voisin, normal.
Dînons au MacDo, puis errons dans les rues de Yichang, trouvons un ciné, Transformers sort aujourd’hui.
Deux heures d’un film parmi l’un des plus nuls de l’histoire du cinéma, dans une salle immense, remplie, bruyante et puante.

10
juil
07

Lushan

10.07.07.

A Nanchang nous prenons un train pour Lushan, nous repartons, il est 7h, arrivée à Lushan à 9h, après un voyage dans un train bondé, vendeur de chaussettes, familles nombreuses, chaleur et bruit.
Gare de Lushan, 9h, nous devons prendre un bus pour le parc naturel de Lushan, à 2h de route.
Au bout d’une heure d’attente, une fois que le bus est archi rempli et rentabilisé pour 10ans, nous partons.
La route en lacets nous emmène au parc naturel de Lushan, nous arrivons, il est 11h.
Nous débarquons dans un hotel qui consent à nous loger sous les toits, nous partons déjeuner dans le village.
Le village est à 30min a pieds de l’hôtel, pas de chemin mais une route étroite et passante, s’y croisent des bus toutes les deux minutes, les voitures qui foncent, bienvenue dans un parc naturel chinois !
La brume couvre tout, montagnes, arbres, soleil évidemment, lacs, nous déambulons dans les rues, aucun signe de parc naturel, tout est retouché, contrôlé les bus et camions crachent une fumée noire, nous respirons un peu d’air frais en rentrant à pieds et prenons un bus pour Jiujiang.
Il est 18h, notre minibus part, la route de montagne serpente au dessus de la vallée, notre voisine de derrière gerbe silencieusement, nous arrivons à 19h.

08
juil
07

Huangshan

08.07.07

Nous arrivons à Huangshan, à 150km de Hangzhou, il est environ 20h.
Huangshan est un parc naturel, des pics baignés de nuages, l’UNESCO a aussi cassé ce lieu.
Nous voulons, pour voir la fameuse mer de nuages du haut des montagnes, dormir dans un des hôtels qui sont accrochés au sommet.
Impossible de monter à cette heure ci, nous prenons parti de nous lever aux aubes demain et de sauter dans un téléphérique pour le sommet.
Après d’interminables palabres avec tout le village, la vendeuse de cartes, satisfaite, la vendeuse de poncho qui, au bout d’une heure de démarchage s’esclaffait en essayant de nous vendre ses morceaux de plastique, les hôtelières par l’odeur de l’argent, qui n’en a pas, alléchées, et les rabatteurs en tous genres ont achevé de nous épuiser et, malgré les efforts d’une petite anglophone, nous obtenons une chambre à un prix exorbitant.
Le rabatteur ne nous lâche pas, veut que nous dînions dans son resto, nous emmener en visite le lendemain, etc etc. Nous l’envoyons paître.
Nous dînons dans un resto qui nous sert des feuilles et du riz, peut être aurions du aller chez l’autre arnaqueur, enfin…

09.07.07

A l’assaut du Huangshan

Nous ne nous levons pas aux aubes, il est 10h quand nous partons, et pour cause de grand vent, le téléphérique est fermé, pour la journée nous dit-on. (souvenirs d’Emeishan…).
Nous entreprenons donc de grimper les quelques milliers de marche et mètres de dénivelé.

Ici aussi, UNESCO oblige, les touristes sont en nombre, les marches qui montent vers un des sommets sont saturées, les marcheurs côtoient les porteurs qui acheminent bagages des touristes ou commandes des hôtels et restaurants des hauteurs, de haut en bas, et de bas en haut. Travail titanesque.
Une montée ultra-épuisante de deux heures nous emmène sur un replat à mi-pente.
La vue ici, tout comme celle que nous avions pendant la montée, est superbe, des nuages grimpent sur les flancs des pics, il est 16h, le reste de la montée se fait à pieds uniquement, le téléphérique ne fonctionne que pour la descente, nous le prenons.

Nos co-passagers se jettent sur les vitres pour filmer (nous aussi…), la descente est vertigineuse, à en fermer les yeux.
Nous retournons à l’hôtel, prenons un bus pour Huangshan City à 17h.
Arrivons à Huangshan City à 19h, un des passagers du bus nous aide à prendre nos billets de train pour Nanchang, nous sommes à bout de force et de nerfs, épuisés, crevés, lessivés par l’ascension du mont.
Nous végétons dans la sale d’attente de la gare, notre train part à 21h.

De Nanchang, nous prendrons un bus ou un train pour Lushan, à 2h de route.
Le train pour Nanchang est plein, une seule place en couchette, nous la prenons, ainsi qu’un ticket « général » qui donne seulement droit à être dans le train.
Une fois à bord, une famille chinoise anglophone nous aide à nous faire comprendre par un policier chinois caricatural complètement bourré et au faciès de méchant personnage de BD ou de film hollywoodien ; il nous trouve cependant une autre couchette, à coté de la sienne, pour Nico.
Arrivée à Nanchang 6h du matin le lendemain.

07
juil
07

Hangzhou

07.07.07

Bus confortable, autoroute en parfait état, nous arrivons à Hangzhou, il est 23h.
A la gare routière, un groupe de joyeux chinois nous accueille, une femme crie, « Takéchi !! takéchi !! » (« Taxi !! Taxi !! « ), un autre jeune crie aussi, nous lance quelques mots japonais, un accueil assez surréaliste, puis le jeune nous emmène dans un hôtel à l’autre bout de la ville, près du lac, aux pieds d’une colline coiffée d’une pagode, dans le quartier des boites et clubs louches de Hangzhou.
Notre chambre est correcte, mais un monstre fait son apparition, un gigantesque cafard volant fait vrombir l’air dans la pièce, il nous occupe pendant une bonne heure, films à l’appui.
Nous partons enfin, vers minuit, dîner.

Hangzhou est au bord d’un lac qu’entoure une agréable promenade, en bas des collines, les gens s’y promènent tard, en mangeant des glaces, d’autres y dorment.

08.07.07

Nous arpentons les rues de la ville, à la recherche de la banque de Nico qui nous joue des tours depuis Shanghai.
Ils fait une chaleur torride, nous sommes en nage, trouvons un peu de fraîcheur dans un Carrefour (prononcer « califou’ » en chinois), dans lequel nous faisons provision de pâtisseries chips, gâteaux et boissons.
Il est déjà tard, nous n’avons vu de Hangzhou, plus belle cité de Chine selon le slogan officiel, que le lac, joli, et le centre, semblable à toutes les villes chinoises, notre bus part pour Huangshan à 15h30.

Hangzhou
07
juil
07

Suzhou

06.07.07.

Nous sommes à Suzhou, la Venise de l’Orient, avons traîné et erré des heures dans son centre, ses canaux éclairés, ses pagodes et temples illuminés, ses rues faussement animées, ambiance de fête foraine hors saison, et ses rivières où l’eau est noyée sous une épaisse couche de produits chimiques, effrayant.
Nous cherchons dans le centre un endroit où dîner, trouvons un petit resto, menu en chinois, et le tour des tables, pour voir et éventuellement montrer du doigt ce que nous voulons manger, ne donne rien.
La tenancière s’aperçoit, enfin, de notre problème et sort en courant.
Elle revient quelques minutes plus tard avec un homme, L’anglophone de Suzhou, et son acolyte.
Sortis d’affaire, nous faisons bombance, nos voisins s’amusent à nous regarder manger, rentrons à l’hôtel attrape-touristes, immense et vide.

07.07.07

Si Marco Polo était là…

Il aurait bien du mal à trouver à l’actuelle Suzhou le charme qu’il lui trouva lors de son passage.
Les canaux de sa « Venise d’Orient » sont devenus les dépotoirs des usines de la région et brillent de mille couleurs chimiques, ou sont transformés en attractions, enguirlandés, et surchargés de bateaux lumineux.
Suzhou est célèbre pour ses jardins, classés au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Des centaines de jardins qui parsemaient la ville jadis entourée de murailles, il en subsiste moins de dix.

Nous commençons par la Pagode du temple du Nord, une pagode de 7 étages, autrefois 11, qui s’élève au dessus des toits de la ville, dans un petit jardin où trône un guerrier sur sa tombe.
La pagode résonne de prières des fidèles et moines venus en nombre, dans une odeur d’encens et une ferveur que nous faisons tout pour ne pas troubler.
Les chants terminés, tous se rassemblent pour boire le thé.
Nous grimpons les sept étages, l’intérieur de la pagode n’est pas spécialement travaillé, mais son architecture est originale, ses plafonds de plus en plus bas et, arrivés au septième, la vue sur la ville brise le charme du lieu.
Au loin les buildings de Suzhou narguent celle qui fut la plus haute construction, à nos pieds le joli petit jardin et ses calmes temples, et la ville de petites maisons toutes semblables, dans une légère grisaille bien chinoise.

Vient ensuite le Jardin de l’honnête administrateur (…), emblème de Suzhou s’il en est.
Nous sommes en juillet, ce qui correspond aussi aux vacances chinoises, et nous comprenons vite la portée de cette donnée, dans le Jardin de l’honnête administrateur.
Le jardin est beau, des petits canaux sillonnent les pelouses, les plantations, passent sous de charmantes petites maisons, au pied de petites collines, les poissons évoluent entre les nénuphars et les pierres difformes, le vent joue avec les bambous et le regard se perd entre les détails architecturaux et la végétation.
Il ne se perd malheureusement pas complètement, et la beauté du lieu est hautement relativisée par la présence des hordes de touristes, chinois surtout qui, par groupes de vingt personnes, piétinent dans les allées, photographient tous la même chose à l’endroit indiqué, portent des chapeaux ridicules, crient.
La présence de tout ce monde dans le jardin pas si grand que ça empêche totalement, ou presque, d’apprécier le lieu.
Impossible de contempler un paysage, de trouver une seconde de calme, de prendre une photo ou de filmer sans que passe devant le nez ou l’objectif, de près ou de loin, un touriste bariolé, une famille de braillards, ou un groupe de joyeux chinois, baillant leur satisfaction d’être dans un lieu UNESCO, dont ils ignorent toute l’histoire, toute la sérénité, et qu’ils se contentent de photographier, d’en acheter les souvenirs horribles, la seule chose importante à leurs yeux est de pouvoir montrer qu’ils y sont allés…
Nous sortons, la sortie est un chemin qui se faufile entre des dizaines d’échoppes de souvenirs, tous plus immondes les uns que les autres, comme partout dans le monde, sauf qu’ici les gens leur donnent une valeur hautement historique, on est quand même à Suzhou, il faut rapporter quelque chose avec marqué Suzhou, une tuile peinte à la bombe, une figurine de mandarin, une plante en plastique, un morceau de pierre évidemment d’origine, ou tout simplement des T-shirts Suzhou, des chapeaux vietnamiens que tous ici, et beaucoup ailleurs croient chinois, et autres espèces d’objets d’un goût atroce.

Nous filons déjeuner, un resto coréen se dresse sur notre route, nous le regrettons vite car, cher, peu nourrissant, et une palourde coréenne surnageant dans notre soupe de bœuf, nous repartons à peu prêt surs d’être malades dans quelques jours.
Nous sommes à coté du jardin le plus petit, mais aussi le plus joli de la ville, le Jardin du maître des filets.
Perdu dans un dédale de ruelles, il n’y a pas grand monde, un petit étang entouré de pierres, de plantations, de bâtiments travaillés, un lieu calme des petites cours vides, des ponts, des passages étroits, de vieux arbres, si petit et si éloigné des autres qu’il est peu visité, il éclipse par sa beauté et son charme les précédents jardins.

A Suzhou il y a aussi des buildings, des centres commerciaux, un Mac Do, un KFC, et un guichet pour les transports en bus où l’on attend des heures, une HSBC introuvable, et des citadins ravis de la transformation de leur ville.
Marco Polo, pour en revenir à lui, ne reconnaîtrait pas, et n’apprécierait sans doute pas la Suzhou d‘aujourd’hui.
Je m’attendais à quelque chose de plus préservé, et si les jardins en eux-mêmes le sont, mis à part le flot non régulé de touristes, la ville, les constructions, et l’affolante pollution des eaux, de l’air et de la vue suffisent à en faire une ville peu agréable.

Notre prochaine étape, Hangzhou, dont Marco Polo disait, tout comme pour Suzhou, que c’est une des plus belle cité de Chine, est à quelques 200 kilomètres au Sud, nous partons en bus, il est 19h.

Suzhou
06
juil
07

Leaving Shanghai

06.07.07.

Nous quittons la maison à 10h, HSBC fait perdre quelques heures à Nico, nous partons prendre nos billets pour Suzhou, départ à 16h35.

Un tour, trop rapide au musée de Shanghai, où les bronzes, sculptures, regardent les jades, calligraphies, peintures, un émerveillement de chaque instant, jusqu’au moment où nous arrivons aux céramiques qui, restaurées et repeintes avec une totale absence de goût, nous font accélérer le pas
Nous achevons notre visite en courant, nous devons retrouver Édouard à 15h.

Nico s’achète des pompes pour reposer ses pieds meurtris par ses sandales de babylo-anglo-saxonnien nous quittons Édouard et Shanghai, le taxi nous dépose à la gare à 16h34, sautons dans le train pour Suzhou, une heure de trajet.

Shanghai est à l’image de la Chine, entre tradition et modernité, modernité surtout, la tradition encore visible est jugée néfaste pour l’image du pays, et est donc tout sauf une priorité pour la Chine communiste.
Sans renier son passé, quoique, elle en efface les traces visibles. Ces traces que sont les habitations traditionnelles, les commerces, les ruelles, les modes de vie, semblent freiner la marche de la Chine, marche à la cadence crée à l’Ouest, que la Chine cherche à dépasser, voulant plus que tout et à tous prix, prendre la tête du convoi vers le progrès.

Tradition semble rimer avec pauvreté, misère, saleté, pour la Chine citadine et communiste ; et il est vrai que ces quartiers historiques n’ont jamais été entretenus, révolution culturelle oblige, toujours est-il que les nouveaux riches qui étalent leur argent et qui décrient ce passé jugé honteux, viennent d’ici, et qu’une seule pierre de ces maisons vaut mille fois toutes leurs tours immondes réunies.
Tournons la page passéiste, nous avons vu l’image que la Chine veut donner d’elle-même, sa côte est sa vitrine, dynamique, énergique, riche, nous entrons à présent à l’intérieur des terres de l’Empire du Milieu dont l’équilibre social est bien fragile.
Dans ces terres, la modernité à la chinoise a fait des incursions, et plus encore, créatrice du formidable bonheur communiste, qu’importe, ça ressemblera sans doute plus à la Chine que sa côte, nous avons hâte de nous perdre dans des villes et villages aux noms inconnus, pas exotiques, où rien n’attire les citadins, où le pseudo-modernisme à outrance n’a pas d’emprise, où les gens vivent en paix, humblement mais au moins seront-ils, espérons-le, bien loin de leurs camarades lobotomisés des grandes villes.

Nous avons donc quitté Shanghai et les grandes villes pour un temps, une semaine plus exactement, après quoi passerons-nous à Chongqin, plus grande ville de Chine, puis Chengdu, Lanzhou, et Urumqi.

05
juil
07

Shanghai

En venant de Hong Kong, Shanghai est très chinoise, très superficielle, plutôt pas très jolie au premier abord, des travaux, des démolitions, place neuve est faite un peu partout, rares sont sont les bâtiments du passé; Shanghai est une vitrine du « savoir-faire » chinois en matière de ménage historique et culturel.

05.07.07

11h, nous suivons l’itinéraire conseillé par Edouard dans le quartier de la Concession Française de Shanghai.
Des rues bordées de platanes, des maisons de style français, à colombages, parfois trop neuves, souvent cachée par de hauts portails, un quartier plutôt calme, peu de commerces, quelques bars, parcs, bureaux, représentations diplomatiques.
Il fait chaud, 35°C, et très humide, nous traînons les pieds, nous retrouvons dans des impasses, dans des rues fermées pour cause de travaux et, finalement, trouvons un resto dans lequel nous poser.
Il est 15h, aucun client, nous restons avachis deux heures et reprenons la route, nous égarons, et quelques sons échangés avec un traffic assistant nous remettent sur la voie d’un bus pour le Bund, ou presque.
Une shanghaïenne et un photographe trouvent notre look « so cool ! » qu’ils veulent nous publier dans leur magazine, nous posons contre un mur de briques, « urban style » à la chinoise.

Le Bund est le quartier des quais, le long du fleuve.
Pour y aller il nous faut traverser la vieille ville chinoise.

La vieille ville chinoise

Un dédale de ruelles, de vieilles maisons en pierre et bois rouge, des petites cours intérieures, des échoppes partout, des anciens assis sur leur terrasse ou balcon et qui contemplent la jeunesse s’affairer, le temps passer, et la Chine démolir son passé.
De vieux il ne reste pas grand-chose à Shanghai, cette vieille ville chinoise subit lentement le même sort que les autres vieux quartiers de la ville, les vieux bâtiments quartiers insalubres certes mais qui grouillent de vie, sont chargés d’histoire, et contiennent l’âme de la Chine, sont marqués, puis rasés.
Ainsi la vieille ville chinoise subsiste, en partie, elle est rongée par les décisions de démolir, et des tas de gravas côtoient des maisons plusieurs fois centenaires qui semblent attendre leur heure.
Et que c’est triste de voir ces beaux quartiers démolis pour faire place à de hautes tours de béton, ce sont vraiment des œuvres d’art et une importante part d’histoire qui partent en poussière.

Quand on se promène dans ces rues, on est d’abord fasciné par tout ce qui est ancien, quand partout ailleurs tout est neuf, imaginé et construit dans un même but, si ce n’est lucratif, fonctionnel.
La fascination fait ensuite place à l’indignation, quand on pense que ce que nous avons sous les yeux, qui est là depuis des générations, est inévitablement voué à la destruction, le processus est achevé dans la majorité des quartiers de la ville, il est à ses débuts dans la vieille ville chinoise.
Et c’est ensuite de la résignation, car à quoi bon se lamenter : la formidable, la splendide, la grande Chine communiste est une grosse machine qui ne s’arrête pas pour quelques vieilles pierres.
Nous ne pouvons que profiter de ces vestiges, tant qu’ils sont encore là.
Au sortir de la vieille ville, se trouve un immense complexe temples en toc, clinquants, qui abritent Mc Do, dizaines de magasins de souvenirs, vendeurs de babioles, sans aucun intérêt, mais plutôt que de flâner dans les belles rues de la vieille ville, trop pauvres, trop sales, trop vraies, les touristes chinois préfèrent ce temple de la consommation qui brille, qui ne ressemble à rien, et qu’ils croient sûrement historique.
Nous passons notre chemin et arrivons sur le Bund.

Le Bund

Le Bund est une promenade au bord du fleuve, en face de Pudong, centre des affaires.
Le Bund grouille de monde, vendeurs, photographes, familles, touristes, que des bateaux emmènent en croisière sur le fleuve, et à Pudong.
Coté terre, des bâtiments plus ou moins anciens font face aux tours de Pudong, ces buildings de pierre du début XXème, sont encore debout et abritent banques, compagnies d’énergie, etc.

Pudong se trouve en face, ses tours brumeuses, la Pearl Tower, grande aiguille boursouflée flanquée de deux pieds se dresse maladroitement au dessus du fleuve, la Rivière des Perles, qui fait ici un coude.
A ses pieds, passent de gigantesques pétroliers qui entrent dans Shanghai en faisant retentir leur corne, les rues de la ville résonnent de ce bruit sourd qui va se perdre dans la brume.

La Pearl Tower

Nous ne pouvons passer par Shanghai sans avoir vu la Pearl Tower, nous empruntons donc, faute de bateau, le tunnel aménagé qui y mène depuis le Bund.
Une attraction, on entre pour 5€ par personne dans un tunnel qu’empruntent des petites nacelles de 10-12 places, dans une débauche d’effets sonores et lumineux, le tout est grotesque, les gens sont vraiment pris pour des c**s, à la sortie, des magasins vendent tout et n’importe quoi aux badauds, puis nous émergeons sur Pudong.

Pudong a des airs de zone industrielle désertée ses rues sont vides, trop larges, ses hautes tours, dont la quatrième plus haute du monde, sont embrumées, énormes et semblent sans vie.
Nous payons notre entrée dans la Pearl Tower, du haut de laquelle on a vue sur tout Shanghai, au prix de 9€, et l’ascenseur nous emmène à 400m, à la vitesse de 10m par seconde.

Arrivés dans la bulle secondaire, il ne fait aucun doute qu’on doit avoir une belle vue, nous sommes en plein brouillard, les lumières intérieures se reflètent sur les vitres et nous empêchent de voir l’extérieur, seules quelques lumières proches, du Bund surtout, nous sont tout juste visibles.
Dans la tour, des magasins, chaque étage, chaque mètre carré, des cafés, restaurants, vides, nous ne sommes pas hors saison, mais en Chine.
En bas, des gens se prennent en photo devant des affiches géantes de paysages, muraille de Chine, le Louvre, les Pyramides, Séoul, et tout le monde repart gentiment, ou au restaurant de la tour, ou dans les magasins, ou chez soi.

Une baston aux pieds de la tour nous fonce dessus, un gros chinois bourré est enfin immobilisé par 5 hommes, nous rentrons au Bund par le tunnel, dînons et remontons la Nanjing Road jusqu’à la Place du peuple.
La Nanjing Road, les Champs Elysées de Shanghai, est une rue piétonne commerçante, ultra éclairée, le ciel est cachée par les centaines de néons, qui éclairent restaurants, magasins, et aussi les façades plutôt jolies des immeubles hérités du siècle dernier. Nous prenons le métro place du peuple, pour Hengshan Road, il est 23h.

Shanghai
04
juil
07

Hong Kong-Shanghai

Nous embarquons quelques minutes avant le départ, dans notre train pour Shanghai.
Nos couchettes, en hard sleeper sont semblables a celles dans lesquelles nous avions voyage, avec JB, entre Chengdu et Lanzhou, il y a 6 mois.
Six couchettes par compartiment, sans porte, le train est plein, les occidentaux sont nombreux, nous quittons le territoire Hong Kongais et entrons en Chine.

05 juillet

Réveil vers 10h, arrivée a midi en gare de Shanghai, après 21h de trajet.
A Shanghai il pleut, nous sommes accueillis par des torrents de pluie qui dévalent la place de la gare.
Nous laissons nos sacs a la consigne et partons déjeuner.
Nico qui a troque son sac informe, gigantesque cabas importable, contre une imitation de sac de randonnee, opère un transvasement qui amuse les types de la consigne, mais pas la fille de la boutique d’a cote.
Le sac se craquera 2h après achat, Made in China.
Un parapluie, un Mac Do et un lemon tea, et nous partons avec tous nos sacs au cinéma en attendant que Edouard, qui nous héberge, rentre du boulot.
Nous sommes épuisés, trempes, et Jack Sparrow nous remet d’aplomb.
En sortant j’oublie portefeuille et appareil photo dans la salle, m’en rendant compte 15min après, je fonce au Peace Cinema, sur 7 étages, tente d’expliquer mon cas a la guichetière, par force mimes et dessins ; un ouvreur va voir au 6e étage, reviens, personne n’a vu mes affaires.
De rage et d’inquiétude je saute dans l’ascenseur, suivit par l’ouvreur désemparé, nous nous élevons au dessus du superbe Parc du Peuple, immonde espace semi-vert semi-betonne en travaux, et arrivons au 6e.
La séance a repris dans notre salle, la rangée se lève, l’ouvreur file chercher une lampe, la lumière s’allume, un murmure parcourt la salle, je retrouve mes affaires, ainsi qu’un passeport chinois et d’autres objets d’importance que ravissent les occupants des sièges voisins.

S’ensuit un pizza hut honteux, nous n’avons même pas finis nos pizzas…, une visite rapide a Nanjing Road, les Champs Elysees de Shanghai, rue commerçante ou se trouvent toutes les grandes et petites enseignes, qu’éclaire une voûte de néons, et ou quelques vieux bâtiments bien entretenus côtoient des tours immenses.
Il est 21h, nous reprenons le métro pour Hengshan Road ou Edouard nous attend.
Un couple de Shangaiais en partance pour Xian nous souhaite bonne chance pour notre “dangereux voyage” nous arrivons a Hengshan et posons nos lourds sacs dans le bel appartement.

30
juin
07

Hong Kong

10h30, vendredi 29 juin, Finnair m’emmene a Helsinki, 2h30 de vol qui s’achevent par une arrivee mouvementee sur Helsinki, au milieu des forets de resineux et des etendues verdoyantes, traversant d’epaisses couches de nuages, visibilite nulle, jusqu’a ce que l’on soit a 10m du sol finlandais.

Puis 2h d’attente a Helsinki ou se vendent en duty free des elans empailles, des peaux, et autres curiosites.
17h, je m’envole pour Hong Kong, accompagne d’un groupe de 50 taiwannais qui terminent leur deux semaines de tour d’Europe du Nord, ravis.
Nous parlons de Taiwan, de la Chine, du VietNam, de le niece qui habite Bar le Duc, puis nous endormons.

7h30, samedi 30 juin, nous amorcons notre descente sur Hong Kong, dissimulee par d’epais nuages matinaux.
Descente agitee et impressionnante, l’aeroport situe sur une ile ne laisse que peu de place aux pistes, lesquelles commencent a 5m de la mer.
Nous nous posons comme une grosse fleur, sous une pluie battante, dans la moiteur de Hong Kong.
30 degres et un taux d’humidite record ajoutent a ma fatigue, je m’endors dans le superbe hall de l’aeroport en attendant Nico, prevu pour midi.

Le voila, ausi creve que moi, trainant ses sandales de babylonien et ses sacs informes.
Nous cherchons un bus pour le centre, en trouvons un apres avoir visite, malgre nous, l’aeroport, et l’attendons sous la chaude pluie.

“C’est bon, on y sera dans une demi heure, et puis le train etait a 8 euros, on fait une economie de ouf !”
Nous avons certes paye 2 euros, mais mis 3h, dans les bouchons, pour atteindre Hong Kong, et Causaway Bay, ou Sarah habite.
Nous nous echouons dans un petit resto, n’avons pas faim, nous enfilons deux thes et filons chez Sarah.
Sarah, amie d’un ami de Nico de Delhi, ouvre la porte sur deux residus de voyageur, epuises, lourdement charges qui deposent leurs ballots dans son chouette appartement.
Une douche, quelques verres, et nous filons dans une pizzeria.
Nico s’endort dans le metro, l’effort est surhumain, mais il n’a pas vu de pizza depuis un an…

A Hong Kong tout est de tours, parfois superbes pour les bureaux, souvent immondes pour les habitations, des formes futuristes, aeriennes, harmonieuses, des tours de verre, des eclairages aussi etudies que les tours elles-memes occupent Central, le quartier d’affaires de HK que sillonnent des avenues, des rues ultra propres, au traffic parfaitement regule, et que des autoroutes traversent a 20m de haut.
Et la pluie fait des vitres des miroirs, les tours se refletent les unes dans les autres, les eclairages rivalisent de couleurs et d’effets, en bas les bus a imperiale, les tramways, les taxis rouges, le metro et les pietons s’agitent, dans une parfaite cohesion, a Hong Kong tout semble maitrise, l’espace reduit, le traffic, les hauteurs, les caracteres aussi.

Les invitations au civisme sont partout, louables mais trop nombreuses, ne pas cracher, ne pas fumer, ne pas manger, economiser son energie, suivre la ligne jaune, ne pas depasser la ligne orange, attendre le bip, etc etc.
Et les gens ne crachent pas, ne fument pas ou tres peu, ne mangent pas (dans les transports), economisent sans doute leur energie, suivent les lignes, ne les depassent pas, attendent le bip, font la queue en deux files bien distinctes pour attendre le metro ; une discipline sans faille qui n’a rien de desagreable, dont on pourrait, un peu seulement, s’inspirer mais qui sied mal a nos caracteres latins.

Hong Kong est toute en relief, descentes et montees sont parfois tres raides, que les voitures attaquent avec peine.
La nature encercle la ville, la mer un peu partout, les vertes collines autour des tours et, au large, les 250 iles du territoire de HK, habitees ou pas, ou vont se baigner, se promener les Hong Kongais, et ou vivent les pecheurs et autres epargnes par la modernite.

Hong Kong ne s’arrete jamais, les magasins ne ferment que tres tard, quand il ferment, le metro est absolument nickel, les bus et tramways roulent jusqu’au petit jour, les rues sont incroyablement propres, la police veille partout, a toute heure.
Hong Kong est toutefois assez polluee, le port situe non loin du centre, sur la route de l’aeroport, est un univevrs de grues, des reservoirs, des docks, des hangars, les tours d’habitations des ouvriers autour offrent une vision assez sovietique, le tout enveloppe d’un epais brouillard, le soleil pointe le bout de son nez de temps en temps, nous sommes simplement arrives en pleine saison humide.

Hong Kong est un peu chinoise, tres peu, dans ses petits magasins, ses vendeurs de viandes, poissons, legumes et petits restaurants qui sont evidemment absents du centre.
Hon Kong est Hong Kongaise pour tout le reste, depuis longtemps tournee vers les affaires, la ville ne vit que de ca, et pour ca.
La ville est construite autour et en fonction du quartier des affaires, des tours pour les bureaux, des tours pour les habitations, ces dernieres tres fines, tres hautes, concentrees, des grandes lamelles de gruyere a flanc de colline, au bord de la mer, au dessus des autoroutes, le long du port, pres des usines.

A Hong Kong pas de taxes, le commerce y est donc favorise, les grandes marques se battent a coups de publicite, de showrooms luxueuses, d’emplacement, etc.
Luxe dans le quartier des affaires, electronique a Kowloon, sports sur Nathan Road ; nous achetons un camescope dans un magasin au fond d’un bulding ddelabre de Kowloon, a moitie vide, Sanson, le vendeur, nous offre toutes ses prises tombees du camion, trepied, enceintes, dvd etc.

Hong Kong, ou plutot la Chine, fetait le 1er juillet les 10 ans de la retrocession de Hong Kong a la Chine, feux d’artifices, ceremonies, concerts, le President Chinois etait la, quelques Hong Kongais manifestaient contre le gouvernement de la Region, le tout sous la pluie, les buldings et les lumieres.

Sarah nous a fait visiter la ville, ses batiments, magasins, les iles, les restos et bars, le Club 71 ou nous faisons la connaissance d’Olivier sa copine, elle est vietnamienne, lui a habite la bas, a Long Xuyen (!), Da Nang, Phan Tiet, nous evoquons quelques souvenirs vietnamiens en ecoutant du Eru, sorte de luth chinois a deux cordes, et objet de toutes les convoitises de Nico.

Sur l’ile de Chan Chau, apres 30 minutes de ferry gerbatoire, nous avons vu les plages, les petites ruelles, echoppes en tous genres, restaurants de fish and chips, magasins de boues, canots, et autres accessoires indispensables pour tout bon chinois qui ne sait pas nager.
Puis il a plu, encore et toujours, nous sommes donc passes a cote de ce bain qui aurait sans doute ete notre dernier bain avant l’arrivee en Europe, la Mer Noire nous offrira peut-etre ses eaux, dans deux mois.

Si Hong Kong appartient a la Chine, et plus encore dans 40 ans quand les lois commerciales seront edictees par Pekin, la ville reste une enclave d’exotisme en Chine, un lieu a part, un endroit ou les affaires rythment la vie des gens, ou les gens vivent pour ca, ou la pauvrete est dissimulee, eloignee du centre, repoussee sur les iles et les Nouveaux Territoires.
Un terreau sur lequel a pousse sans peine la fievre consumeriste, les rues commercantes de Kowloon et a Mongkok, sont eclairees comme en plein jour.
Les magasins ouverts jour et nuit, les affaires n’attenent pas, on trouve de tout a Hong Kong.
On aura cependant du mal a trouver de l’Histoire, il ne reste de vieux batiments que le Parlement, quelques tramways, les plus vieux immeubles datent des annees 60.

Mardi 2 juillet

Il est 9h, nous apprenons que notre train pour Shanghai part un jour sur eux, et le prochain est demain.
S’il y a une chose a voir a Hong Kong, outre les temple tres peu nombreux et sans grand interet, outre la baie, la ville et l’atmosphere, c’est le Victoria Peak.

Il doit etre vu de nuit et par temps clair.
Ne pouvant pas y aller mercredi matin, faute de temps et pour cause de train, nous partons mardi, a 22h, a l’ascension du Pic.
Un vieux tram y conduit, y grimpe plutot tant la montee est raide, nous sommes plaques sur nos dossiers en bois, le cable hisse le tramway et, peu a peu, la ville nous apparait en contrebas, epoustoufflant spectacle.

Le pic offre une vision irreelle, d’une ville sur l’eau, au pied des montagnes, encerclant la mer et entouree de mer, un ocean de lumieres.
Les tours iluminees apparaisent comme des pierres precieuses scintillantes, le pic permet d’ouvrir le coffre qui contient Hong Kong, une foret de cristaux dans un ecrin de verdure et de mer, qui pointent fierement vers le ciel.

Nous reprenons le bus apres deux heures de contemplation, la petite route qui descend vers le centre est une route de montagne, en lacets, qui nous retourne un peu l’estomac avant de nous deposer dans le centre assoupi. Nous rentrons a Causaway Bay.

Mercredi 3 juillet

Sarah travaille aujourd’hui, nous nous levons en meme temps, allons a la gare acheter nos billets pour Shanghai, depart a 15h16.
Je dejeune avec mon Oncle, Nico se charge d’acheter les accessoires electroniques, nous faisons nos sacs, disons au revoir a Sarah et allons chercher nos visas chinois.
Il est 14h, nous arrivons a l’egence a 14h30, recuperons nos visas en urgence, et sautons dans un taxi, a 15h nous sommes a la gare Hung Hom, nous passons la douane en un clin d’oeil, pas de controle des bagages, et sautons dans notre train.
15h16, nous partons, arrive prevue a Shanghai a 11h30 AM, demain 4 juillet.

Hong Kong
25
juin
07

Un chemin… et le reste.

J-4
Vous l’avez peut-être lu, notre projet a été tourné et retourné dans tous les sens, pour atteindre un degré de faisabilité maximum, tout a été envisagé et nous pensions en avoir fini.
Or c’est toujours au dernier moment, lors qu’on s’y attend le moins, que les changements majeurs interviennent.

Dès la mi-mai-je me croyais guéri, or ce n’est pas le cas.
Une rechute début juin m’a remis au tapis, verdict : parasitose (parasites intestinaux).
La raison faisant son apparition dans ces moments là, et si je suis devenu moto addict depuis le Vietnam, si je pose un regard bien différent d’avant, de quasi-motard sur les motos croisées depuis mon retour, si traverser l’Eurasie en moto eut été un projet fantastique, il ne se réalisera, en tous cas pas cet été, en raison de mon inaptitude physique.

Horreur et putréfaction ? Non.
Enterrer un projet arrivé à un tel niveau de détail, d’études, de démarches, eut requis toute la terre du vaste monde, et ne m’a jamais “effleuré l’esprit”.
Nous ne ferons donc pas Shanghai-Paris en moto, nous le ferons autrement.
A nous le train, le bus, l’autostop, la moto, etc.
« Avancer par tous les moyens », ainsi s’est reconverti notre moto-trip.
Moins sportif sûrement, moins fou, sans doute, plus banal, pas sûr, moins intéressant, surtout pas et au contraire !

Trois mois pour faire plus de 20 000km en moto, visiter en même temps plusieurs dizaines de sites mythiques et classés, profiter des rencontres, des populations, prendre le temps pour apprécier certaines étapes, ce n’était pas impossible en moto, mais ça sera bien plus évident “autrement”.

Quand on voyage en moto sur de telles distances et en si peu de temps, la route prend inévitablement le dessus sur le reste, et le reste ne mérite pas qu’on le fasse passer après la moto.
Le « reste » ce sont des ambiances, des gens, des jours passés dans des endroits magiques, enfin, du temps.

Dans notre itinéraire en moto, qui sera respecté à la lettre et même enrichi dans sa nouvelle configuration, nous avions prévu de rouler tous les jours, avec très peu d’étapes de plusieurs jours.
Si je n’étais pas physiquement (relativement) diminué, j’aurai refusé un tel plan bis, mais n’étant pas en mesure de suivre un tel rythme, j’ai cherché les avantages d’un trajet “autrement”.
Je n’ai pas eu à chercher longtemps, et en ai conclu que nous profiterions bien davantage de ce voyage en prenant notre temps.

Nous ne fermons la porte à rien, la moto est loin d’être bannie de notre trip, elle y aura sa place, autant que faire se pourra, certaines portions du trajet sont immanquables et à faire en moto, nous les ferons.
En ouvrant la porte à d’autres moyens de transport, nous ouvrons la porte à de bien plus grandes possibilités, celle de prendre notre temps notamment.

Pour avoir fait, à une toute autre échelle bien évidemment, des voyages en moto, si je me suis (bien sûr) rendu compte combien la moto était un moyen de transport unique, idéal dans certains endroits, il a des inconvénients lors d’un long périple.
Outre les problèmes techniques, de papiers etc. qui n’en sont pas vraiment, il est celui du temps.
Lors de notre voyage d’une semaine dans le Quart Sud Vietnam (cf. archives de Mars 2007), je me suis rendu compte aussi que le temps nous manquait cruellement pour visiter les sites, les villes, les parcs etc.
A l’échelle de note projet eurasiatique, on ne peut se permettre d’accorder une trop grande place au moyen de transport, de passer la moitié de la journée à rouler, de visiter ce qu’il y a à visiter l’après-midi, et de repartir le lendemain matin.
Nous avons fait notre itinéraire en nous basant sur les sites à visiter, il y en a beaucoup, dont nous n’aurions pu réellement profiter en voyageant en moto.

C’est réellement à contrecœur que j’ai renoncé à la moto, en réfléchissant à d’autres solutions j’ai vu des avantages que je n’aurai pas vu auparavant, en moto nos possibilités étaient limitées, “autrement”, elles seront considérablement élargies, limitées seulement par la durée (3 mois), et par la ville de départ, devenue Hong-Kong, et la ville d’arrivée, Paris.

Nous partons sans savoir comment nous rentrerons.

Voilà le dernier post avant le départ, vendredi à dix heures, pour Hong Kong.

04
juin
07

L’appel du large

A J-24, voici une petite présentation, encore, de notre moto-trip

Voila un aperçu de notre itinéraire, près de 20 000km, à travers dix pays, de l’extrême Orient à l’extrême occident du Continent, ou quasiment, des passages entre -150m et + 3000m d’altitude, quatre mers, deux déserts, en trois mois, trois visas, deux motos, et nous.

Pour voir l’itinéraire dans le détail, cliquez sur le lien suivant : http://artyty.free.fr/RT.kmz (nécessite d’avoir Google Earth, téléchargeable ici : http://earth.google.fr/download-earth.html ).

(En prime vous aurez quelques marqueurs sur Can Tho)

Qui n’a jamais rêvé de voir Hong Kong et le Victoria Peak, passage obligé pour tous fan de James Bond (décidemment je le suis !), Shanghai, ville la plus peuplée de Chine, Les 3 gorges du Yangtze, les plaines chinoises du centre, des temples-montagnes comme Emeishan, les ravins vertigineux du Nord-Ouest du Sichuan, le désert de Gobi, le désert du Taklamakan, d’emprunter une portion de route de la soie, de côtoyer les peuples nomades du Xinjiang qui ont vu passer Marco Polo, de faire des haltes dans des caravansérails oubliés, de voir les paysages sauvages du Kazakhstan, montagnes inconnues, forets denses, toundra, déserts, grottes déshabitées, Baïkonour, d’où commença la conquête spatiale, la Mer d’Aral, la Caspienne, les champs pétrolifères au bord de la Mer Noire, la Russie, Volgograd où s’est jouée une bataille décisive de notre temps, l’Ukraine, Odessa, Kiev, Tchernobyl, puis moins exotique moins original mais tout aussi intéressant, de voir la Hongrie, Budapest, la Slovaquie, Bratislava, l’Autriche, Vienne, La République Tchèque, Prague, l’Allemagne, Nuremberg, Stuttgart, et de rentrer en France par l’Alsace, de marcher à l’Ouest, vers Paris.

Il nous est impossible de prévoir précisément quelles seront nos dates, toujours est il que nous devrions arriver avant la fin du mois de septembre à Paris, car si ma rentrée n’est qu’à la toute fin octobre, celle de Kouni est plus tôt, trouble-fête !

29 juin : je m’envole pour Hong Kong

30 juin, je retrouve Kouni à HK

Quelques jours à HK, visites, visas, puis départ pour Shanghai

5-10 juillet : départ de Shanghai

30 juillet : Entrée au Kazakhstan

20 aout : Entrée en Russie

25 aout : Entrée en Ukraine

5 septembre : Entrée en Hongrie

10 septembre : Entrée en Slovaquie

13 septembre : Entrée en Autriche

15 septembre : Entrée en République Tchèque

20 septembre : Entrée en Allemagne

27 septembre : Arrivée à Paris

Mon retour en France a quelque peu chamboulé mes prévisions, notamment en ce qui concerne mon permis moto, qui ne sera pas vietnamien, puisque je devrais repasser par Can Tho pour l’avoir, ce qui ne m’arrange pas vraiment ; il sera donc indien.

Question santé je remercie ceux qui ont pris des nouvelles, pas les autres, tout va bien !

Quant à la moto, pour ceux qui s’interrogent, elle sera chinoise, sans doute, motos qui ne me sont pas étrangères puisque je n’ai roulé qu’avec des chinoises.

J’ai sans doute oublié des trucs, sur lesquels je reviendrai.

Pour Lu et Brune, choisissez notre point de rdv européen parmi les villes du parcours, peut-être même que le Zib se prendra un week end tchèque !

09
mai
07

Point Santé

Je disais donc,
27 mai, à Saigon, je sors de mon entretien de stage, concluant, chez Calyon ; je commence le 9 mai.
En fin de journée à l’hôtel, tête qui tourne, je vois double, bourdonnements, étoiles dans les yeux, je m’écroule.
Une heure plus tard je décide de rentrer à Can Tho, ne voulant pas rester seul dans cet état à Saigon.
Trois jours de grosse fatigue à Can Tho, qui ne m’ont pas empêché de fêter comme il se doit notre départ définitif de Can Tho.
Lundi 30, Laure, Paul-Emile, JB et moi partons pour Saigon, dîner au Nam Kinh Kho Nhia, nous y rencontrons Alexia, Mathilde, Olivier, trois français en stage à Saigon.
Lendemain 1 mai, sorti du Highland Coffe, je deviens blanc, mêmes symptômes que le 27, je file avec JB au Consulat voir le médecin, évidemment personne, nous sommes le premier mai.
Nous allons donc au Centre Médical International, le docteur de garde me dit que j’ai un problème au cœur, je m’inquiète et prévois d’aller le lendemain faire une radio du cœur ; nous rentrons à l’hôtel, il est 22h00, j’étouffe dans ma petite chambre, mes vertiges reprennent
Nous filons à la Fondation du Cœur, je fais une échocardiographie, qui ne donne rien heureusement, puis vais mieux, nous rentrons à l’hôtel, il est 23h.
Le lendemain 2 mai, je vois le médecin français du CMI, qui me rassure, je commence à me calmer.
3 mai, pas d’amélioration notoire, toujours des nausées, vomissements, vertiges, douleurs articulaires, frissons, tremblements, troubles de la vue, extrême fatigue, 4 mai, pareil, après prise de sang, radios etc., personne ne peut me dire de quel mal je souffre, ce qui est assez angoissant ; je ne suis pas en état de faire mon stage, et n’ai pas envie de rester à Saigon à attendre une hypothétique guérison, je décide de rentrer en France.
5 mai, 20h05, mon A300-330 s’élève au dessus de Saigon illuminée, je suis trop dans les vapes pour éprouver un réel sentiment de déchirement, d’autant plus que je sais que je retournerai au Vietnam, dans peut-être pas si longtemps que ça, non pas cette année, mais en février peut-être, ou l’été prochain, pour y faire un stage.
Je n’écris pas sur mon départ du Vietnam puisque nous sommes aujourd’hui le 9 mai, je suis à Paris depuis 3 jours, il suffit de lire ce que j’ai écris sur mon retour au Vietnam fin février dernier pour avoir une idée de ce que je ressentais en partant, je n’avais pas le sentiment de partir, mais je me voyais revenir au VietNam.
Je n’étais pas content de partir, je n’étais pas non plus triste, mais j’étais heureux en pensant au jour où je foulerai de nouveau le sol Vietnamien, et rien que le fait de m’imaginer revenir au Vietnam, pays où j’ai maintenant des ancrages indéracinables, me faisait rêver, oublier tout le reste.

Il est doux de savoir qu’il existe dans le monde des endroits où la vie a un sens.

De retour à Paris, certes, mais momentanément, il était absolument hors de question, sauf paralysie totale, que je fasse une croix sur notre retour, avec Kouni, en moto.
Aujourd’hui, alors que je sors de l’hôpital, que le Docteur m’a dit que « l’attaque virale » dont j’ai été la victime, et qui reste encore à définir, est en régression, je ne pense qu’à une chose, qu’à un jour : au 29 juin, date à laquelle je pars pour Hong Kong.

17
avr
07

Shanghai-Paris…à moto

Il y a bientôt un an déjà que nous en parlons, entre deux vaccins au centre Air France à Paris, entre deux manifestations sur l’esplanade des Invalides, groggys nous observions, en nous imbibant de Oasis Thé Vert, de chips sandwichs au salami, les allées et venues des pigeons et les tentatives touchantes d’un vieux gardien d’aborder une lectrice estivante.
Nous en parlions sans trop de conviction, en tous cas entre autres choses :
Le train pour la faisabilité certaine, le bateau pour la possibilité de rapporter des souvenirs encombrants…
Peu l’ont fait à pieds, en vélo ou à cheval, et ils ont toute notre admiration ; beaucoup l’ont fait en avion, et nous leur laissons ce cruel manque d’originalité, de temps surtout.
Kouni et moi serons en moto.
L’itinéraire final n’est bien évidemment pas celui qu’il était il y a un an ;
Une petite chronologie de l’évolution du projet s’impose donc.

Automne 2006 :

PLAN A : Départ de Delhi, en Inde, où Nicolas aura été en stage pendant un an, nous aurions filé plein ouest, Pakistan, Iran, Turquie, Balkans, Europe.
Pour des raisons de sécurité et de papiers indispensables et hors de prix, nous avons renoncé à cet itinéraire.

PLAN B : Départ de Delhi, puis Nord Ouest vers la Chine par le Ladakh, nous aurions ensuite suivi la frontière occidentale de la Chine, pour sortir par le Kazakhstan que nous aurions traversé de part en part, auraient suivis 500km de Russie, puis l’Ukraine, la Hongrie, la Slovaquie, l’Autriche…
Le Ladakh est infranchissable en moto pour des raisons de sécurité et de frontières (milices, tensions frontalières entre l’Inde, la Chine et le Pakistan), nous modifions l’itinéraire.

Hiver 2006 :

PLAN C : Départ de Delhi, traversée du Népal, puis du Tibet, nous aurions ensuite poursuivi sur l’itinéraire B.
Ayant fait la route Lhassa-Katmandou en voiture en janvier dernier (je ne conduisais pas, certes), sans problèmes et à travers des paysages sublimes, je pensais la chose tout à fait faisable.
Kouni de passage à Katmandou en mars m’apprit l’infaisabilité de cet itinéraire.
Les relations Chine-Népal ne sont pas au beau fixe, et le franchissement de la frontière Népal-Chine requiert un voyage organisé, un guide venu de Lhassa à nos frais, qui doit nous escorter jusqu’à notre retour au Népal…impossible de sortir du Tibet par un autre point que le Népal si on y entre par ce même point.
Remise en cause de la faisabilité du projet, l’Inde est une prison de laquelle on ne s’évade en moto.
Nous mettons sur pieds un itinéraire bien différent, nous partirons de Chine, puisque ce sont les franchissements de frontières chinoises qui posent problème.

PLAN D : Départ de Chine, nous choisissons Shanghai, point stratégique pour nous car au centre de la côte pacifique de la Chine, et aussi son point le plus oriental (exception faite de l’extrême Nord Est de la Chine).
Nous prendrons plein Ouest depuis Shanghai, vers Chengdu (souvenirs, souvenirs…), puis remonterons vers le Nord Ouest, en direction de Urumqi, puis 5000km de Kazakhstan, Almaty, Aral, Baïkonour, puis 500km de Russie, par Volgograd notamment (ex-Stalingrad), puis l’Ukraine d’Est en Ouest, Odessa, Kiev, Tchernobyl, puis la Slovaquie, Bratislava, le Hongrie, Budapest, l’Autriche, Vienne notre point d’arrivée symbolique où un comité d’accueil est en formation.
De Vienne, en fonction du temps qu’il nous restera, nous remonterons vers Prague, puis redescendrons par l’Allemagne du Sud, Nuremberg, Stuttgart, avant d’embrasser la terre de France en Alsace.
Un itinéraire le plus précis possible est établi, villes et villages traversés, sites à visiter, administrations etc.
Rendez-vous est donné avec Kouni à Hong Kong, d’où nous prendrons visas Kazakh etc., et un train pour Shanghai.
Nous démarrerons nos motos (que nous achèterons à Shanghai) tout début juillet, pour rouler à l’Ouest, sur plus de 20 000km.
Arrivée prévue à Paris fin septembre.

Voilà qui résume grossièrement une année de réflexions de casse-tête géopolitique, le projet a été mûri, tourné et retourné dans tous les sens par nos soins et avec l’aide précieuse de quelques personnes.
Nous ne doutons plus de la faisabilité de ce moto trip et disposons d’une marge de temps.

A lire bientôt sur ce blog, l’itinéraire détaillé complet de ce retour en moto.
Vos messages de soutiens ou autres sont toujours les bienvenus, et pour un aperçu indien du projet, voir le blog de Kouni : http://www.kouni.info

17
avr
07

Temps mort

Le temps au Vietnam n’est jamais mort, il passe à la vitesse des sampans remontant le Mékong, manœuvrés par un non là qui, fermement tient la barre, parfois aussi à la vitesse des motos bricolées qui brûlent le bitume des rues de Can Tho.
S’il n’y a pas de temps mort au Vietnam, il y en a sur mon blog, en raison du manque de sujets justifiant un nouvel « article » .

Hier, 16 avril 2007, l’année universitaire s’achevait à Can Tho, le deuxième semestre débuté en mars aura duré un peu plus d’un mois et sera passé lui, à la vitesse de l’éclair.
Ce deuxième semestre, peu de cours, une dizaine environ, et de nouvelles têtes à Can Tho ; deux éléments qui ont joués en faveur de nombreuses soirées et autres occupations d’étudiants étrangers au Vietnam que le peu de cours ne suffit pas à occuper (bien malheureux que nous sommes !).
De vingt et un Français d’Assas en octobre dernier, un américain et quelques uns de ses compatriotes, nous sommes passés ce deuxième semestre à un équilibre plus certain, douze français d’Assas, trois d’ailleurs, deux australiens, Johnny et Andrew, deux belges, Noémie et Bertrand, des américains, Kyle et Tho, des hollandaises, des espagnoles, et bien sûr des vietnamiens !

Aujourd’hui 17 avril, nous sommes en vacances, les départs s’organisent, pour la plupart d’entre nous, un stage, puis un voyage avant le retour en terre de France.
Aujourd’hui Mathilde et Kyle sont partis, Sophie, Pauline et Alix aussi.

Quant à moi, quelques lignes dans ce blog ont laissé transparaître des indications sur mon retour en France, il est maintenant temps de lever le voile sur 20 0000km, 3 mois, 10 pays et deux motos.

17
mar
07

QSV : Quart Sud Vietnam à moto

1300km à moto dans le quart sud VietNam.
Partis le 5 mars à midi de Can Tho, profitant d’une semaine sans cours puisque notre unique professeur, Mme Ciao, se marie, nous décidons, Polo, JB et moi, d’aller à Ban Me Thuot, à 600km vers le Nord, même latitude que Nha Trang, mais à l’intérieur des terres, à la frontière avec le Cambodge.

Can Tho-Saigon

Un classique, je pousse ma moto à 110 sur le pont de Vinh long, et arrive en bas de l’autre coté, dans un nuage de fumée et une marre d’essence, mon arrivée d’essence a sauté avec les vibrations, un coup de tournevis et nous repartons.
A l’entrée de Saigon, je crève.
Puis panne d’essence, trois problèmes sur une petite étape, j’espère ma moto plus robuste pour la suite.
Nous dormons à Saigon, que JB et moi avions quitté exactement deux mois plus tôt, et repartons le lendemain pour on ne sait trop où, mission : se rapprocher le plus de Phan Tiet, en longeant la côte.

Saigon-Tan Binh

A peine sortis de Saigon, nous perdons JB, le cherchons en prenant l’autoroute à contre sens, pendant une bonne demi heure, puis filons devant, il a peut être pris de l’avance.
Au bout de 200km nous le supposons derrière nous.
Nous roulons, Polo et moi, à vive allure, et après avoir tourné dans les petits villages, sur des routes perdues, sur des chemins de terre ou dans des cimetières et des vignes, nous arrivons à Tan Binh.

La route qui mène à Tan Binh, depuis Ba Ria à 55km semble empruntée à un Sud de la France, des vignes au soleil, des rangées de petits arbres fruitiers, des collines, des petits valons jaunis par le soleil et des villages miniatures.
Nous nous perdons un peu, je ne sais où, à 40km de Tan Binh, ma carte n’indiquait qu’une route, il en existe en réalité bien plus et nous avons fait un important détour.
Après avoir traversé Long Hoan, Ba Ria, Xuyen Moc, et Ba To, nous arrivons à Tan Binh.
Il est déjà 18h, nous dînons, cherchons un hôtel, apprenons que le seul et unique hôtel de la région est à 4km de Tan Binh.
Tan Binh est un village sans grand intérêt, des maisons en dur, une rue principale en travaux, deux petits restaurants, et un port de pêche envasé.
Comme partout au Vietnam, et surtout dans le Sud, le billard est très populaire, il est même plus que ça puisque les vietnamiens sont les meilleurs joueurs au monde de billard français. Et Can Tho est même la capitale mondiale du billard français.
Les vietnamiens ont un don pour ce jeu et les billards sont aussi nombreux que les motos.
Nous passons donc une bonne partie de la soirée à jouer, le billard-internet café est à 4km de l’hôtel, et à 8km de Tan Binh, autant dire au milieu de nulle part.
Au retour nous nous perdons, Polo crève, et nous ne sommes pas mécontents de retrouver notre superbe hôtel grillagé.
Mardi, levés tôt nous partons pour Dalat, à 350km de Tan Binh.

Tan Binh-Phan Tiet-Dalat

A Dalat nous avons rendez-vous avec JB qui, après s’être perdu à la sortie de Saigon, était retourné y dormir, et fait aujourd’hui la route Saigon-Dalat d’une traite.
Nous roulons en longeant la côte, vers Phan Tiet, à 100km de Tan Binh, des marais salants, des côtes déchirées par les vents, le sel et le soleil, nous passons des landes sèches aux rizières, en passant par les dunes immenses, les forêts de pins, pour enfin arriver dans les collines surplombant Phan Tiet.
Nous déjeunons à Phan Tiet, son beau port de pêche, ses clochers, ses rues ombragées, son air marin, son calme, un petit air de Bretagne, d’Auray-St Goustan.
Au Nord, les montagnes, au Sud et à l’est, la mer et les immenses dunes de Mui Ne.
Nous repartons vers 14h pour Dalat, à 250km de Phan Tiet.
La route à la sortie de Phan Tiet est l’axe côtier qui remonte vers Phan Rang, Nha Trang, Da Nang, et Hanoi, elle est donc très fréquentée, surtout par de gros camions et des cars de voyageurs.
Peu agréable donc, puis nous décrochons, prenons une étroite langue de goudron qui s’enfonce dans les dernières plaines arides, vers les montagnes.

Cette route est absolument sublime, un paysage aride, déchiré, des tourbillons de poussière, quelques oasis, des palmiers, des monts torturés par les vents, le soleil et la guerre ; nous serpentons entre les premières montagnes.
La route est en construction, un peu défoncée, quelques passages sur du sable, des cailloux, mais surtout peu d’essence et pas âme qui vive.
Un seul village marque la présence humaine dans ces contrées, rien à 100km à la ronde, nous y faisons le plein d’essence à une pompe manuelle, et d’alcool de riz dans une famille désœuvrée, qui boit au complet sous un toit de bois dans la steppe.
Il fait une chaleur mortelle, plus de 40° dehors, nos motos sont fatiguées, nous aussi, et sommes brûlés par le soleil.
A présent la route grimpe, et grimpe sérieusement, le ciel se fait plus menaçant, l’air plus frais, de gros nuages noirs s’amoncellent au dessus des sommets, le vent souffle dangereusement, et la pluie se met à tomber sur la route qui, il y a peu, fondait presque au soleil.
Nous traçons, et arrivons à Dalat vers 17h.

Dalat

Dalat est nichée au bord d’un lac artificiel, au cœur des montagnes, des forêts de pins qui parfument l’air humide d’une douce odeur de résine ; la ville, toute de collines, est à l’abri de la chaleur qui sévit un peu plus bas.
Fondée en 1893 par le Dr. Alexandre Yersin, Dalat était une station climatique fréquentée par les citadins de Phan Tiet ou de Saigon, un îlot de fraîcheur, de verdure, loin de l’agitation de la bouillante Saigon ou de la sableuse Phan Tiet.
Perchée sur le plateau de Lang Bian, à 1475m d’altitude, Dalat est située au cœur du pays de Pandarang, ancien petit royaume Cham indépendant qui avait des relations commerciales avec la Chine au Xème siècle. Le nom de la ville vient de l’ethnie des Lat, qui habite la région.
Réputée aussi pour ses cultures maraîchères, ses orchidées sauvages, ses chasses au gros gibier on l’appelait « cité de l’amour » ; elle fut pressentie pour devenir capitale administrative de l’Indochine.
Nous y retrouvons JB qui a fait les 350km depuis Saigon dans la journée, festoyons dans un restaurant français le soir.
Mercredi nous partons à la recherche des minorités ethniques de la région, qui vivent nombreuses dans les montagnes, au milieu des forêts, chutes d’eau, et lacs perdus, Vallée de l’amour, Lac des soupirs, des noms poétiques pour des morceaux de Brocéliande, des vallons verdoyants, des forêts humides, des villages blottis au bout de quelque sentier à peine tracé.
Nous partions pour ces villages quand des trombes d’eau se déversèrent sur nous, rendant la route impraticable, et n’étant pas habillés pour affronter un tel déluge, nous nous abritâmes devant une maison.
L’hospitalité dalatienne se présenta sous la forme d’un homme vêtu d’un poncho, surmonté d’un non là, (« chapeau pointu » vietnamien) qui nous offrit le gîte, des sacs plastique pour mettre nos vêtements à l’abri de la pluie, et les dieux s’étant à peine calmés nous rentrâmes en caleçons sur nos motos filant sous le rideau de pluie, à Dalat.
Jeudi matin, lever à l’aube, nous filons vers Ban Me Thuot, à 250km au Nord de Dalat.

Dalat-Ban Me Thuot

La route est superbe, très différente encore des précédentes, nous traversons de véritables jungles, des forêts vierges peuplées de bruits étranges, de fortes odeurs.
Les montagnes sont inhabitées, sauf par quelques minorités qui y allument des feux impressionnants.
Là encore il fait une chaleur accablante, personne sur la route aux heures chaudes, quelques longs serpents verts de deux mètres traversent le bitume pour rejoindre leur abri végétal, des écoliers en uniformes montent les pentes raides en vélo.
Vers Ban Me Thuot, les montagnes font place à de vastes plaines où pousse le riz, où paissent les buffles, où passent les rivières, et nous.
Nous arrivons à Ban Me Thuot avec la nuit, trouvons un hôtel et allons dîner.
Capitale de la province de Dak Lak, dans les années 50 Ban Me Thuot était réputée pour la chasse aux animaux sauvages ; Le parc de Yok Dun, de 60 000 hectares permet encore aujourd’hui, d’observer tigres, léopards, reptiles et autres animaux dans leur milieu naturel, les éléphants sauvages sont capturés par les minorités qui les dressent en bêtes de somme.
Ban Me Thuot est la région des caféiers, qui bordent les routes et dans lesquels travaillent les femmes.
La ville ne présente pas d’intérêt particulier ; elle fut un point stratégique pendant la guerre et abritait une importante base américaine.
Ses campagnes sont paisibles, ses rues animées, pas désagréable, toutefois les restaurants y manquent cruellement et les clubs nous refoulent.
Vendredi nous nous reposons, Samedi partons vers Tay Ninh.

Ban Me Thuot-Tay Ninh

400km en une journée, un record ; partis vers 9h de BMT, nous roulons vite sur une route impeccable, un circuit !
La RN 14, l’ancienne piste Ho Chi Minh, sur cette portion, suit les crêtes des dernières montagnes, au milieu des forêts de pins, surplombant les plaines arides et brûlées ou irriguées et cultivées ; des nuées de papillons prennent leur envol à notre passage tournoyant autour de nos motos, en autant de jaunes pétales de fleurs.
Des villages perdus, nos motos n’ont eu aucun problème depuis le premier jour de route. Mais…
Un virage, un camion devant moi, peu de visibilité, je me lance dans un dépassement, un gigantesque semi-remorque arrive en face, horreur, je freine d’un coup, pas trop fort pour ne pas déraper et glisser sous le monstre, je dérape légèrement, le camion ne freine pas d’un poil, celui que je double n’accélère pas non plus pour me permettre de me rabattre plus rapidement derrière lui ; je vais encore trop vite, je me vois déjà passer, à 60km/h, sous le camion qui me fonce dessus, ma vie défile et, je ne sais par quel miracle, je parviens in extremis à me rabattre sans chuter, derrière le camion que je voulais bêtement doubler.
Peur bleue, il me fallut une pause de vingt minutes pour reprendre mes esprits et remonter sur ma moto, tremblant, mais c’était de froid.

Nous traversons les derniers paysages de montagnes, enjambons de nombreux cours d’eau, lacs, traversons de denses forêts, de paisibles villages, longeons le Cambodge, et arrivons dans les plaines du Delta, à Tay Ninh.
La région de Tay Ninh est plantée d’immenses parcelles d’hévéas, parfaitement alignés, saignés pour leur caoutchouc, une manne pour l’économie de la région, et une source d’ombre pour nous.
Nous arrivons à Tay Ninh à la nuit, 18h, passons devant le temple caodaïste, et trouvons un hôtel à proximité.

Tay Ninh, berceau du caodaïsme

Fondée en 1926 par Ngo Van Chieu, un fonctionnaire de l’administration française, adepte de spiritisme, la religion caodaïste est née au cours de l’une de ces séances.
Au cours d’une de ses conversations avec les esprits, il entra en contact avec « Cao Dai » (ou « Être suprême ») qui lui apparut sous la forme d’un œil, « l’œil divin », qui lui demanda de créer une nouvelle religion.
Aussitôt dit aussitôt fait, et le caodaïsme enregistra 200 000 adeptes en deux mois.
Puis lui apparurent Churchill, Jeanne d‘Arc, Shakespeare, et d’autres ; tous peuvent être consultés, mais le recours à un médium de la secte est nécessaire pour entrer en contact avec eux.

Dans le hall d’entrée du « temple de la Sainte Mère » , nous accueille une peinture des trois signataires de la « troisième alliance entre Dieu et l’homme » : Victor Hugo (incarnant le poète Nguyen Du) écrivant de sa plume : Dieu et Humanité, Amour et Justice, à sa gauche le lettré annamite Nguyen Binh Khiem (1491-1585) qui lui tend l’encrier, et à sa droite, Sun Yat-Sen (1866-1925), fondateur de la République de Chine.
Le « temple de la Sainte Mère » à emprunté au christianisme ses clochers, à l’islam son dallage, au judaïsme et au temples maçonniques ses triangles hébraïques et la représentation de l’œil divin, et aux bouddhisme ses dragons qui s’enroulent le long des colonnes et au ciel sa voûte étoilée.
Un ensemble très kitch et étonnant !

Le caodaïsme est un syncrétisme, doux mélange entre les grandes religions christianisme, islam, bouddhisme, confucianisme.
Les membres du clergé, hommes et femmes, portent une robe jaune (bouddhisme), bleue (taoïsme), ou rouge (christianisme), et les fidèles une robe blanche.
C’est aussi une secte militaro-religieuse, 25 000 hommes aidèrent ainsi les japonais pendant la seconde guerre mondiale, puis les français plus tard, et enfin les américains, jamais les Viêt-Cong.

Aujourd’hui, les caodaïstes sont environ 2,5 millions au Vietnam, parmi la population khmère et chinoise principalement, et surtout dans le Sud, mais aussi dans le centre du pays.
Pas persécutés, ils vivent en bonne entente avec le reste de la population.

Dimanche, après la visite du temple, nous repartons pour Saigon.
100km nous en séparent ; nous voulions nous arrêter à Cu Chi, voir le réseau de tunnels construits par les Viêt-Cong, à 30km de Saigon sur la route de Tay Ninh, mais avions hâte de rentrer à Can Tho, et l’étape à Cu Chi nous aurait fait reporter notre retour au lendemain.
Nous filâmes donc vers Saigon, y déjeunâmes, et repartîmes à 14h pour Can Tho.

Saigon-Can Tho

Nous perdons JB à la sortie de Saigon (!!), le retrouvons une heure plus tard, sur la route.
Une foule de camions vomissant leur gasoil dans nos pauvres bronches et nous noyant dans des nuages de poussière, nous escorta pendant la première demi heure de route.
17h, il fait nuit, Polo s’est perdu à My Tho, la moto de JB tousse, je n’ai pas de phares, nous roulons tant bien que mal dans une nuit noire, les camions ont envahi la route, les riverains, à pieds ou en vélo se jettent sur la route qui n’est pas éclairée par endroits, que les camions évitent dans un rugissement de frein et de klaxon, que nous frôlons à plusieurs reprises, de véritables dangers publics.
18h, nous sautons dans le bac de Can Tho, exténués après ces 300km de moto.

A Can Tho nous sommes à présent au complet, Polo et Laure dans leur maison verte, Sophie, Alix et Pauline sur le campus 1, Louis dans sa maison avec ses chiens aveugles, Fanny dans sa maison, Mathilde et Kyle juste à côté, Johnny en face, Guy à Saigon, Denis à Saigon, et JB et moi dans notre maison.
Les cours ont repris, nous commençons les leçons de vietnamien, il fait extrêmement chaud, très sec, peu de vent, mais suffisamment pour que la saison soit aux cerf volants qui, en forme de requin, flottent au dessus de la ville, accrochés à un petit écolier, à un moto-taxi désœuvré, ou à un couple regardant le redoutable prédateur tournoyer dans le ciel.

QSV : Quart Sud Vietnam en moto

01
mar
07

Retour à Can Tho

Chez nous il fait beau, chaud, les gens sont aimables, souriants, curieux, sincères, ouverts, nous retrouvons notre ville, ses habitants, ses rues, son atmosphère particulière, des connaissances, vendeuses, magasins serveurs, et aussi M. Tri, le Mékong, le Nam Sao, la laverie, le Ngoc, la fac, les étudiants, les bonnes sœurs, sœur Alexandra, nos repères, nos habitudes, en un clin d’œil.
Nous avons l’impression d’avoir quitté Can Tho la veille, rien n’a changé, seuls un nouveau restaurant sur le Mékong, de nouvelles motos et des maisons retapées spécialement pour le Têt ont fait leur apparition, sinon « same same » !
Nous cherchons une maison avec sœur Alexandra, en visitons deux, sommes intéressés par la première, ses occupants, la sœur de soeur Alexandra, son neveu et sa nièce ne veulent pas partir, mais habiter avec nous, la deuxième était à vendre, pas à louer, lundi soir nous sommes encore à l’hôtel.
Mardi, nous trouvons.
Une maison en plein centre, calme, propre, taille parfaite, salon, chambres, cuisine, salle de bain, lave linge, cuisinière, téléphone, etc. Nous emménageons, enfin !

Lundi, passage à la fac, la pré-rentrée est aujourd’hui, en fait non, elle était il y a deux semaine, mais le manque d’étudiants l’a reportée au 28 février. (Officiellement et avant négociations, elle était fixée au 29 janvier).
Deux cours par semaine, donc deux matinées, pendant le deuxième semestre qui dure un mois et demi, voila un rythme plaisant !
Nous avons eu nos notes du premier semestre, je me retrouve avec un 14 de moyenne générale, Assas est bien loin !
Soirées, cafés, piscines, motos, tout rentre dans l’ordre, nous reprenons notre rythme can thosien, avec un plaisir non dissimulé !

01
mar
07

Phnom Penh-Can Tho, Epilogue

Dernière ligne droite.

Nous émergeons à 6h30 dans la chaleur de notre chambre, ingurgitons un petit déjeuner express et prenons notre bus.
Il est 7h, nous faisons un stop à la King’s Guesthouse, organisatrice du voyage, changeons de bus pour un mini mini bus de 15 places dans lequel nous nous entassons à plus de 20 et autant de sacs ; le même bus que celui pris au départ de Phnom Penh en octobre dernier.
Deux heures de route en reconstruction nous conduisent à un embarcadère sur le Mékong, nous traversons l’aride campagne cambodgienne, desséchée et safaritique en cette saison, les voitures phares allumés se jettent dans les nuages de poussière et de sable.
Nous arrivons à l’embarcadère, le bus déverse sa cargaison de gros blancs, des ricains débattent à coups de « fucking » pour savoir si Seattle fait ou ne fait pas partie de la West Coast…
Nous embarquons à 10h30 sur un petit rafiot en bois, un intérieur couvert, un petit pont à l’arrière, un toit ombragé, fleuri, où nous nous affalons, laissant aux anglo-saxons le plaisir de s’entasser au soleil.
Nous mettons le cap sur le Viet Nam, pensons à ce que nous allons faire là bas, nous remémorons nos habitudes, notre quotidien paisible au soleil, au bord de l’eau, le Mékong Good Food, Jabba, le Nam Sao, le Vic et sa piscine, ses pizzas, nos motos, Tri et sa famille, les cafés da à 4000 dongs, les bananes frites, les virées en moto dans le delta, la fac, tropicale, inédite, ses locaux miniaturisés, ses cafés, terrains de sport, nos camarades viêts, le doyen Dien, Mme Chau qui se marie, Mme Diep, Louis, Jason, Raph, Julie, Mme In, les bonnes sœurs, les coop mart, city mart, maxi mart, vinatex, metro, tout un univers dans lequel la vie s’écoule doucement, à un rythme humain, vietnamien et tropical, unique au monde. Chez nous.

En fouillant dans nos sacs nous retrouvons des tickets de bus, de train, de bateau, de taxi, d’avion, des cartes de visite, des reçus, des tickets d’entrée, des Yuan, des Roupies népalaises, indiennes, des baths, des riels, des dollars, des dongs, des objets qui permettent à un endroit, à un paysage, à une ville, à un visage, à un nom, des odeurs, des bruits, des souvenirs de remonter au soleil de la mémoire.
Sept semaines sont passées depuis notre départ de Saigon le 5 janvier à 22h.
Le coq de Da Nang, le chinois qui nous apprit des jeux de cartes, les fumeurs d’opium du Nord Vietnam, les minorités de la région de Sapa, cultures de pavot et de sourires, puis la Chine, Hekou la ville déserte qui regarde avec méfiance le Vietnam de l’autre coté du fleuve, la route entre Hekou et Kunming, la pire du périple, à travers les dangereuses montagnes du Yunnan ; Puis Kunming, notre premier aperçu d’une grande ville chinoise, toute en démesure, froide au premier abord puis qui lève le voile de brouillard qui l’enveloppait et se découvre chaleureuse, pleine de vie, d’espoir et d’énergie.
Vient ensuite Chengdu, capitale du Sichuan adossée aux contreforts des hauts plateaux du Tibet, aux pieds des montagnes enneigées peuplées de pandas et de singes ; Chengdu la ville panda, où nous avons passé quatre ou cinq jours, court vers la modernité, l’avant-garde, au prix de quelques sacrifices.
Chengdu passage originel pour entre la Chine historique et l’Occident, où les marchands explorateurs, pèlerins, ont précédés les gros souliers de la Chine qui s’éveille, sort d’un coma que, égoïstes nous aurions voulu plus long, car préservant une Chine authentique, envoûtante, qui aujourd’hui fond comme neige au soleil.
Et Emeishan, le Mont Emei et ses milliers de marches glacées, ses 3800m, ses pagodes enfouies sous la neige, sa jungle de glace, son froid sibérien, sanctuaire bouddhiste millénaire, encore sauvage, authentique.
Lanzhou, aux portes du désert de Gobi, sur la route de Xi’An la ville impériale, entourée de fragments de muraille de Chine, plantés dans les sables du désert, au-delà, la Mongolie, puis la Sibérie.
Lanzhou, dernières plaines de la Chine, depuis lesquelles part le train du toit du monde, grimpant sur les plateaux vierges, sauvages, envoûtants du Tibet.
Gare à plus de 5000m, étendues planes comme la paume de la main, infinies, loin, très loin, des montagnes enneigées, plus près les lacs de glace, les troupeaux de yak sauvages, les antilopes, les chevaux sauvages, les bergers seuls au monde avec leur brave chien, les rares voitures filent dans un nuage de sable sur une route durcie par le froid, des paysages que pas une goutte d’eau ne désaltère, pas âme qui vive, quelques unes qui survivent, tant bien que mal, loin de tout, près d’eux-mêmes et aux portes du ciel.
Je revois Lhassa, chinoisée mais encore profondément tibétaine, ville sacrée, le Potala, ses pèlerins, sa quiétude, les tibétains colorés, vivant dignement leur histoire dans leur pays conquis, ces visages fiers et souriants, chargés d’un passé mythique et glorieux, regardant un avenir incertain.
La traversée du Tibet par la Friendship Highway, les villages les plus perdus au monde, les plus hauts, les plus isolés, dans lesquels la venue d’une voiture ou d’un autre engin motorisé est un évènement, là où les chevaux tirent des charrettes grelottées, décorées, d’un village à l’autre, à quelques centaines de kilomètres, au trot, dans l’immensité vierge des plateaux, là où les gens se chauffent à la bouse de yak, la où on se nourrit de tsampa et de lait, là où on s’habille de peaux de yak et de riches étoffes.
Là où la Chine n’a pas d’emprise, là où elle n’a pu mettre que quelques check-points occupés par une poignées de militaires engourdis qui jouent au basket.
La plus longue descente du monde, entre Lalung La et Katmandou, 4000m de dénivelé, sur 1000km, interminable route traversant de majestueux paysages à la beauté vierge, primitive, dans lesquels l’homme n’a pas sa place, que contemplent les cimes du monde là bas, vers le Népal.
Katmandou, ville légendaire, cosmopolite, où se mélangent les religions, les peuples, les influences, et Pokhara la paisible, son lac, l’Annapurna, le Dhaulagiri et autres noms magiques.
Puis l’Inde, qu’il faut prendre le temps de connaître et d’apprécier, temps qui nous a manqué, Gorakhpur, Calcutta que nous avons été contents de connaître sans pour autant en garder un excellent souvenir.
Puis la Thaïlande, le Sud, les îles, les paysages carte-postallesques, nos tropiques, la redécouverte des gros touristes, fins comme des yaks et qui, avec leurs gros souliers, désorganisent et transforment lentement un pays qui ne s’est jamais soumis et qui ne peut raisonnablement résister à l’appel lancinant de la modernité, laquelle modernité a pris la forme d’une masse blonde, grasse, qui parle fort, un bob sur la tête et des sandales aux pieds, qui déverse sur le pays ses flots de dollars et de MTV.
Le Cambodge ensuite, égal à lui-même, où l’espoir de jours meilleurs est à l’image du sol : aride, où tout manque, où Angkor et les fastes d’antan sont devenues des curiosités, derniers vestiges d’un passé glorieux.
Nous descendons le Mékong, ces eaux venues du Tibet, à quelques centaines de kilomètres à l’Est de Lhassa, et qui partant de ces plateaux battus par le vent et frappés par le froid, déserts, coule à travers ces pays du Sud : Laos, Thaïlande, Cambodge, et Vietnam, les inonde de ses bienfaits, le Mékong don du ciel, fleuve de vie, sur les berges duquel va s’écrire une nouvelle page de nos vies.

Ces deux mois de vacances se sont transformés end eux mois de découvertes, de regards sur le Monde et ses habitants, entre Pokhara et Da Nang, entre Lanzhou et Koh Lanta, ce périple inoubliable élargit la conscience, a agit sur moi d’une façon parfois lente, invisible, long travail de mise à jour d’un esprit occidental qui découvre la réalité des choses, le combat qu’est la vie pour certains, la beauté d’hommes et de femmes qui, au fin fond d’un pays lointain, dans un certain dénuement, vivent dignement, l’espoir solidement accroché à un cœur pur, intarissable richesse qui vaut mille fois tous les dollars occidentaux.
Parfois aussi, l’émerveillement immédiat, quand l’Everest se dressa devant moi, ou quand je reçus en cadeau le sourire d’un enfant regardant le bonbon que j’avais posé dans sa main, choses qui donnent l’impression d’être bien peu de chose devant tant de vie et de merveilles de la nature.
La découverte, l’émerveillement, de voir des hommes et des femmes vivre de choses vraies, dénuées de tout matérialisme malsain, dans des conditions pratiques qui ne sont évidemment pas celles de l’occident, de choses qui sont infiniment plus denses et riches ; et j’ai envié ces hommes et ces femmes, même si au fond de moi je ne sais pas si je serai capable de sacrifier mon confort occidental pour vivre, et vivre comme eux.
Et comment leur dire, comment leur faire comprendre que l’occident n’est pas à la tête du monde, mais qu’il a pris un autre chemin, celui de l’accumulation, du matérialisme, de l’orgueil et de la vie codifiée à l’extrême.
Un tel discours leur serait incompréhensible, et je passerai pour un pauvre occidental illuminé qui, blasé par son confort, cherche égoïstement la vie simple, égoïste et peut-être pour se donner bonne conscience, car je doute de ma réelle aptitude à un tel sacrifice, pauvre de moi.

Nous fendons toujours les eaux du Mékong, et arrivons à la frontière.
« Sir, you buy », nous sommes accueillis par les habituelles vendeuses de chips, boissons, gâteaux et fruits, qui demandent, geignant : « Sir, you buy beer, one for one dollar !», puis « two for one dollar », et terminent, en s’esclaffant : « four for two dollars, Sir ! ».
Le douanier s’habille, éteint sa clope, jette un coup d’œil rapide à nos passeports, les tamponne, et nous filons.
Les eaux du Mékong sont bien basses en cette saison, la marque de l’argile séchée sur les plantes des berges doit avoir deux bons mètres de hauteur.
Un vieux rafiot, une épave de transporteur, rouillée jusqu’au dernier boulon, fait face à la douane, JB filme, nous repartons.
Arrivons à la frontière vietnamienne quelques minutes après, recevons un énième tampon sur nos passeports chargés, déjeunons avec une diseuse de bonne aventure, puis repartons en changeant de bateau.
Plus grand, plus lent aussi, en bois brun, nous irions tout aussi vite à la rame.
De gros ricains se gorgent de bières sur le pont, mettent de la musique avec leur iPod et amplis à fond, exécrables spécimens, se foutant de tout, surtout des autres, sont méprisables ; ils vont à Phu Quoc, assourdir les pauvres viêts avec leur flots de conneries et de bières, du bruit et de la bouffe.
Après deux heures de bus depuis Phnom Penh, puis cinq heures de bateau, nous arrivons à Chau Doc.

Chau Doc-Can Tho

Fouler à nouveau le sol vietnamien fut pour moi comme avaler une gorgée de liqueur savoureuse, un sourire béat aux lèvres, je retrouvai cette atmosphère si particulière, ces rues pleines de vie, ces odeurs, ces bruits, ces visages continuellement souriants, et cette langue chantante.
Je ne connais ni le Laos ni la Birmanie, mais le Vietnam est sans doute le pays le plus agréable d’Asie du Sud Est.
Ah, le Vietnam, quand on y a vécu, se tapit bien au chaud au fond du cœur, et y reste pour toujours, envoyant à l’esprit des images, des sons, des odeurs, des visages, ceux d’un pays où il fait bon vivre, où rien ne laisse entrevoir les dures années léguées par le siècle passé, pas de rancœur, pas de désir de fermeture, mais une pureté et une virginité retrouvée.
Il ne doit pas y avoir de pays de par le vaste monde, où vivre au jour le jour ait plus belle résonance, soit une plus grande vérité.

Nous débarquons de notre bateau, retrouvons notre pays adoption ; un ancêtre nous propose de nous conduire à la gare routière en cyclo, nous refusons de voir ce vieil homme pédaler en transportant les lourdes masses que nous sommes avec nos sacs, mais d’un autre coté, ancêtre ou pas, cet homme doit gagner de quoi manger, et si les touristes se disaient la même chose que nous, il lui serait difficile de vivre décemment.
Nous coupons la poire en deux, il ne transportera que l’un de nous, et le plus léger, moi ; il nous assure qu’il transporte souvent deux gros blancs et leurs sacs, sadiques touristes.
Nous sommes heureux de voir son sourire, qu’il se sente utile et déborde encore d’énergie quand on sait que partout dans le monde et surtout en occident, des personnes raisonnablement âgées mais encore d’attaque, ne demandent qu’à travailler, et se font envoyer bouler ; dure loi de la jungle sociale occidentale, qui n’est pas de mise sous les tropiques du Vietnam.
Le mois de février, en Asie, est celui du nouvel an, le Têt, et les familles se retrouvent pour fêter l’évènement ; en Chine des centaines de millions de personnes prennent les trains d’assaut, au Vietnam les bus sont pleins à craquer, les billets s’arrachent, parfois des jours d’attente sont nécessaires.
Nous avons été prévenus depuis Phnom Penh, et tournons dans Chau Doc pour trouver un bus dans lequel nous glisser.
Il est 18h, à la gare routière le dernier bus s’apprête à partir pour Can Tho, il reste deux places exactement, nous jetons nos sacs sur le toit, au milieu des ballots informes, des vélos, des motos.
Nous roulons à vive allure vers Can Tho, longeant le Mékong, traversant la campagne vietnamienne qui, sous cette chaleur, (plus de 25° la nuit), semble insomniaque.
Notre bus, un minibus, est le bus le plus bondé de l’histoire du bus, pouvant contenir 30 personnes qui se serreraient raisonnablement, nous sommes 45 dans cet habitacle surchauffé et animé.
Nous retrouvons la curiosité plaisante des vietnamiens, réutilisons notre maigre vocabulaire, nous faisons un ami à Ca Mau, notre objectif moto depuis quelques temps.
Il est 21h, nous arrivons à Can Tho, toute décorée pour le Têt, nouvelles lumières, nouvelles plantations, guirlandes, sur le thème de la nouvelle année.
Nous descendons à l’Hôtel 31, une douche, puis filons au Mékong, l’âme de Can Tho.
Fin d’un périple fantastique :
142h de train,
86h de bus,
17h de voiture,
11h de bateau,
10h de moto,
2h d’avion,
49 jours de voyage, plus de 12 000km à travers le Vietnam, la Chine, le Népal, l’Inde, la Thaïlande, et le Cambodge.
Est venu le temps de la sédentarisation, pour au moins une semaine, avant de nouveaux horizons, et l’été prochain, le Vietnam et le Laos à moto, puis Shanghai-Paris en moto, avec Kouni.

Agrandir le plan

Arayanapateh-Phnom Penh-Chau Doc


01
mar
07

Bangkok-Aranyaprathet-Phnom Penh

Bangkok-Aranyaprathet


13h, nous partons, une foule de scouts thaïlandais avec nous, pour Aranyaprathet, ville frontière thaïlandaise.
Nous mettons cinq heures au lieu des quatre prévues, dans un train qui roule au diesel, dans un bruit de camion, il tient plus du métro que du train, se traîne, sièges en plastique convexes qui nous brisent le dos et les jambes.
Le train marque des arrêts dans toutes les petites gares le long des 230km de trajet.
Nous arrivons à Aranyaprathet à 18h, il fait nuit, trouvons une guest house à 200 baths la nuit, dînons, prenons nos tickets de bus pour ¨Phnom Penh pour le lendemain, le train n’existant plus depuis quelques temps, la mousson l’a emporté.
Départ à 7h demain 24/02 pour Phnom Penh, arrivée prévue à 15h.

Aranyaprathet-Phnom Penh


Six heures, la tenancière tambourine à notre porte en criant « Six ! Six ! Wake up ! »
Nous obtempérons et nous levons, le grand-père est planté devant sa télévision, son petit fils lui masse les pieds.
Nous attendons devant la guest house, avec vue sur un axe routier majeur, qui relie le Cambodge à la Thaïlande, regardons passer les camions comme des buffles regardent passer le train ; puis notre hôtelière ayant fini de se lever, de prendre sa douche, de s’habiller et de casser une croûte, nous embarquons dans un tuk-tuk avec elle, direction la frontière.
Sortie de Thaïlande, et la dernière impression que me fait ce pays s’ajoute aux autres, quand la douanière, regardant à peine mon passeport, me demande « How are you ?
Did you enjoy Thailand ? Thank you, have a good trip, bye bye » etc.

De la Thaïlande nous n’avons que vu le Sud, comme la majorité des gens qui y vont, qui est très différent du Nord.
Des côtes baignées de soleil, inondées de verdure, des atolls, des îles paradisiaques, des eaux turquoises, un climat d’une chaude douceur, et un peuple unique, fin, accueillant et bon vivant.
Je repars de Koh Phi Phi, de Koh Lanta et de Bangkok avec ces images, et un bémol, car si le tourisme est une manne pour le pays, c’est aussi son pire ennemi, la majorité des occidentaux qui vont en Thaïlande n’imaginent pas une seule seconde les effets que leur venue peut provoquer, s’estiment tout permis, et pensent que leur mode de vie peut être, et doit être transposé partout où ils vont.
Ainsi voit-on souvent un gros quaker engueuler un vendeur thaï qui n’a pas compris tout ce que lui a dit ce ricain du fin fond de je ne sais quel trou désertique, avec son accent à couper à la hache Cheyenne ; D’autres, français, allemands ou autres, se comportent comme chez eux, voire pire.
Bien sûr ces gens font vivre des familles entières, mais quand ils auront terminé d’occidentaliser la Thaïlande, quand ça ne leur sera plus assez exotique comparé aux dollars payés pour y venir, alors ils s’en iront, polluer un autre pays, y rejouer le même scénario à la chute inquiétante.

Nous arrivons donc à la douane cambodgienne, le douanier me demande 25 dollars, le prix affiché est de 20 dollars je râle un peu, notre hôtelière me dit que c’est pour que ça aille plus vite (…). Je donne 20 dollars et 200 baths, demande à notre accompagnatrice, tout en sachant la réponse, si c’est de la corruption, ce à quoi elle me répond, en anglais : « Ben oui. »
Nous montons dans un bus cambodgien, plus confortable que le premier (cf. voyage au Cambodge en octobre dernier), mais la route est toujours aussi mauvaise, 4h de piste défoncée, puis 4h de bitume frais, des passagers qui ne cessent de manger, de cracher, de roter, des enfants qui crient, pleurent.
Nous faisons des arrêts dans des relais routiers où les mouches nous assaillent, et arrivons à Phnom Penh à 16h.

Phnom Penh

La boucle semble bouclée, Phnom Penh est une ville qui nous est familière maintenant, nous retrouvons habitudes, quelques mots de cambodgien, riels, notre Happy Guesthouse sur le lac, les portraits de Sihanouk sur les immeubles ont remplacés ceux du moins détestable Roi de Thaïlande.
Un passage chez le coiffeur s’impose pour moi, nous prenons nos tickets de bus-bateau pour Chau Doc le lendemain, passons au massage, dînons, et nous reposons.

Bangkok-Aranyaprathet

01
mar
07

Koh Lanta-Bangkok

Koh Lanta-Bangkok

Notre bateau pour Krabi est à 13h, une foule de gros blancs tous plus horriblement déguisés les uns que les autres, des sabots de cantinière de toutes les couleurs aux pieds, ou bien des sandales anglo-saxonnes, parfois assorties des traditionnelles chaussettes, certains ont cru bon de chausser leurs chaussures de randonnée montantes, d’autres arborent fièrement des T-shirts ignobles, des faciès répugnants , tous les spécimens qui peuvent se rapprocher de ceux que j’ai pu croiser en vingt ans passés en Europe ne sont rien à coté de cet affligeant spectacle.
Pourquoi sont-ce ces gens qui voyagent, alors que d’autres qui n’en ont pas la possibilité le mériteraient infiniment plus et en retireraient davantage que ces tristes ambassadeurs de l’occident.
Sur cet amer constat, nous embarquons, débarquons à 15h à Krabi, notre bus pour Bangkok part à 16h, arrivée prévue demain matin, 23/02, à 6h.

Kiss Kiss Bangkok

Réveillés par les cris de joie du chauffeur, nous descendîmes fébrilement du bus décoré façon manga-tag, tunné, des néons fluos au plafond, sous le bus, et dans les rues de Bangkok que nous retrouvons.
Bangkok s’éveille, les gens partent travailler, les enfants uniformisés sont sur le chemin de l’école, il fait déjà très chaud, nous retrouvons nos gros sacs dans notre ancienne guest house, elle est full.
Nous avions prévu de passer la nuit du 23-24 à Bangkok avant de partir pour Phnom Penh, mais après avoir écumé les guest house, aucune de libre, nous n’en pouvons plus, prenons un taxi pour la gare ferroviaire.
Une gare au style de gare, bâtiment colonial blanc, colonnades et façades blanches jaunies par les ans, l’humidité et la pollution, très propre néanmoins, Gorakhpur est bien loin, une voûte métallique, un toit de tôles ondulées, des balcons façon Train Bleu de chaque coté d’un grand hall.
Un train pour la frontière cambodgienne est parti ce matin à 5h30, nous prendrons le suivant, à 13h.
Il est 8h, l’attente commence.
Les trains pour le Cambodge s’arrêtent à la frontière, après : mystère.
Le Cambodge a bien une voie de chemin de fer, inscrite sur toutes les cartes, nous espérons trouver un train là bas, sinon un bus.
Quoi qu’il en soit, nous devrons dormir à la frontière, puisque le Cambodge ferme ses portes à 17h, et nous arrivons à 17h15, soit, notre plus court trajet en train : quatre petites heures qui nous paraissent bien ridicules.
Nous quittons Bangkok, le Roi sa femme et le petit prince, les îles la jungle et le soleil, bronzés, moustiqués, fatigués mais heureux, filons vers Saigon, le Mékong, Can Tho, la fac et nos motos, après un fantastique break de deux mois.

01
mar
07

Koh Lanta

19/02/07
Notre bateau fend les eaux, un soleil brûlant nous cloue sur le pont, et mon épiderme bruni par quelques jours à Koh Phi Phi le supporte plutôt bien.
Deux heures plus tard nous mettons pied à sable, à Ban Saladan, village principal de Koh Lanta Yai.
Nous sommes deux, à la fin il n’en restera plus que. Deux espérons-le !
Sans vouloir enfoncer des portes ouvertes ou casser un mythe, je dois dire que Koh Lanta n’est absolument pas une île déserte, on y trouve des grands hôtels, des magasins qui en ferment pas de la nuit, des restaurants en tous genres, des grillades, des pizzas, des poissons, des hot dog, enfin tout ce que l’on veut, les gens ont internet chez eux, parfois le wi-fi, roulent dans des gros pick-up, sur des motos rutilantes, les pauvres français devaient vraiment être parqués pour ne pas y avoir accès.
L’île est bien plus calme que Koh Phi Phi, bien plus authentique car moins touristique, sauvage, paisible.
Ban Saladan, le chef lieu de l’île se résume à une poignée de rues dallées de béton, sur lesquelles tape de tous ses rayons le soleil, ambiance locale, que les quelques touristes n’arrivent pas à gâcher ; Il faut dire que l’île est toute en longueur, et que les hôtels se trouvent tous sur la côte ouest, à distances raisonnables les uns des autres, l’intérieur montagneux de l’île et sa côte est ne sont pas du tout touristiques mais aux mains et cœurs des îliens.
Dans Ban Saladan, des clubs de plongée, des restaurants, des magasins de souvenirs, des agences de voyages, la poste, et des petite maisons sur pilotis, loin du centre.
Nous trouvons une guest house dans Ban Saladan, sur pilotis, calme.

20/02/07
Problème de notre guest house, pas d’eau, beaucoup de moustiques, une étuve et personne pour recueillir nos doléances.
Nous nous levons, prenons nos sacs, louons une moto et cherchons un autre toit, plus au sud, au bord des plages.
La route principale de l’île (qui n’en compte guère plus de quatre), traverse Koh Lanta du Nord au Sud, longeant les plages de la côte ouest.
Nous tombons sur la Klong Khong Beach, non loin de la Phra Ae Beach, longues langues de sable blanc bordées de cocotiers, baignées par une eau claire et chauffées par le soleil.
C’est ici que se trouve la Soya Homestay, sorte d’hébergement chez l’habitant, il n’y a plus de place mais une tente dans le jardin, à 100m de la plage et 100 baths (2 euros).
Elle abrite deux chambres séparées par un petit salon couvert, natte au sol, des matelas, oreillers, lampe à pétrole, propres, mieux qu’un bungalow !
Heureux de cette trouvaille, nous allons griller en nous balançant dans des hamacs sur la plage, nous baignons, buvons, l’horizon est infini, la mer sans fin, l’œil ne rencontre aucun obstacle et le regard se perd au delà des mers, accrochés au sable, entre ciel et mer.
Ce soir, Thaï boxing Match à Koh Lanta, équipée de deux stades de boxe, hangars ou se pratique LE sport national et mondialement connu, la boxe thaï.
Pendant la journée, toute l’île est dans l’attente, et prononcer le mot box devant un thaï le met dans tous ses états.
Nous dînons et prenons place à 21h sur les bancs métalliques de l’arène.
Six match de boxe, des combattants de 15 à 25 ans, par catégories, devant un public hétéroclite, vieux imams en pleines mondanités, familles, des mamans et leurs bébés, des enfants courant partout, des ancêtres qui, en groupe et avec vivacité, commentent les matchs, mais aussi des touristes, beaucoup, d’énormes anglo-saxons qui enchaînent les bières, leur poule au bras.
Le speaker, un vieux chinois à la tête ronde comme une noix de coco crie dans son micro et lance des rires sadiques et gras à chaque bon coup et coups bas.
Début du show, qui n’en est pas un comme à Bangkok ou Pattaya (capitale mondiale du sexe), ainsi que nous l’a précisé le restaurateur de la Viking Steakhouse de Ban Saladan, mais un VRAI match de boxe thaï.
L’hymne national est joué.
Imaginez un son sorti tout droit d’un film muet, l’impression d’entendre un vieux, vieux vinyle dépoussiéré, un air désuet au possible, et une musique inaudible.
Comme s’il s’agissait d’un exploit, d’un progrès inouï, les médias français, télévision en tête, aiment à préciser que l’hymne national n’a pas été sifflé lors d‘une rencontre… C’était aussi le cas ici, à Koh Lanta, et le public, touristes et thaïs, s’est levé d’un seul homme aux premières notes, et dans un silence total a écouté l’hymne, aussi inaudible fut il.
Avant chaque combat, ce soir là, l’arbitre offre une bouteille de Coca, à chaque combattant, que celui-ci prend comme un objet précieux et offre à une petite fille de l’assemblée.
Puis une musique, un mélange de cornemuse et de percussions, accompagne la danse, car c’est bien d’une danse qu’il s’agit, qu’effectuent les combattants avant le début de la rencontre.
Étirements, rituels, gestes précis, tours du ring la tête basse, la natte dressée vissée à l’arrière du crâne, qu’ils retirent avant le combat, puis le gong retentit, la musique continue, rythmant les coups et les esquives.
Les coups partent, la sueur gicle, les cris forcissent, les esprits s’échauffent, le public se lève, crie, le speaker hurle, les enfants courent, et l’imam continue ses mondanités autour du ring.
En boxe thaï tous les coups ou presque sont permis, les genoux perforent les cotes, les cuisses, les bras de l’adversaire, les poings frappent, avec précision, puis les jambes flageolent, lâchent, le désespoir du combattant atterré se lit sur son visage, torturé par la rage de vaincre, la volonté de se lever, et ses genoux qui ont faillit, il sort en larmes et le vainqueur est ovationné.
Plutôt secs, les thaïs sont d’une vivacité et d’une résistance impressionnantes, peu de K.O., quelques abandons pour blessures, crampes, et toujours du fair play.
Minuit, après six matchs nous rentrons.

21.02.07
Sous la tente, l’épaisseur du matelas et la tranquillité du lieu laissaient présager une bonne nuit, il n’en fut rien en ce qui me concerne.
Une chaleur étouffante tout d’abord, me fit ingurgiter quelques litres d’eau, puis l’épaisseur de mon matelas disparut comme par enchantement, et je me retrouvai étendu sur un lit de pierres saillantes, qui s’avéra en plus être en pente douce, de façon à me faire rouler jusqu’à la toile, faisant presque tomber la tente sur moi.
Vers 5h, le coq se mit à chanter, exactement derrière ma tête, seule la légère, très légère toile de la tente me séparait de son infâme gosier ; il chanta à tue tête, expression qui sembla prendre ici une résonance toute particulière.
Une fraction de seconde après que le coq ait activé son gosier maléfique, à ces atroces cris aviaires s’ajouta la douce, si douce voix du muezzin dont, je le découvrit à ce moment là, la mosquée miniature se trouvait à quelques dizaines de mètres de la tente ; il appelait à la prière sans doute toute la Thaïlande et une bonne partie de la Malaisie, tant il égosillait.
Le sable qui, je ne sais de quelle manière, avait fait son apparition sur mon matelas, acheva de me réveiller ; j’ouvris la porte de mon alcôve, jetai un regard noir à l’animal tant hait de l’aube, un coq d’un blanc immaculé, une crête d’un rouge flamboyant sur la tête, un regard fier, guidant poule et poussins a travers les buissons.

Nous filons petit déjeuner dans une « French Bakery » au nom évocateur : Faim de Loup, puis partîmes visiter l’île en moto.
La route est bonne, serpente entre les hautes collines jungleuses, montées ardues et descentes raides, route au bord de falaises vertigineuses, surplombant une mer étincelante au soleil, de petits restaurants perdus s’accrochent au peu de terre, au dessus du vide.
Nous cherchons désespérément les sources d’eau chaude (50-60°) qui sont censées guérir tous les maux.
Nous apprenons plus loin que les chutes sont arides, saison sèche oblige, qu’importe nous continuons, nous n’avions de maux que coups de soleil et piqûres de moustiques.
La route s’arrête, et une piste de terre rouge grimpe dans la jungle poussiéreuse, le long de la côte, notre moto est un veau et nous sommes trop lourds, nous rebroussons chemin, discutons avec des éléphants et allons nous baigner.
Nous prenons nos tickets de bus pour Bangkok, mangeons crevettes et pizzas au bord de la plage, sous une lune verte renversée, tombant sur l’horizon.
Ce soir Champions League, en tant que féru de foot je ne manquerai ça pour rien au monde ; 21h heure de Paris, donc 3h du matin heure de Koh Lanta, nous somnolons en attendant le début de la rencontre, nous levons trop tard, 66ème minute, sommes dévorés par les moustiques sur la plage (où se trouve la télé, à coté des hamacs), et deux résidus de Français sont plantés devant le poste, ainsi qu’un australien déguisé en guitariste de ACDC, fatigue tout le monde, parle trop.
Au loin l’horizon d’encre est constellé de dizaines de phares, les bateaux de pêcheurs.
Au dessus de nos têtes les étoiles semblent à portée de main, le vent joue dans les palmes des arbres, il est 5h, les coqs se sont rassemblés autour de notre tente en un infâme chœur insomniabilisant, le muezzin est à son poste, la chaleur est insupportable sous la toile de notre tente, nous dormons, peu.
Il est 10h, nous nous levons, quittons le jardin des effroyables coqs, et redescendons à Ban Saladan, prendre le bateau pour Krabi.

Koh Lanta

26
fév
07

Koh Phi Phi

15/02/07
Nous débarquons dans une foule de « dockers », racolant les passagers pour quelque guest house au prix exorbitant, d’autres attendent famille ou livraison quelconque, ou tout simplement cherchent l’animation.
Il est midi, nous arpentons l’île à la recherche d’un toit abordable, on nous renvoie des « full full !» avec le moins d’amabilité possible.
Après une vingtaine de minutes de marche au soleil et dans le sable, nous tombons sur une guest house de bungalows au bord d’une petite plage paisible, 400 baths (8euros) la nuit, les pieds dans l’eau, le moins cher de l’île.

Notre bungalow surplombe, comme les autres, la plage, triangle de bois et de palmes, surélevé, à quelques centimètres du sol, un fin matelas en mousse, une moustiquaire, un ventilo, nous n’en demandons pas plus.
A nos pieds, une plage de sable blanc fin et propre, des rochers bruns arrondis sur lesquels viennent se briser les vagues, des cocotiers, et la jungle qui descend dans la mer.
En face de nous, au delà des longtail boats thaïs, au delà des récifs coralliens, au delà des bancs de sable, de l’autre coté de la baie, l’autre partie de l’île, d’abruptes falaises rappelant la Baie d’Along, sur lesquelles la végétation abonde et où la nature a conservé tous ses droits, que seules quelques hirondelles et une colonie de singes habitent.
Une eau turquoise nous en sépare, hauts fonds, eau transparente, rafraichissante le matin, chaude l’après midi.

16/02/07
10h30, nous louons un kayak et souquons ferme vers les falaises aux pieds desquelles peu de plages mais suffisamment pour qu’y vivent quelques singes, une petite colonie qui vit paisiblement sous le soleil et quelques arbres.
Nous accostâmes comme sur une terre vierge, personne, les singes s’approchèrent, de loin nous épièrent, grimpant sur le kayak et fouillant avec leurs fins doigts les recoins de notre embarcation, rien à manger.
Sur ces quelques mètres carrés du bout du monde, la vie s’écoule lentement, à son rythme, les singes se dressent sur leurs pattes (jambes ?) arrières dans l’eau, scrutent le fond, ramassant quelques poignées de sable qu’ils filtrent soigneusement, pour en dégager les choses comestibles apportées par la marée.
Puis le cataclysme, un bond de plusieurs millions d’années, un bouleversement dramatique dans ce scénario qui dans mon esprit se déroulait en son temps, aux temps heureux, aux temps où nos cousins les singes n’avaient pas de cousins, aux temps où nous étions eux.
Une horde, une cargaison, un débarquement d’homo sapiens sapiens, de la pire espèce, la plus dévastatrice, envahit la paisible petite plage.
Un gros bateau à moteur déversa une cinquantaine de touristes, plus touristes que touristes, les clichés du touriste anglo-saxon, quasiment inimaginable, et pourtant ils étaient bien réels, en chair surtout, en os un peu, en tous cas en shorts de surfeurs, un foulard de pirate solidement noué sur le crâne, des lunettes de soleil de jet setteur, ruminant de gigantesques boules de chewin gum si l’on en croit leur façon de se décrocher la mâchoire pour mâcher, la bouche entourée de bajoues, une bedaine blanche qu’ils exhibent fièrement, imbibée de bières et de bagels, ou de saucisses sous vide.
Ils n’ont pas mis un pied dans l’eau que déjà ils sortent leurs appareils photo, tous en même temps, mitraillent les pauvres singes ; les femmes aussi vulgaires que possible s’approchent, poussent des cris bovins quand un singe s’approche trop près de leur blancs et énormes mollets, puis rient grassement.
Un condensé d’occident qui me donna immédiatement l’envie d’être d’ailleurs.
Puis ils leur balancèrent des biscuits dont le prix, je suppose, est inclus dans le tour, des bananes, et étant déjà restés sept minutes sur place, s’empressèrent de remonter dans leur bétaillère, leur tourist tour à 50 dollars continuait.
Les singes partirent, le ventre plein, attendre de loin le prochain arrivage.
Nous plongeâmes masqués et tubatés, au milieu de poissons multicolores, d’oursins gigantesques, de coraux colorés.
Au dessus de nous les falaises, au loin les « gros blancs », sous l’eau au moins ils sont plus rares.

Koh Phi Phi (prononcer Ko pipi) est une île en forme de « H » ; Le « bourg », une succession de magasins et de restaurants, quelques bungalows hors de prix, collés les uns aux autres, des supermarchés, agences de voyages et cyber cafés, se situe sur la barre horizontale du H, ainsi que le débarcadère.
Sur la barre verticale de gauche, les falaises tout du long ; Sur la barre verticale de droite, plus longue que celle de gauche, de longues plages, les villages des îliens, et notre hôtel.
De chaque coté de la barre horizontale, des baies dans lesquelles tombe la jungle, des eaux cristallines et plages de sable fin.
Dans le bourg, des clubs de plongée tenus par des occidentaux (beaucoup de scandinaves), des magasins de souvenirs, une mosquée, quelques restaurants pas chers et bons, de poisson grillé notamment, mais aussi des pizzeria, des restaurants « français » qui de Français n’ont que le nom, diffusent des matchs de foot, des films, des concerts ; sur les plages près du centre, des bars organisent des « Fire Show », danses et jongles avec des torches, black moon parties, et autres festivités.
L’île est très touristique et pourtant, nous en fûmes surpris, elle est relativement calme et déserte par endroits.
Pour rentrer à notre bungalow, la nuit en rentrant du centre, il nous faut longer la côte par les rochers, exercice périlleux et sportif, ou bien traverser une certaine jungle, habitée d’insectes voraces.

18/02/07
Nous entreprîmes de monter au « Point de vue », de l’île, d’où nous aurons une image du monde de l’île.
A quelques centaines de mètres de hauteur, un chemin de béton succédant a des centaines de marches raides, serpente dans la jungle, la végétation se fait de moins en moins luxuriante, sur un sol plus sec, qu’épargne la mer mais pas le soleil tropical.
Nous arrivons sur un promontoire rocheux, avec vue sur le bourg et, droit devant nous, les falaises.
Épuisés, il fait plus de 35 degrés, nous descendons en hâte, nous baigner.
Koh Phi Phi n’est pas une île, mais deux îles, Koh Phi Phi Don, la plus grande, touristique, où nous sommes, et Koh Phi Phi Lae, toute de falaises vertigineuses, inhabitée, et plus petite.
Koh Phi Phi Lae est célèbre pour avoir été le décor du premier James Bond, et d’ailleurs nombre de bateaux ou de restaurants y font allusion, s’appellent Jame Bond, ou James Brond, jamais James Bond, parfois « 007 », plus facile à retenir.
Koh Phi Phi Lae a aussi accueilli le tournage du film The Beach, avec Di Caprio etc., le lagon fermé (qui en réalité ne l’est pas), la jungle dense, son coté primitif, vierge et tropical doivent en être la raison.
Les deux îles sont réputées baigner dans les eaux parmi les plus belles du monde, destination nirvanesque pour les plongeurs.
Enfin, Koh Phi Phi est un paradis, un havre de paix d’une incroyable beauté, quand on sait s’éloigner du monde, qui vit essentiellement du tourisme toute l’année, et de la pêche.

19/02/07
Nous prenons nos billets pour Koh Lanta, à 40Km au sud de Koh Phi Phi.

Koh Phi Phi

26
fév
07

Bangkok-Koh Phi Phi

Bus ultra confortable, sièges très inclinables, télé, clim, les dix sept heures ne s’annoncent pas atroces et la route est excellente.

Nous traversons Bangkok by night, lumières, agitation, elle ne dort jamais, cité insomniaque du Sud Est Asiatique.
Quelques DVD mis par l’acolyte du chauffeur qui, avec ce dernier, partage une spacieuse banquette-cabine à l’avant du bus, font passer les premières heures puis nous nous endormons, tant bien que mal, JB allongé dans l’allée centrale, moi recroquevillé sur deux sièges, me réveillai avec des courbatures partout, quand le bus s’arrêta vers minuit pour que les goinfres blancs puissent remplir leurs estomacs démesurés.
Une sorte de relais routier tout ce qu’il y a de plus glauque, malgré le fait qu’il se situe en Thaïlande, travail (harassant certes, mais ô combien rémunérateur) à la chaîne par des vendeuses mécontentes, toilettes atroces, il nous faut enjamber une marre de pisse pour accéder aux urinoirs crasseux ; enfin, moites comme je en sais quoi, nous retournâmes dans le bus et reprîmes la route.
04hAM, le 15/02, le bus marque un nouvel arrêt, définitif, tout le monde descend, nous sommes à Surathani, à quelques heures de Krabi, où nous prendrons le bateau pour Koh Phi Phi.
Quelques heures d’attente puis, une espèce de tuk-tuk croisé avec une fourgonnette nous emmène à 2km de là, dans un endroit qui se veut une gare routière.
Rien ne se passe, un pauvre chien désœuvré mâchouille un bouchon en plastique, des oiseaux encagés (pour pouvoir être libérés et ainsi porter chance, mais en fait meurent de ne pas retrouver la captivité) puis, 07hAM, un autre bus arrive, nous montons, 2h30 de route nous conduisent a Krabi, embarcadère pour Koh Phi Phi, Koh Lanta, et autres îles.
Nous sautons dans notre bateau qui part dans la seconde.

Un ciel bleuissime, une mer infinie, des cotes jungleuses, un soleil de plomb, nous nous affalons sur le pont supérieur, goûtant aux premiers vrais rayons de soleil, brûlant notre peau blanchie par ces semaines passées au Nord.
Le bateau, une grosse navette, classique, bondée de “gros blancs” comme nous appelons les touristes que nous ne voyons que rarement à Can Tho, hollandais, allemands, scandinaves, américains, israéliens, peu de latins.
Tout ce petit occident se dort donc la bedaine ou la pilule, étalés telle une colonie de morses sur le pont du bateau, profitant du soleil comme profiterait un enfant d’une citerne de mousse au chocolat, sans mesure, et déjà certains affichent de superbes coups de soleil.
2h plus tard nous approchons de l’île, Koh Phi Phi, à 40Km du continent, perdue semble-t-elle au milieu des eaux claires.

24
fév
07

Bangkok

13/02/2007

Nous arrivâmes a Bangkok a 13h, heure de Calcutta, enlevâmes nos pulls enfiles sous l’humide et fraîche Calcutta matinale, quand l’hôtesse nous informa que la température extérieure était de 31 degrés.
Enfin un climat connu, qui nous rappela Can Tho…
Bangkok sent le retour, la fin du voyage ; le ciel bleu, la chaleur, le soleil, l’ambiance, sont ceux du Sud Est asiatique qui nous est devenu si familier.
Nous sortîmes de l’aéroport, moderne et bien conçu, primes un bus pour le centre de Bangkok, Khosan Road, le De Tham de Bangkok, et trois quart d’heure plus tard nous descendîmes.
Le contraste avec Calcutta nous saisit, bien qui nous nous y attendiions.
Le climat pour commencer, l’étonnante propreté ensuite, la respirabilite de l’air, et les sourires sur les visages des gens, des attitudes communes au Vietnam.
Nous arrivâmes a Khosan Road, une rue de dimensions banales, petits immeubles suranimes, des néons partout, des drapeaux, de la musique, des bars, des boutiques, des guest houses, enfin, le quartier touristique asiatique typique qui déplaît a certains, nous les premiers au Vietnam, mais qui après ce long périple fut agréablement retrouve.
Il fut d’autant plus agréablement retrouve que nous savions que nous serions sur les plages deux jours plus tard.
Nous trouvâmes une guesthouse qui, pour ceux qui connaissent pour y être allés, est le sosie de la Happy GH de Phnom Penh, en plus calme, plus claire et pas sur le lac… Sale de bains partagée, sur le palier, chambre toute de bois, une étuve mais confortable.
Nous allâmes dîner, la rue était en ébullition, restaurants qui se battent entre eux pour attirer les touristes, gros blancs qui déambulent dans la rue, bedaine a l’air et bière a la main, rastas, skinheads, babas, routards barbus, et couples avec ou sans enfants, avec ou sans pute.
Les tuk-tuk, les policiers, seuls autorises a se déplacer motorises dans la rue, piétonne, sont assis sur leur siège, lunettes de soleil au nez, discutent avec leurs collègues en regardant la foule passer.
Ambiance festive, très occidentalisée et qui laisse peu de place, si ce n’est aucune, a la Thailande.
Le quartier touristique est cependant bien delimite, et les rues alentours sont aux thais, magasins pour locaux, portraits du Roi a tous les coins de rue et a toutes les sauces.
De petits canaux traversent la ville, que bordent de paisibles maisons, bruits de vaisselle, discussions entre voisins, les thais semblent heureux, pas envieux de l’occident, ni fermes a son égard ; la vie a Bangkok s’écoule paisiblement, sous le soleil et le regard du Roi.
Nous primes nos billets de bus pour Koh Phi Phi, île au large de Krabi et non loin de Phuket, départ demain 14/02 a 19h et arrivée a Koh Phi Phi prévue le 15 a midi.

14/02/2007

Nous profitâmes de cette dernière journée a Bangkok pour faire le plein de livres, laissons nos gros sacs a la Guest house, et sautâmes dans le bus a 19h.

Bangkok
24
fév
07

Calcutta-Bangkok

13/02/2007
Lever à 6h, par le massif sikh de la réception, nuit moustiqueuse et fraîche.
Par la fenêtre, Calcutta a été sous la pluie, caniveaux boueux.
Tout est fermé, nous buvons un coca et filons à l’aéroport en taxi.
Calcutta, vidée à cette heure-ci de sa nombreuse population et calmée par la pluie de la nuit, est bien plus agréable, ou du moins appréciable que la Calcutta diurne.
Nous traversons les rues, marché aux poulets, ouverture de quelques magasins.
L’aéroport de Calcutta est flambant neuf coté terminal domestique, en piteux état cote international, des militaires font le guet devant l’entrée, dans une sorte de cabine recouverte d’un filet de camouflage qui, sur fond de murs blancs, ne camoufle rien du tout.
Dans le hall principal, propre, quelques échoppes horriblement chères, et le buste de Gandhi sur une mezzanine.
Nos sacs contiennent environ quatre couteaux et des ciseaux, ce qui étonne la grosse indienne plantée devant son écran de contrôle, nous sortons les dagues tibétaines, lui montrons, c’est bon, circulez.
Immigration passée sans encombres, aux portiques de sécurité, un gros indien voit mon appareil photo, me passe rapidement son espèce de spatule magnétique, puis entame une longue discussion sur les appareils numériques, veut s’en acheter un, quel zoom prendre, combien de pixels, quelle marque…puis me laisse repartir.
Je veux changer mes roupies indiennes, l’agent de change me déconseille son taux, me recommande l’aéroport de Bangkok.
Nous arrivons dans un hall d’attente, je cherche, tel un chacal affamé, la smoking room, demande à un vigile ; Il me répond que l’aéroport est entièrement non fumeur et ajoute que si je vais la bas au fond de la salle, ou aux toilettes, c’est bon.
Laxistes les indiens ? En tous cas peu tatillons à l’aéroport de Calcutta ; nous embarquons dans un A320 de Indian Airlines pour Bangkok, décollage sous un toit de nuages bas, puis survol d’une mer de nuage ensoleillée, au dessus de l’océan Indien.
Nous nous empiffrons, ainsi que tout le monde à bord, de plats indiens, les passagers se lèvent, hurlent, jettent leurs grands bras simiesques vers les pauvres hôtesses qui doivent avoir été spécialement formées pour servir sur Indian Airlines…
Deux heures de vol et nous arrivons à Bangkok.

12
fév
07

Calcutta

09/02, arrivée à 14h à la Howra Station, gare de Calcutta.
Notre voyage a été éprouvant, nous avons faim, sommes fatigués, crasseux et courbaturés, Calcutta nous accueille d’une manière peu appropriée…

Parenthèse historique :

Calcutta a été fondée par Job Charnock, un agent de la East India Company qui installa un comptoir à Suntanati en 1698.
La EIC acheta ensuite les zamindari (droits d’acheter des terres et d’en percevoir les revenus) de trois villages : Suntanati, Govindapur, et Kolikata.
En 1896, le Fort William (hommage au Roi William III) fut construit sur les rives de la Hugli river. Ainsi naquit Calcutta, dérivé de Kolikata, nom d’un des trois villages qui en sont à l’origine. Calcutta demeura le nom de la ville jusqu’en 1991, date a laquelle elle prit le nom de Kolkata, difficilement assimilé par la population.
Calcutta devint la capitale du British Raj, et la plus grande cité coloniale d’Orient, que gagnèrent de nombreux occidentaux en quête de fortune ; au cours du XVIIIe et XIX siècles, la ville connut une importante urbanisation, elle constitua le point de départ de la conquête britannique des Indes, et en demeura la capitale jusqu’en 1912.
Aujourd’hui Calcutta est la quatrième plus grande ville d’Inde, et la huitième mondiale ; capitale du Bengale, elle est le centre économique de l’Est indien.
Située au bord de l’océan indien, non loin du delta du Gange, son climat et son atmosphère sont particuliers.

Nous sommes donc accueillis par une ville horriblement sale et atrocement polluée ; l’air est suffoquant, le soleil perce, avec toutes les difficultés du monde, une épaisse couche de nuages gris et jaunâtres, il doit faire entre 25 et 30 degrés, instantanément nos vêtements sont incrustes de crasse.
Nous prenons un taxi qui nous emmène à Sudder Street, non loin du centre ville, si tant est qu’il en existe un.
Nous trouvons une guesthouse, plutôt miteuse, extrêmement bruyante puisque donnant sur la rue passante, mais qui a l’avantage de ne nous coûter que deux cent roupies.
Nous allons déjeuner, et ayant repris des forces, marchons dans les rues à la recherche d’un bureau de change qui accepte de changer nos roupies népalaises.
Interdit en Inde, les monnaies des SAARC countries (Pakistan, Népal, Bhoutan, Bengladesh) sont inchangeables en Inde. Pure logique indienne.
Nous nous faisons donc escroquer de 20% de la valeur de nos roupies népalaises dans un bureau de change qui accepte de nous les changer, il nous parle de la France, de Mitterrand, « Ah, he was a communist, it is good ! », lequel « communiste » était grand ami avec le précédent Roi du Népal.

Nous dinons à l’Hinduistan Restaurant (où nous avion déjeuné), sombre, ambiance feutrée, plutôt bon, calme voire mort en journée, il est plus que bruyant le soir, et même si nous sommes au fond d’une salle climatisée, la scène sur laquelle s’égosille une grosse chanteuse-danseuse, à l’autre bout de l’autre salle nous assourdit.
Des jeunes calcutiens imbibés de bière et les yeux hypnotisés par les mouvements de l’imposante cantatrice nous parlent du Vietnam : “Oh” font-ils, avec une mine d’incompréhension totale, choqués semblent-ils, “on entend dire que c’est un pays pauvre, communiste, et qu’il y a beaucoup de morts là-bas, la guerre avec les américains…”
Visiblement peu au fait des évolutions du monde, j’avais envie de leur dire que le Vietnam paraissait bien moins pauvre que leur pays et qu’en tous cas, si les gens y étaient plus pauvres et communistes, ils étaient bien plus accueillants et ouverts qu’eux ; ils retournèrent à leur monde, bières, putes, mouton massala.

Calcutta est donc une ville effroyablement sale, immonde.
Des amas de déchets ornent les statues, masquent l’herbe des “jardins” publics, recouvrent les trottoirs, les caniveaux, les halls d’immeubles… L’odeur de ces montagnes d’ordures, ajoutée aux gaz que rejettent les voitures sans âge, et à la chaleur, rend l’air saturé, irrespirable.
La pauvreté à Calcutta est bien connue, et est omniprésente, des enfants, des vieilles femmes, et des éclopés s’accrochent à nos bras en gémissant, et s’en vont en déversant un flot d’insultes. Des familles vivent sous des bâches, bidonvilles aménagés contre les immeubles, les musées, les ponts ; les gens pauvres ou moins pauvres se lavent dans les caniveaux, les sorties d’égouts, enfin dans tout liquide, quelle que soit sa composition.
Comme le dit Huxley, “les indiens ont le génie de la saleté”, je ne peux me prononcer que sur ceux de Calcutta. L’hygiène, ne serait-ce qu’un minimum, semble totalement absente de leur culture, et bien que vivant dans une extrême pauvreté, d’autres solutions leurs sont offertes, que de se laver et boire l’eau des égouts : fontaines, robinets dans les rues, canaux à proximité, mer pas loin… Mais ils semblent délibérément choisir la saleté, et vouloir y rester.
Si l’Inde a beaucoup de pauvres, ils sont aussi présents, et en nombre, en Chine, au Cambodge, au Vietnam, mais la différence de cultures est énorme : les pauvres chinois, cambodgiens, vietnamiens ne sont pas du tout mieux lotis que leurs homologues indiens, et pourtant ils ne mendieraient pour rien au monde, trouvent toujours un petit boulot à faire, un travail même mal payé, même misérable, mais un travail quand même.
Il est assez choquant de voir qu’à Calcutta, les pauvres semblent attendre que monnaie et nourriture leur tombent tout cuits dans la main ou dans la bouche.
Qu’on ne me dise pas que le sol indien est moins fertile que le sol chinois, cambodgien ou vietnamien, car le delta du Gange n’est pas la région la plus aride du monde, et les seuls paysages que nous avons traverse depuis Gorakhpur étaient de riches plaines bien vertes.
Il semble dans la culture des indiens (à Calcutta) de ne pas travailler plutôt que de faire un travail pénible, peu rémunérateur, voire dégradant (?!). Reste le problème des castes, que je ne connais pas, et qui explique peut-être, en partie, que certains soient immobilisés, ne pouvant par aucun moyen se sortir de la misère dans laquelle ils vivent.

Leur fatalisme est désespérant, tout est question de karma, on ne peut rien y faire, ben voyons !
Quant à l’infinie saleté, à l’extrême insalubrité, à la puanteur et à la pollution de la ville, elles ne sont pas uniquement dues à la pauvreté qui jette les familles sur les trottoirs, mais à une absence totale d’intérêt que les indiens ont ici pour la propreté, ou du moins pour la non-saleté. Il n’y a absolument aucune poubelle dans les rues, les poubelles sont les rues, les jardins, les maisons.
L’eau semble cruellement manquer tant l’utilisation qui en est faite est irrationnelle, alors que la ville est à quelques kilomètres de la mer, et à proximité d’un des plus grands fleuves du monde, quoique pollué lui aussi.

Les gens crachent parterre (comme partout), pissent n’importe où, à tous les coins de rue, hommes en costumes comme mendiants (qui n’ont, eux, pas trop le choix) ; les gens balancent tout et n’importe quoi dans les rues, puisque poubelles et voirie sont inexistantes, les rues ne sont pas nettoyées, si ce n’est par les pauvres, les chiens, les vaches, et les corbeaux ; Et la crasse est incrustée dans chaque centimètre carré de la ville. Tout cet univers de saleté est survolé, et littéralement colonisé, par d’horribles corbeaux à tète grise, qui ont remplace les anglais, et qui fouillent les tas d’ordures, les cours des maisons, les haillons des mendiants, les caniveaux, à la recherche de quelque chose de digérable par leur estomac sûrement mutant. Le croassement de ces volatiles est assourdissant, il est la base de tous les autres bruits, est difficilement couvert par les TATA trucks qui roulent au pétrole brut, et fait penser au film de Hitchcock, Les oiseaux.

Et tout cela est bien dommage, car Calcutta est riche d’un patrimoine architectural intéressant, vieux immeubles, temples, églises, cathédrales, musées, jardins, qui tous, à part deux ou trois, sont tombés dans l’oubli, en ruines, recouvert de crasse. Tous les immeubles construits à l’époque anglaise ont pris l’apparence de squats, sont tout sauf valorisés, alors qu’ils sont un des rares centres d’intérêt de la ville.


10/02/2007, Zoological Gardens


Visite au zoo, construit en 1876, il est dans un état lamentable. Si le zoo de Vincennes est un peu à l’abandon, le zoo de Calcutta est plus en ruines qu’Angkor. On devine, à son agencement, aux cages travaillées, à ses allées, ses bassins et ses arbres, qu’il devait être bien agréable de s’y promener, loin de l’agitation de la ville, un siècle plus tôt. Les choses ont bien changé, la moitie des cages est vide, les allées sont parsemées de détritus, les bassins à sec et immondes, les arbres décrépits, et il y a plus de corbeaux que de visiteurs. Quelques vieux lions en fin de course, des léopards faméliques, un ours grabataire, deux singes décharnés, des girafes recouvertes d’une couche grise de crasse, et des oiseaux déplumés attirent quelques badauds qui hurlent comme des macaques devant les animaux dépités, lesquels sont davantage au zoo que ces visiteurs. Des éléphants qui, malgré leur mémoire, sont incapables de se rappeler la date de leur dernier repas, regardent les tigres blancs tourner en rond et les hippopotames qui semblent bien les seuls à apprécier la saleté ambiante, se rouler dans la boue. En face de ce zoo, au bord des égouts des banlieues de Calcutta, odeur d’excréments et de mort, se trouve l’aquarium, dans lequel pataugent des poissons ordinaires, dans des bassins qui ne sont que des fosses en carrelage sans aucune plante ou décoration, devant lesquels les quelques visiteurs restent…ébahis.


11/02/2007, St Paul’s Cathedral et Victoria Memorial


Un monument intéressant, la Cathédrale St Paul, construite en 1839, de style Westminster, elle est située dans de petits jardins sans prétention, au calme, bien entretenus. Une large nef bordée de chaises en bois travaillé, une exposition de quelques pages de l’histoire de la cathédrale et de la présence britannique à Calcutta. Nous repartons, direction le Victoria Memorial. Situé au cœur de la ville, et présenté comme le plus beau monument de Calcutta, il fut construit entre 1905 et 1921 par William Emerson, en mémoire de la défunte Reine. Il a été voulu par son architecte comme un rival, d’un point de vue esthétique, du Taj Mahal. Construit en marbre blanc du Rajasthan, c’est toutefois un bâtiment sans style, mélange de colonnes grecques, de bulbes indiens et de mauvais gout britannique, un ensemble incohérent, grotesque même, qui fait davantage penser à un pavillon raté d’une exposition coloniale, plutôt qu’au majestueux Taj Mahal. Il est entoure d’un jardin dont la conception n’a pas du beaucoup coûter à son créateur, et qui est si mal pensé que pris de n’importe quel angle, on n’en comprend le sens et ne veut y rester ; d’énormes galets servent de gravier, des bassins posés au milieu de nulle part, de pauvres massifs de fleurs, un tout sans intérêt, beaucoup de bruit pour rien, et un billet d’entrée quatre fois plus cher pour les touristes que pour les locaux, à 200 roupies, nous repartons horriblement déçus.

Curiosité de Calcutta, elle dispose d’un métro, ce qui parait invraisemblable lorsqu’on voit l’état de la ville en surface ; une ligne qui traverse la ville du Nord au Sud, une quinzaine de stations, il n’a rien de particulier ou d’extraordinaire, ressemble à un train de banlieue parisien, musique indienne en plus. Il est toutefois parfaitement à l’heure et bien pratique, quoique fermé a l’heure du déjeuner… ! Dans le métro, comme dans les bus, les femmes sont séparées des hommes, des sièges ou des banquettes Ladies, le reste pour les hommes, ce qui cause souvent de petits scandales, quand les hommes se trouvent agglutinés dans leur coin, et que les femmes, dix fois moins nombreuses, peuvent s’étaler de tout leur sari.


12/02/2007, Dernière journée à Calcutta


Nous avons avancé nos billets d’avion, du 15 au 13, allons demain quitter Calcutta capitale de la saleté, et les indiens champions du peuple le plus mal élevé (horripilant). Afin de donner une autre chance à Calcutta, nous nous dirigeons vers Fort William, manquons de nous faire écraser quinze fois, et apprenons une fois arrivés, que le fort ne se visite pas, zone militaire. Nous repartons, cherchons la mission de Mère Theresa, absolument introuvable. Ce n’est pas faute d’avoir essayé, Calcutta ne nous a pas enchante, nous la quitterons demain sans regrets aucun.


Calcutta

10
fév
07

Sunauli-Gorakhpur-Calcutta

Notre chauffeur a revêtu un délicat petit foulard qu’il porte à la manière d’une femme musulmane, ce qui dénote étrangement avec sa tête d’évadé de prison turque.

Un homme tient absolument à changer nos roupies népalaises en indiennes, veut nous escroquer, nous refusons.
Difficile de dormir, les sièges sont espacés les uns des autres d’une dizaine de centimètres, fort heureusement la route n’est pas mauvaise.
Nous arrivons à Gorakhpur à 8h, lessivés, devant la gare ferroviaire.
Gorakhpur est une ville poubelle, écœurante, les rues sont immondes, rats crevés, bouses de vaches partout, chiens miteux en meutes, détritus volant au vent, aucune poubelle, des caniveaux charriant un flot noirâtre d’immondices, l’air est saturé, des pauvres familles campent devant la gare, entre les bouses, les chiens et les déchets, atmosphère pénible.
La gare de Gorakhpur est à l’image de la ville, extrêmement sale, poussiéreuse, puante, vitres gluantes, bouses de vache, vaches et filantes de pigeons constellent le sol du hall principal.
Pour prendre ses billets, procédure complexifiée au maximum, il faut aller au point de vente des billets couchettes qui est différent du point de vente des billets normaux, aller au guichet numéro tant prendre un feuillet, le remplir en fonction d’un panneau d’affichage à peine traduit en anglais, inscrire son numéro de train, encore faut-il savoir la destination puisque Calcutta ne figure nulle part, une fois ce papier rempli, le présenter à un autre guichet, l’homme nous annonce que nous sommes en liste d’attente, pour sièges et couchettes, il est 9h, repassez à 11h.
Nous pestons, la faim, la fatigue nous tiraillent, nous attendons devant la gare, repassons à 11h, c’est bon, billets confirmés.
Nous allons déjeuner, un Estonien de 30ans, sa copine est “milliardaire parisienne” (à prononcer avec l’accent balte) lui paye une année sabbatique.
Il vient du Népal, va à Delhi puis Dharamsala, parti de Paris en octobre, il rentre en décembre prochain en Europe, il va travailler entre Chambéry et Grenoble.
Nous le laissons attendre son train pour Dehli et prenons le notre ; personne ne sait de quelle voit part notre train, nous faisons des allées et venues dans la gare, trouvons finalement la voie, le train a 30min de retard, nous partons a 14h.
Des trains attendus ce matin pour 7h ne sont, eux, toujours pas arrivés…
Le train est sale, ressemble à une prison, des grillages partout, des couchettes en plastique crasseuses, les gens s’entassent sur les sièges, sur les portes, les flots de ceux qui descendent et de ceux qui montent dans le train ne semblent pas comprendre une seule seconde les intentions de l’autre, nous prenons deux couchettes et dormons.

Nous traversons la campagne indienne, au matin napée de brume, des gares désertes, de riches plaines, des ouvriers qui construisent des voies à la main, chiens et chèvres évoluent parmi eux.
En pleine nuit, nous nous faisons virer par une horde d’indiens horriblement primaires qui nous tirent par les pieds pour nous signifier que ce sont leurs places.
Nous nous exilons à nos places, qu’eux seuls viennent de nous situer, puisque personne à la gare ou dans le train ne nous a explique le fonctionnement de leur placement.
Lendemain 09/02 à 14h exactement, nous arrivons enfin à Calcutta, après 24h de train.

Gorakhpur-Calcutta

10
fév
07

Katmandu-Sunauli et entrée en Inde

Sunauli, 280km au sud ouest de Katmandu, est un des deux postes frontières népalais ouvert avec l’Inde, Birganj, le principal, est fermé depuis quelques semaines.
Nous montons dans un bus, ou plutôt ce qui a dû ressembler à un bus il y a une trentaine d’années, c’est un TATA évidemment, bariolé, des petites lampes en plafonnier donnent une note extrêmement kitsch à l’ensemble, des sièges défoncés, des guirlandes qui pendouillent partout, des vitres en verre qui ne ferment pas et manquent de se briser à chaque nid de poule, nous nous frayons un chemin dans ce bus surcharge, et partons.
Dix minutes plus tard, arrêt ; pendant une demi heure un défilé de vendeurs de montres, de bracelets, de tout et n’importe quoi investi le bus ; il est 20h, nous repartons.
La route, étrangement, est supportable, nous dormons un peu, et vers 04h le bus stoppe net, se vide de ses occupants en un clin d’œil.
Tout le monde grimpe dans un autre bus arrêté au bord de la route, il est plein, les gens sont debout dans l’allée, malmenés par la “conduite” du chauffeur, et en plein courant d’air puisque la porte est naturellement ouverte.
Nous nous exilons dans la cabine du chauffeur où, déjà une demi douzaine de personne a trouve refuge sur un banquette.
Trajet de courte durée dans ce second bus, nous apercevons une file interminable de camions pétroliers sur le bord de la route, qui viennent d’Inde et vont partir approvisionner tout le Népal en essence, puis la gare routière de Sunauli, terminus, il est 04h30 du matin.
Nous avons traversé le Terai sans encombres, le trajet nous était annonce comme “no safe” de nuit, il n’en fut rien et nous prîmes deux tuk-tuk pour faire les quatre derniers kilomètres qui nous séparaient encore de la frontière.
Nous voila avec nos gros sacs, sur ces tuk-tuk, dans la nuit noire et la brume épaisse du Terai, éclairés faiblement par quelques rares lampadaires, les roues des vélos grincent, il fait froid, des lumières au loin.
Nous arrivons à la douane népalaise, un homme en uniforme militaire désigne mon sac, me demande ce qu’il contient. Euh…des vêtements luis dis-je en montrant mon pull. C’est bon, passez.
Un douanier endormi écarquille les yeux, se les frotte énergiquement, nous tamponne nos visas sans aucune vérification, nous traversons le no man’s and que bordent des dizaines d’échoppes en tous genres, fermées à cette heure-ci, continuons sur nos tuk-tuk, et arrivons à la douane indienne.
Un masse informe est ensevelie sous une couette, sous une moustiquaire, sur une table, devant une maison, le douanier.
Il se lève, grogne, s’habille, tamponne nos visas et celui de la Kazakhe qui nous suit, puis va se recoucher.
Nous voila en Inde, nous prenons un bus, du même genre que le précédant, mais pire, pour Gorakhpur, à environ 200km de la frontière, d’où nous prendrons un train pour Calcutta.

Agrandir le plan

10
fév
07

Nous laissons Katmandu

A son agitation, son bruit, ses embouteillages, sa pollution, ses rues poussiéreuses, mais aussi à ses centaines de temples ruisselants d’offrandes, à son odeur d’encens, à ses jardins qu’habitent rapaces, rongeurs, à ses vaches nonchalantes, à ses chiens errants, à ses chèvres et ses singes.
Nous laissons Katmandu et le Népal à leur destin, les maoïstes défilent dans les rues, en fanfare de cuivres et de tambours, drapeaux rouges communistes fièrement levés, parfois couchés pour recevoir les “dons” des commerçants quand la fanfare passe.
Leur haut parleur crie quelques revendications, en face des défilés de mariages eux aussi en musique, tous de fleurs, de couleurs et de bruits ; nous laissons Katmandu et le Népal où l’essence manque cruellement, où l’électricité ne marche qu’une dizaine d’heures par jour, où la pauvreté est visible, où les routes font défaut, où des villages heureusement perdus s’accommodent parfaitement de cette vie.
A l’ouest dans la douce vallée de Pokhara, et à l’est aux pieds de l’Everest, les plus hauts sommets du monde contemplent ce pays si doux et si miséreux, courant vers quel avenir ?
Apres les maoïstes, les madhesi dans le Terai se révoltent, contre un gouvernement qui ne fait rien et n’a jamais fait grand chose, si ce n’est construire deux routes non entretenues et un nouveau palais royal, moderne, qui semble narguer les mendiants, enfants livrés à eux-mêmes, lépreux, paysans venus chercher “a la ville” de quoi nourrir quelques bouches.
Nous quittons Katmandu, l’hôtel Discovery Inn, une petite famille, Durbar Square, ses temples, ses fideles, Kumari et les Sâdhus, Freaky Street qui a vu arriver les babas dans les années 70, Thamel, quartier touristique bruyant, animé, nous quittons Swayambunath, le temple des singes, laissons à ses collines leur calme, leurs champs de riz et de marijuana, leurs postes militaires et villages tibétains.

Nous prenons nos visas de transit à l’ambassade d’Inde, difficilement ; Nous comptons passer quinze jours en Inde et voulons prendre un visa de transit.

Le guichetier des visas de transit nous demande ce que nous allons faire en Inde ; Du tac au tac je lui réponds, sans réfléchir une seule seconde : du tourisme ! Ahaaa ! me lance-t-il ravi de m’avoir piégé, eh bien allez au guichet des visas touristiques !!
Je me marrait presqu’autant que lui puisque c’était évidemment LE truc à ne pas répondre.
Nous partons dans des explications tordues et ne comprenant rien il nous a envoyés dans le bureau de Monsieur Jyioti, apparemment grand sachem de l’ambassade, gros personnage désagréable aussi.

Nous finissons par avoir nos visas, achetons nos tickets de bus, départ le 07/02 a 19h, pour Sunauli.

Katmandou et environs

03
fév
07

Pokhara

A peine sortis de Katmandu, après avoir tourné dans la ville pour trouver la route de Pokhara, la moto de JB tombe en panne, deux heures et demie de réparations nous font reporter le départ au lendemain.


30.01.2007, Vers Pokhara

Départ à 10h, la route nous fait quitter la vallée de Katmandu et son
agitation, TATA trucks polluants et bruyants, grosses voitures, motos
pétaradantes, embouteillages, bruit etc. Au milieu de cette chaude
ambiance, les vaches se promènent dans les rues, les chèvres, les
chiens, aux bords des routes.
Sortis de la ville, nous voilà sur les routes de montagne, les cimes
encore embrumées, les champs que l’on commence à travailler, cultures
en terrasses et en plaines.
Nous descendons alors que la chaleur augmente, il fait beau, la route
traverse des petits villages accrochés aux flancs abruptes des
montagnes, au bord d’un torrent asséché que de petits ponts de pierre
enjambent.
Nous longeons un fleuve agité, des ponts de singes, en lianes ou en
métal, frêles passerelles au dessus du vide, le traversent, des enfants
jouent sur les bancs de sable en contrebas.
La brume a disparu, il fait vraiment chaud, pour la première fois
depuis Saigon, nous retrouvons un certain Sud que nous n’allons plus
quitter pendant un certain temps.
Après 100km, nous nous arrêtons au Big Fig, un banyan géant accroche
aux berges du fleuve, déjeunons dans le hameau du même nom, et
repartons.

Nos motos sont devenues nos jambes, sensation oubliée depuis le
Vietnam, et agréablement retrouvée !
Nous sommes à présent en plaine, la route ne descend plus tellement,
nous serpentons entre les collines et les pieds des montagnes, croisons
des bus bondés, des camions à la beine pleine de pierres, de troncs ou
de passagers qui dansent sur la musique que crache leur gros
transistor ; des gens voyagent sur les toits des bus, s’accrochant
comme ils le peuvent pour ne pas se faire éjecter dans les virages
auxquels le “conducteur” ne fait plus attention.
Nos motos sont confortables, nous faisons du 70-80 de moyenne et
arrivons à Pokhara vers 16h.
Deuxième ville du Népal, au bord d’un lac dans lequel se reflètent les
montagnes, calme, la campagne comparée à Katmandu !
Nous trouvons un hôtel au bord du lac, une nuit de repos et nous
partons demain explorer la vallée et tenter d’approcher l’Annapurna au
plus près.

31.01.2007, Pokhara trail

Breakfast au bord du lac, nous enfourchons nos fidèles destriers et
filons au fond de la vallée, il fait chaud, excepté sur les motos
quand on est à plus de 80 ; les montagnes boisées abritent de petits
villages, des temples au milieu de nulle part, les gens dans les
champs en terrasses travaillent, brûlent quelques brindilles devant
leurs maisons, les buffles paissent, des chevaux passent, au fond de
la vallée les champs inondés reflètent les montagnes et le soleil.
Nous arrivons à un col duquel on a vue, habituellement, sur toute la
chaîne de l’Annapurna ; Mais rien, trop de nuages, nous poursuivons
notre quête, la route commence à redescendre, loin de la montagne
mythique, l’Annapurna, Premier 8000 conquis par l’homme (Herzog), nom
de la déesse de l’abondance, et “Shakti”, élément femme de Shiva.
Nous rebroussons chemin.
Sur la route du retour, nous décidons de grimper jusqu’à Sarangkot,
point de vue remarquable sur tout la vallée et sur l’Annapurna quand
le temps le permet.
Pokhara est à 900m, Sarangkot a près de 1600m, une fine route en
lacets nous conduit jusqu’à quelques kilomètres de Sarangkot,
serpentant au milieu de villages, puis s’arrête et devient une piste
défoncée, un chemin de montagne.
Nous lançons nos motos sur ce chemin, elles tiennent le coup, la pente
est raide et fait parfois patiner nos roues ; en contrebas les
rizières en terrasse et les cultures colorées dessinent un paysage
pictural, la vie dans ces villages semble immuable.
Les femmes à la fontaine, les enfants jouent à la balle en rentrant de
l’école, les hommes au café jouent, les ancêtres marchent lentement,
discutant du passé sur les chemins de montagne ; Ils sont tous, ces
grands pères, habillés comme leurs anciens, un pantalon blanc et près
du corps, une petite jupette blanche, un veston élégant et une calotte
sur la tête, barbe blanche et mégot aux lèvres, ils regardent passer
le temps, paisiblement.
Nous atteignons Sarangkot, jadis un fort se tenait la, aujourd’hui
c’est un point de vue sur toute la vallée de Pokhara, et du fait de
son emplacement stratégique, une dizaine de militaires y vivent, dans
des baraquements en grosses pierres, fusils à la main, font sécher
leur linge sur les câbles électriques et tournent en rond ; au dessus
encore, les rapaces dessinent des cercles dans le ciel.

Toujours pas d’Annapurna, nous redescendons à Pokhara.
Demain matin avant le lever du soleil, peut-être pourrons-nous le voir…

01.02.2007, Pokhara suite et fin

Réveil par le réceptionniste à 5h30, nous nous apprêtons à chopper
l’Annapurna au réveil.
Tout était bien parti jusqu’à ce que JB se rende compte que ses clefs
de moto avaient disparu.
S’ensuit une longue traque, depuis le garage à moto dans la cour,
jusqu’aux recoins de la salle de bain, en passant par les plis des
rideaux, rien.
Nous demandons à la réception, pas de clef, mais son frère peut en
faire une en vingt minutes ; nous partons donc sur une moto voir ou ne
pas voir l’Annapurna.
Il fait nuit, tout est calme, nous filons vers les hauteurs, arrivons
au même col que la veille, des nuages encore, et pas d’Annapurna.
Nous attendons et espérons une éclaircie, rien, nous nous consolons
avec un café et rentrons.
Le frère du réceptionniste de l’hôtel avait retrouvé la clef hier soir
et endormi, n’avait pas prévenu ses collègues.
Rassérénés, nous allons petit-déjeuner, jetons un dernier regard au
lac, et repartons pour Katmandu, il est 10h.

Road to Katmandu I

Même route en sens inverse, c’est une des trois “highway” du Népal,
route bitumée à deux voies, c’est donc l’équivalent d’une
départementale de montagne en France.
A peine sortis de Pokhara, nous trouvons le moyen de nous perdre l’un
et l’autre, JB est devant moi et pense que je suis devant lui donc il
fonce, moi derrière lui, je pense qu’il est derrière moi.
Lui fonçant arrive à Katmandu à 14h30, moi le cherchant dans les
environs de Pokhara en faisant des allers-retours interminables, le cherchant dans tous les garages à moto, stations service, m’inquiète sérieusement.

Je finis par rentrer à Pokhara à 18h.

JB m’écrit qu’il est à Katmandu, sain et sauf, je refais donc la route demain.

Road to Katmandu II

Lever à 5h par les musiciens du voisin qui accompagnent l’âme d’un
défunt ; ils ont commencé vers 19h hier soir et ne s’étaient pas
arrêtés quand j’ai pris la route.
Je bois un thé népalais (au beurre) dans une gargote au bord du lac,
en compagnie de trois matinaux aux cernes géantes, puis enfourche ma
moto et file vers Katmandu.
Il est 7h, je n’ai plus que 1L d’essence sur les 8 que j’avais a mon
premier départ hier.

Parenthèse Daily Népal :

Depuis quelques semaines, le Terai, région du Népal au pieds de
l’Himalaya, frontalière avec l’Inde, appelée le “trottoir
Himalayen”, s’est soulevé contre le gouvernement Népalais,
revendications séparatistes etc. ; La frontière Indienne de Birganj, la
principale, ainsi que les autres (sauf deux qui sont tellement
inatteignables que les fermer aurait été plus compliqué qu’autre chose)
sont fermées, et l’Inde a envoyé des renforts à sa frontière.
Des villages sont incendiés, grèves générales et meurtres sont le lot quotidien.
“Après” les rebels maoïstes, le gouvernement népalais doit faire face
à une autre menace qu’il ne sera pas en mesure, si elle s’aggrave, de
contenir seul ; déjà des alliances se forment entre les régions du
pays et un dénouement, quel qu’il soit, n’est pas à attendre avant un
certain temps.
Cette parenthèse trouve sa place ici car le Népal dépend exclusivement
de l’Inde pour son approvisionnement en pétrole.
Depuis la fermeture de la frontière, les grèves générales bloquent
tout le Sud du pays et le pétrole ne parvient à Katmandu et ailleurs
qu’au compte gouttes.
Les stations service mettent la clef sous la pompe ou sont
archi-bondées lorsqu’elles reçoivent un camion de fuel, et leurs
stocks sont épuisés en quelques heures à peine.
Il est donc pratiquement impossible de trouver de l’essence entre 17h
et 15h le lendemain.

Parti à 7h, de nuit, avec mon petit litre au fond de mon réservoir, je
prie pour qu’une station service soit ouverte et qu’elle accepte de me
donner suffisamment d’essence pour que je puisse rejoindre Katmandu a
200km, soit 6L.
Rien sur 30km, puis une bonne âme me dépanne de 2L, qui me permettent
d’atteindre Damauli, à 50km de Pokhara, où m’assure-t-elle, je pourrai
faire le plein.
A Damauli je fais le plein à une pompe manuelle, l’électricité ne
marche pas encore à cette heure-ci, et file vers Katmandu.
Une purée de pois m’accompagne jusqu’à 50km de Katmandu, qui ne
m’empêche pas de pousser ma moto à 95 (sur routes sinueuses, le long de ravins sans fond, un pur régal), évitant ainsi le gros du trafic.
Le soleil perce à peine à travers le brouillard qui me glace le sang,
lumière d’éclipse.
Je file sur la route des gorges, vertigineux serpent de goudron au
dessus du vide, grimpe 100m et arrive dans Katmandu à 10h30, heure de
pointe.
Essence, école, boulot, un chaos infernal, je jette ma moto, épuisé,
devant l’hôtel où tous sont soulagés de me voir arriver, JB leur ayant
dit que je devais arriver hier soir.

Un repos et un repas bien mérités, nous allons ensuite dans des
agences de voyages, notre sortie d’Inde est fixée, nous prenons un Calcutta-Bangkok le 15 février au matin, aurons ainsi du temps pour nous reposer avant la rentrée.
Le Laos, qui était à notre programme initial, a sauté faute de temps,
nous le verrons à moto en mai prochain.

Pokhara

03
fév
07

Katmandu

Notre hôtel, le Discovery Inn est situe au fond d’un petit labyrinthe
de ruelles de Thamel, quartier animé de Katmandu.
Chambre spartiate mais confortable, nous dormons dans un lit (!), ayant
la sensation d’avoir passé des jours en voiture.
Breakfast en terrasse au soleil, il fait un peu froid le matin jusqu’à
dix heures, mais dans la journée le thermomètre est toujours au
dessus de 15-20 degrés, chaleur torride pour nous, et nous voyons le
soleil pour le première fois depuis Saigon !

26.01.2007, Durbar Square, Diwa et son frère

Durbar Square est le centre historique et culturel de Katmandu, datant en grande partie du XVIème siècle, où se trouvent le vieux palais royal, plus récent, de style Victorien, et un grand nombre de temples hindous et bouddhistes de toutes tailles.
A peine avons nous fait quelques pas, qu’un indien gujarati nous parle
en français, veut des monnaies étrangères pour sa collection ; nous
n’avons d’étrangère que la monnaie de notre pays d’adoption, le dong
vietnamien, il n’en a jamais vu, nous lui en donnons et partons.
Il nous suit de loin et finit par nous parler plus longtemps, il parle
bien français, encore mieux anglais, un peu italien aussi, il nous
fait visiter Durbar Square en profondeur, temple par temple, statues
par statues, anecdotes par anecdotes, nous qui ne connaissons pas
grand chose à la religion hindoue, nous apprenons les bases des bases
que nous avons déjà du mal à retenir.
Il y a plusieurs “Durbar Square” au Népal, dans quatre villes, sur le même schéma, mais celui de Katmandu est le plus important.
La déesse vivante Kumari, incarnation temporaire de Khali, y réside ;
Elle ne quitte jamais son temple depuis l’âge de 4 ans, moment de sa désignation par les membres d’une assemblée (réunie dans une grande pièce, la petite fille est déposée au centre, et si elle ne pleure pas, elle est désignée Kumari pour dix ans) Elle y vit avec toute sa famille et, une fois ses quatorze ans atteints, elle perd le statut de déesse vivante et va habiter dans une autre maison avec sa famille ; il lui est interdit de se marier car elle est supposée porter malheur à son mari et lui causer la mort pendant la première nuit du mariage. On ne se marie pas avec une déesse.
Chaque année en été, pendant un festival, Kumari est sortie de son temple, sur un char millénaire, elle est présentée à la foule immense rassemblée dans Durbar Square, elle rencontre alors la famille royale et autres personnalités du pays.

Notre guide s’appelle Diwa, il a une vingtaine d’années, son
frère en a dix sept, ils se proposent de nous emmener demain au
Temple des Singes (Swayambunath), sur une colline dominant Katmandu.
Retour dans Thamel, les terrasses des restaurants, pubs et cafés, sur
les toits des immeubles, au milieu d’un enchevêtrement de fils
électriques et d’enseignes, regorgent de monde, des musiciens,
chanteurs, groupes reprennent quelques morceaux occidentaux, d’autres
jouent des airs doux, reposant ; les magasins de toutes sortes sont
ouverts, DVD et CD, cartes de randonnée, bookshops, boulangeries,
épiceries, salons de massage, cafés planqués, cyber cafés, magasins de
vêtements plus ou moins traditionnels mais toujours
attrape-touristes, échoppes de souvenirs, statuettes, masques, objets
tibétains, etc.
Les rues sont des ruelles, étroites et en pente, les voitures, les
motos et les cyclo y bousculent les piétons qui sont forcés de raser
les murs ou de se faire attraper par un rétroviseur.
Le soir comme la journée, des rabatteurs vous proposent un hôtel, un
massage, quelque chose à fumer, pendant que les divers magasins se
livrent une guerre du son.
A Katmandu comme ailleurs, on mange de tout, Népalais, Indien,
Tibétain, Chinois, Italien, Français, Russe, Fast food etc.

27.01.2007, Swayambunath et environs de Katmandu

Départ a 9h de l’hôtel, nous marchons avec Diwa et son frère vers le
temple des singes, Swayambunath, en haut d’une bute.
Nous grimpons les marches au milieu des singes qui jouent, dorment,
s’épouillent ou se courent après.
Au Népal, que ce soit à Durbar Square à Katmandu ou dans les autres
régions du pays, les religions hindouisme (majoritaire) et bouddhisme
sont toujours ensembles, les sanctuaires hindouiste abritent toujours un
temple bouddhiste, et les sanctuaires bouddhistes ne sont jamais très
loin d’un temple hindouiste.
Dans chacune de ces religions on retrouve des allusions à l’autre, des
associations, le temple des singes en est un bel exemple.
Accueilli aux pieds de la bute par deux grands buddha assis, un moulin
a prière géant que les hindous, aussi bien que les bouddhistes, font
tourner, des oriflammes dans les arbres, l’harmonie est remarquable.
le temple des singes, en haut de la colline, abrite un important
sanctuaire dédié à Shiva, à coté duquel se trouve un temple bouddhiste
; les bâtiments qui ne sont pas des temples proprement dit, servent
aux fidèles de l’une ou l’autre religion, comme salles de fêtes, ou
pour toute autre cérémonie.
Les hindous et les bouddhistes se bousculent sur l’esplanade, en haut
de la colline, les uns priant en s’allongeant, les autres en tournant
autour d’un temple, l’encens fume et les prières se
confondent en un doux marmonnement.

De Swayambunath, on a vue sur tout Katmandu, sur l’esplanade se
trouve aussi un Stupa (coupole blanche ou doré surmontée d’une colonne dorée et décorée de l’œil de Buddha et du Ek, chiffre “un” népalais et symbole d’unité et
d’éternité ; elle est visible par tous et partout dans la ville, des
oriflammes partent de son sommet et descendent se perdre aux quatre
coins de l’esplanade.
Des rapaces tournoient dans le ciel bleu, des singes contemplent la
vue, au loin un terrain de foot relativement vert, des bidonvilles,
des rivières de détritus, des rues encombrées, Thamel, Durbar Square.
Katmandu est une ville multiple, un bouillon de cultures et de
religions, avec un élément fédérateur : la marijuana.
Diwa nous montre de grands champs verts en pleine banlieue de
Katmandu ainsi que sur les flancs des collines environnantes, cinq
mois de riz, trois mois de jachères, et quatre mois de marijuana.
Ainsi, en plein cœur de la capitale Népalaise, sont récoltées chaque
année des tonnes d’herbe.

Au Népal tout le monde fume, les népalais encore plus que les
touristes, les guides de montagne, les vendeurs des rues, les
chauffeurs, personne n’y échappe.
Personne ne dit rien, le gouvernement a bien trop de problèmes pour se
lancer dans une répression effrénée, les maoïstes, les séparatistes
dans le Terai, la pauvreté, sont des priorités évidentes, et les
militaires et policiers ne fument sûrement pas des cigarettes, le
soir, quand ils rentrent à la caserne.
A chaque coin de rue, un groupe de militaires uniformisés de gris et
de bleu ciel, avec un air de milice serbe, casquette à la cubaine,
bleue ciel, vissée sur le crâne, fusil dans le dos ou pendant
nonchalamment au bout d’un bras fatigue, une longue matraque en bois
dans l’autre main, ils mâchent leur chewin gum, regardent passer les
touristes et embêtent les petits vendeurs.
Couvre feu pour tous les népalais à minuit.

Revenons à Swayambunath ;
Nous descendons de la colline par son versant opposé, un petit col nous
emmène dans un sanctuaire bouddhiste où se trouve également un “camp
tibétain” comme ils appellent les hameaux qu’ont construit les
tibétains réfugiés au Népal.
Un orphelinat-école, dans la cour duquel des petits enfants en habits
rouges et oranges jouent ; à l’extérieur quelques temples hindous de
petite taille, nous descendons de cette seconde colline, arrivons dans
une banlieue de Katmandu, grimpons sur une troisième colline en haut de
laquelle se trouvait, il y a quelques années, le principal bastion
maoïste de la ville, et qu’occupe aujourd’hui un pensionnat
bouddhiste.
La montée est raide, ruelles et marches font place à une abondante
végétation et à un ruisseau asséché qui sert de sentier.
Nous arrivons au sommet, un îlot de calme et de sérénité, quelques
poules, un bâtiment flambant neuf abrite le pensionnat, les enfants
jouent au foot en robe rouge et orange, un bouddha de pierre est assis
au centre de la cour, regardant la ville s’agiter en contrebas.
De la musique occidentale ou occidentalisée sort des chambres, ils
nous regardent passer, nous redescendons de l’autre cote.
Un poste de surveillance de l’armée sur un replat, on se croirait dans
les montagnes des Balkans (où je n’ai jamais été), un mirador, des
sacs de sable, des militaires qui tournent en rond, en bas la vallée.
Nous dégringolons un agreste petit sentier, arrivons dans un village
tibétain, buvons une chang, bière de riz pas immonde mais pas
transcendante, du whisky de riz qui a plutôt le goût de white spirit
au bonbon chimique, et mangeons de la viande qui sèche depuis des
jours accrochée au plafond, mélangée avec du riz séché et des baies
croquantes.
Ce n’était pas mauvais sur le moment, mais il m’a fallu deux jours
pour guérir et digérer autant que faire se peut ce délicat repas.
Nous rentrons ensuite à pied à Katmandu, vers 18h.

28.01.2007, Pashupatinat

Diwa et son frère terminent de nous faire visiter Katmandu et nous
emmènent à Pashupatinat, temple à la périphérie de la ville, dédié a
Shiva, qui sert principalement à la crémation des corps.
Dans Katmandu, il y a moins d’une dizaine de temples comme celui-ci
servant à la crémation ; Pashupatinat est le plus important.
Des temples de part et d’autre d’un fleuve (affluent du Gange) aux berges aménagées,
voient défiler des hindous venus du monde entier, des Sâdhu (saints hommes, coiffure de rasta, turban, fleurs et maquillage) venus d’Inde en nombre prier Shiva, des familles de défunts, des fidèles, des singes par centaines et des visiteurs.
Des marches descendent dans l’eau, sur lesquelles, au bord du fleuve,
tous les dix mètres environ, une replat sur lequel on dresse le bûcher
et brûle les corps, allongés dans un linge blanc, parés de fleurs et
recouverts de quelques morceaux de bois.
Les hommes de la famille (les femmes ne peuvent assister à la crémation) assistent à la crémation depuis un pont qui enjambe le fleuve, la véritable cérémonie familiale a lieu plus tard, ailleurs.
Au centre du temple, un pont enjambe le fleuve, marquant la séparation entre, d’un coté les crémations des défunts pauvres, de l’autre celles des plus riches.
Cette crémation publique est un peu choquante au premier abord pour
nos esprits occidentaux, puis on s’y fait, un peu.
Une fois le corps calciné, les cendres sont balayées à l’eau avec le
reste des braises, et la pierre sur laquelle prenait place le bûcher
est nettoyée avec du lait.
Des enfants viennent ensuite fouiller le lit du fleuve, à la recherche
des bijoux que portait le défunt, qui est brûlé tel qu’il était au
moment de sa mort, c’est a dire avec les bijoux qu’il portait
éventuellement, puis les singes viennent lécher le lait qui reste sur
la pierre.
Rien n’est perdu, tout reprend une place dans le cours des choses.
Des singes, cinq cent à Pashupatinat, bien plus qu’à Swayambunath, envahissent subitement les berges du fleuves, surgissant de la
forêt et descendent les marches en sautillant, s’accrochant aux
moindres aspérités, vont boire le lait, l’eau du fleuve, prendre les
offrandes qui viennent d’être faites dans les temples, se perchent sur
les toits et poussent des cris stridents ; on se croirait dans un
Indiana Jones.
Nous redescendons de l’autre coté du temple, des escaliers à flancs de
colline qu’accompagnent des moulins à prières bouddhistes, nous
rentrons à Thamel, quittons Diwa et son frère, louons des motos et
nous apprêtons à partir demain pour Pokhara, à 200km à l’ouest de
Katmandu, aux pieds de l’Annapurna.

29
jan
07

Lhassa-Katmandu

The Friendship Highway

Nous ne dormons pas, préparons nos sacs et profitons de la télé en attendant l’heure du départ, 4h00AM devant notre Banakshul Hotel.
4h : rien, nous attendons dans le froid la venue de notre jeep.
Lhassa est déserte, les rues sont silencieuses, quelques taxis passent à toute vitesse, sorties de boite ; 4h30 : elle arrive, nous quittons Lhassa.
Nous avons rencontré le chauffeur quelques jours auparavant, il a dégotté trois autres passagers, prix divise en 5 donc, moins cher que le bus et bien plus confortable.
Nous parcourons les rues de Lhassa, récupérons nos compagnes de voyage et quittons la ville.
Notre chauffeur est un tibetain-nepalais, drôle, bon pilote et parle un peu anglais ; siège passager, un népalais frontalier qui rejoint son pays, rit beaucoup et fort.
Banquette arrière, deux tibétaines de Lhassa, entre 20 et 30 ans, prient devant le Potala avant le départ, puis passent leur temps à manger, dorment parfois, rient aux éclats quand le comique népalais se laisse aller à quelque plaisanterie avec le chauffeur, elles prennent beaucoup de place et veulent qu’on les emmène en France.
Elles s’empiffrent d’herbe recrachée par les yaks, séchée, de fruits secs, et de French Cookies, d’immondes petits biscuits secs, fourres d’une fine couche de vanille chimique.

850km environ séparent Lhassa de Katmandu, nous partons à 5h, il fait nuit, les silhouettes des montagnes déchirent l’horizon, il fait un froid glacial, des caravanes de yaks harnachés remontent la route vers Lhassa.
La route est très bonne, du moins jusqu’à New Tingri.
Nous sommes à 8h à Shigatse, 3900m, 10h à Lhatse, 4050m, nous arrêtons déjeuner à Tingri, à 100km au Sud de Lhatse, il est midi.
La route serpente sur les hauts plateaux, et plus on va au Sud, plus les montagnes l’enserrent.
Les paysages sont sublimes, le sol aride ne laisse rien pousser, sauf de la tourbe le long de quelques cours d’eau à moitie gelés ; des hameaux de maisons en forme de U, des drapeaux à prières accrochés à des tiges de bois, à la verticale, claquent dans le vent sur les toits, des ânes ou des petits chevaux tirent vaillamment des charrettes transportant famille et provisions, les grelots dont ils sont parés rythment leur pas et habitent le paysage lunaire.
Des vaches en liberté traversent la route, des chiens dorment en plein milieu de cette même route, et se lèvent à peine pour laisser passer les énormes camions ou les gros 4×4 qui surgissent dans un nuage de poussière.
Nous passons encore un check point chinois, contrôle des passeports, sur les nôtres ils ne jettent qu’un rapide coup d’œil au visa, ne notent rien, et retournent jouer au basket dans la cour de leur caserne isolée.
Après Tingri, la route devient une piste, de sable et de cailloux, et s’engouffre dans les vallées encaissées de l’Himalaya.
L’air est plus doux, les ruisseaux coulent au milieu de quelques blocs de glace, les gens sont moins chaudement vêtus.
Au loin apparaît le Sagarmatha, ou Everest, 8850m, nous montons, voyant les blanches cimes déchirées prendre la place qui leur est due à l’horizon, et atteignons le Lalung La, 5050m.
Nous nous arrêtons, un grand portique de drapeaux à prières enjambe la route, des offrandes des voyageurs, aux esprits des montagnes, à notre gauche L’Everest, à notre droite le Xixabangma, 8012m, et d’autres innombrables cimes vertes ou blanches, parfois bleues et de glace, nous devons nous faufiler à travers ces géants pour arriver à Katmandu, à 1800m, de l’autre cote de l’Himalaya.
Au Lalung La, nous croisons une famille de tibétains, voyageant sur leurs chevaux et charrettes, ils sont curieux, regardent à travers les vitres du 4×4 en posant sur les vitres leurs mains engourdies par le froid, pour mieux voir ce que contient ce gros véhicule.
Des chorten par milliers, des écharpes en soie blanches et jaunes qui volent au vent, des cornes de yaks, et toutes sortes d’objets sont là, surplombant les hauts plateaux tibétains et toisant les monts Himalayens.
Nous descendons à présent, en hors piste, puis sur une piste de cailloux saillants et de sable, parfois de glace, au pied de falaises abruptes, ou au bord de ravins sans fond, nous passons dans des gorges, éboulements, plaques de verglas, petits ponts, au loin les montagnes n’en finissent pas, cette traversée de l’Himalaya est interminable, depuis Tingri la route est une piste, nous sommes secoués comme des Orangina, et nous ne cessons de descendre depuis Lalung La, coups de frein, de volant, glissade etc., nos voisines mangent, le népalais rit, nous n’en voyons pas le bout.
Nous passons le dernier check point chinois, au fond d’une gorge, et arrivons à 18h a Zhongmu, dernière ville chinoise.
Un nombre incalculable de TATA trucks, camions bariolés, stationnent à Zhongmu, qui n’a pas été conçue pour ça, une seule et étroite route traverse le village, les camions s’y entassent, bloquent le trafic et y passent la nuit ou plus, je ne sais pas pourquoi, étant donné qu’il leur est strictement impossible d’aller plus haut, la piste qui continue en Chine est totalement impraticable pour eux…
Après ces 13h de route, notre chauffeur nous dit qu’il est impossible de passer la frontière népalaise à cette heure-ci, elle est fermée, il nous faut dormir à Zhongmu. Hors de question, nous passons la douane chinoise, quasiment inexistante, une vraie passoire avec les incessants va et viens des frontaliers.
Nous sautons dans un taxi chinois, qui nous dépose 10km plus loin, à la frontière népalaise, enfin.

Entrée au Népal et arrivée à Katmandu

25.01.2007, 18h30, nous sommes à l’entrée d’un pont, au fond d’une vallée brumeuse, que Zhongmu surplombe comme un fort.
Une foule immense est agglutinée sur le pont, des vieilles femmes portant de lourds ballots, des enfants en pleurs, un brouhaha auquel les douaniers népalais ajoutent injures et coups.
Tous ces gens veulent rentrer au Népal, ils y habitent peut-être et sont arrives trop tard, après la fermeture des grilles.
Les grilles du Népal sont fermées, les militaires en uniformes camoufle montagne, bleu ciel et gris, repoussent la foule, nous voient, Welcome in Nepal, come come, nous entrons.
Nous voila à Kodari, ville frontière népalaise, à 1683m, très pauvre, à moitie peuplée d’enfants, nous pénétrons dans un bâtiment délabré, la douane.
Deux militaires et quelques civils discutent derrière le comptoir, nous faisons nos visas, Welcome in Nepal.
Une voiture nous emmène à Katmandu, à 130km au Sud Ouest de Kodari.
Une toyota sans âge, dont le créateur japonais a même du oublier l’existence passée, complètement rouillée, grinçante nous conduit sur une piste plus que défoncée, trous béants, fosses, torrents sur la route, nous traversons Ghumthang, Barabhise, Delalghat, Bhaktapur.
La piste traverse des récentes zones de guérilla, des check point partout, des barrages de l’armée et des policiers, des miradors et des sacs de sable au bord de la route à flanc de montagne, dans les hameaux, des peintures rouges, marteau et faucille, revolvers en croix, un fief des maoïstes.
Les gens y sont très pauvres, les enfants vivent dans la rue, jouent au bord de la route, font les corvées de linge dans le caniveau, les visages sont fermés, méfiants, la région est peu fréquentée et peu habitée.
Les amortisseurs de la voiture ont été vendus il y a bien longtemps, et le plafond commence à avoir la forme du haut de mon crane.
Des montagnes vertigineuses, presque à 90 degrés, cachent le soleil, des maisons de pierre ou de branches s’y accrochent, parfois tombent avec une coulée de boue ou un éboulement.
Nous croisons de lourds camions qui s’en vont vers Kodari et Zhongmu, la route est éreintante, nous devenons allergiques à la voiture.
Partis a 19h de Kodari, nous arrivons a 22h a Katmandu, dans la frénésie et l’agitation d’une grande ville, Thamel, centre ville, sera notre point de chute ; Après ces 1000km et 17h de voiture en une journée, nous nous affalons dans notre chambre puis allons dîner.

Lhassa-Katmandou
23
jan
07

Lanzhou-Lhassa

Le train du toit du Monde, flambant neuf, une épaisse moquette au sol, de larges vitres, des toilettes propres, de beaux espaces fumeurs, aucun bruit de l’extérieur, des arrivées d’oxygène au dessus de chaque couchette et chaque siège, des bonbonnes attendent, dans le couloir, le moment où, à plus de 5000m d’altitude, certains se sentiront mal.
Des jauges de pression, le doux bruit de la pressurisation, des thermos de thé dans chaque compartiment, de 6 couchettes, nous sommes seuls dans le notre, jouons aux cartes en bas, dormons en haut, et mangeons au milieu.
De colores tibétains, entre 3 et 70 ans évoluent dans les couloirs, s’attardent devant notre compartiment, rient.

Nous nous disions, dans le Chengdu-Lanzhou, que plus on file Nord, moins les chinois sont ouverts et sympathiques, de plus en plus méfiants et distants vis-à-vis des étrangers (“Hallo” en chinois).
Une fois arrivés à Lanzhou, notre observation s’est révélée fausse, les gens y sont plus simples donc plus naturels, contrairement aux chinois des grandes villes qui, se savant chinois, méprisent, pour la plupart, le reste du monde, surtout quand celui-ci vient chez lui.

Dans le train, les enfants tibétains aux joues rougies par le froid, au teint bruni par le soleil, sont curieux, au début craintifs, de voir pour la première fois un grand blanc barbu, puis un sourire, un Ni hao ! et quelques phrases les dérident, ils vous regardent alors avec des yeux brillants, ébahis, et un large sourire illumine leur visage.
Au wagon bar, très confortable, des banquettes bien rembourrées, nappes, fleurs, et statuette de cerf immonde, un militaire et ses collègues nous offrent alcool tibétain et cigarettes. nous achetons une bouteille de vin Grande Muraille (…) et jouons aux cartes ; les chinois, les plus grands joueurs au Monde, regardent, sourient, ou vous observent de loin.
Dans chaque wagon, une pancarte électrique défilante indique l’altitude du train la température extérieure, les arrêts, etc.
Nous ne sommes jamais en dessous de 2500m, et la température chute avec les kilomètres.

Les wagons non-couchettes, les sièges, ont été investis par les familles tibétaines, vêtements bariolés, coiffes, le teint buriné, les femmes et les enfants, pas encore aussi bronzés que leur mari et père, affichent de bonnes joues d’un rouge vif.
Certains ont les cheveux si longs et si noirs qu’on se croirait en face d’un rastafari, des bébés sont lovés, dans leur emmitouflage de couleur, sur le sein de leur mère, qui regarde défiler, avec un air triste, le paysage.
D’autres sont allongés parterre, sur des journaux ; Ils semblent perdus, dans un train chinois, moderne, qui traverse leurs immenses plateaux, et sont émouvants.

Nous passons dans les wagons, leurs yeux s’ouvrent, aussi grand que possible, de timides “hello”, de larges sourires, des yeux brillants, jeunes ou vieux, des rires et de profondes rides, nous avons quitté la Chine, leurs attitudes, leurs regards, vous réconfortent, vous changent de l’indifférence ou du mépris chinois.

Ces visages, ces couleurs, ces attitudes, c’est le Tibet de David Néel, de Harrer, on a l’impression de redécouvrir le peuple perdu, légendaire, que certains ont connu jadis.
Heureux redécouvreur de cette Atlantide Himalayenne, je relis en pensée ces auteurs, je me rappelle les sourires, les visages, les regards tendres et curieux, de gens simples qui vous ramènent à la vie.
Nous sommes à 3688m, il fait -20 dehors, 01hAM, nous nous endormons.

19 janvier, le soleil se lève derrière les montagnes, un ciel bleu céruléen, aucun nuage, l’immensité des plateaux tibétains nous apparaît ; au loin, des chaînes de montagnes sous la neige.
Le soleil brille maintenant, on a l’impression de traverser un océan asséché, que parcourent sous nos yeux, quelques camions lourdement chargés, et où paissent des espèces d’antilopes, par groupes de trois ou quatre, elles s’arrêtent au passage du train, lèvent la tète, apeurées, regardent autour d’elles avec de grands yeux, aucun danger, elles replongent leur museau dans le sol gelé.
Les chinois n’ont pas négligé ces espèces sauvages qui vivaient avant eux et avant les tibétains sur ces plateaux : des passages pour animaux ont été aménagés, en nombre, et le train emprunte souvent des ponts, ainsi la faune des hauts plateaux peut évoluer librement.

Aucune trace de vie humaine sur ces hauteurs, nous sommes a présent a 4500m, toujours -20 au plus chaud de la journée, malgré cela, de temps en temps, un ensemble de maisons, 3 ou 4 à la fois, de terre et de briques, au milieu de nulle part, isolé de tout, atteste de la témérité des tibétains.
D’audacieux cours d’eau ont été rattrapés par le les rigueurs de l’hiver, et sont figés, parfois sur des surfaces considérables, attendant patiemment un redoux, quand le thermomètre voudra bien passer au dessus de zéro, pour poursuivre leur course vers les océans.

Dans le train, la pression a été ajustée, impossible de se rendre compte que nous sommes à plus de 4500m, nous déambulons en caleçon dans les couloirs, croisant d’imposant chinois en épais collants de laine moulants ; les portes et les vitres sont recouvertes de glace, de givre, des artistes en neige ont dessiné sur ce givre, des fleurs, des animaux.
Nous avons traverse un pont de 12km de long, nous attendons à passer des cols à plus de 5000m, des tunnels sans fin, avant d’arriver à Lhassa, longeant le lac dans lequel se reflète le majestueux Potala.

14h30 le 19/01, notre train stoppe, nous sommes à Tunggla, à 5078m d’altitude, le paysage est le même qu’auparavant, des étendues sans fin, que tentent d’encercler quelques sommets à pic.
il fait seulement -7 dehors, Tunggla est symbolique à deux titres : c’est le passage le plus haut de la voie, et du Monde ferroviaire, c’est aussi la porte d’entrée du Tibet, nous étions jusque là dans le Qinghai dont la capitale est Lanzhou.

Ils ont construit une gare à Tunggla, démesurément grande, compte tenu du fait que personne n’y descend, un quai au dallage impeccable, deux 4×4 gares à cote de la gare, quelques bus remplis de tibétains emmitouflés tracent la route, une voiture ordinaire, chose peu ordinaire dans la région, file, laissant derrière elle un long panache de poussière.
Le soleil brille, les nuages ont fait leur apparition, quelques bourrasques de vent emportent, ca et là, leur lot de sable gris.
Des troupeaux composés pour moitié de yaks et pour moitié de moutons, paissent paisiblement, sous l’œil attentif de leur humain et de quelques gros chiens.
Des chevaux sauvages se promènent par petits groupes, dans la steppe, des yaks sauvages constellent les vastes étendues de taches noires, blanches, et noires et blanches.
Nous passons à Nagqu, (prononcer « natchi »), au bord d’un immense lac entièrement gelé, sur lequel on distingue des traces de roues.
Nous sortons prendre l’air en gare de Nagqu, il doit faire -10, le soleil réchauffe ce qu’il peut ; à 4500m il nous faut inspirer deux fois plus que plus bas, l’air pénètre au fin fond de nos poumons, une photo et nous remontons en voiture.
Nous croisons un imposant moine, en habit orange traditionnel, qui se promène dans les couloirs en compagnie d’un tibétain aux allures de cow-boy, cheveux longs, teint mat, yeux perçants, nous fait penser à Joe l’Indien.
Notre arrivée a Lhassa est prévue à 22h aujourd’hui 19/01, après 32h de train.

Lanzhou-Lhassa
23
jan
07

Lanzhou

Arrivés vers 13h, nous descendons de notre train, les autres voies, visiblement, avaient été arrosées d’eau, et une épaisse couche de glace les rendait inutilisables.
Les caniveaux, les pieds des arbres, les crachas, les boissons exposées à l’extérieur, tout liquide était gelé, une épaisse fumée sortait de nos bouches, il faisait moins quinze.
Ayant pris du retard à Chengdu, nous n’avions qu’une hâte, gagner Lhassa au plus vite ; nous demandons alors à la gare, juste après notre descente de train, s’il y avait un train pour Lhassa le jour même.
Détail très chinois, les guiches de la gare sont équipés d’ordinateurs dernier cri, tout ce qu’il y a de plus moderne, mais les guichetières ont à coté de leur écran plat, chacune un boulier, avec lequel elles calculent le prix du billet, remboursements, etc.
Aucune guichetière ne parle autre chose que le chinois, la gare est peuplée de rustres paysans et montagnards, habillés de peaux et de couleurs, des visages souriants, curieux et étonnés.
C’est alors que deux jeunes chinoises nous proposent leur aide, nous prennent par le bras, elles parlent un anglais remarquable, pour des chinoises, et qui plus est à Lanzhou.
Elles traduisent pour nous ce que dit la guichetière, qui a du être surveillante de prison dans une autre vie, nous achetons nos billets, notre train pour Lhassa part ce jour même a 16h45.
Que veut-on faire ? Manger quelque chose.
Elles nous emmènent dans un restaurant qui se veut branché, nous nous bâfrons tous les quatre.
L’une d’elles est étudiante à Lanzhou, l’autre dans la région de Kunming, elles sont en vacances ici, à Lanzhou.
Une veste recouverte de peau pour l’une, un déguisement de chanteuse de RnB pour l’autre, elles parlent beaucoup, rient, posent des questions, nous sommes les premiers étrangers qu’elles voient de leur vie, et sont très heureuses de pouvoir parler anglais en dehors de leurs cours à la fac.
Apres un copieux déjeuner et quelques photos, nous repartons à la gare prendre notre train.
Il est 16h30, elles nous laissent, toutes tristes, nous font de grands signes sur la place de la gare. Si vous revenez à Lanzhou…!

Lanzhou
23
jan
07

Chengdu-Lanzhou

Notre train est à moitie vide, aucun occidental dans les parages, pour le coup Lanzhou est un vrai bout du monde.
Nous traversons des plaines, les dernières plaines à l’ouest de la Chine, que bordent de hautes montagnes.
Traversons cultures en terrasses, petits villages réduits à quelques maisons, enchaînons les tunnels ; des couchettes dans un compartiment, à quatre, un classique.
Un tibétain high-tech passe son temps à téléphoner, tousser et manger des oranges… Un autre dévore un grand classique de la littérature chinoise : Warcraft.
Nous passons au wagon restaurant, dînons, tapons le carton, une grosse chinoise qui tient davantage du yak que des Ming règne sur son wagon , crie, nous hurle de mettre des chaussures. Nous retournons dormir.
Lendemain, 18/01, nous voila traversant des plaines enneigées, de hautes collines de terre, une centrale nucléaire, des villages de briques, les paysages sont rouges, maisons, collines, habitats troglodytiques, carrières, pourtant pas une âme qui vive, sauf quelques chinois résistants au froid, qui battent la campagne à vélo.
De larges ponts de béton enjambent des rivières, gelées, le sol dur comme de la pierre, rien ne pousse, ce n’est même pas chose envisageable ici ; on y vit, il ne pas trop en demander.
Nous arrivons dans cette ambiance de toundra, à Lanzhou, entourée de déserts et de montagnes, vers 13h, le 18/01.

Chengdu-Lanzhou
22
jan
07

Chengdu

Partis d’Emeishan, nous arrivons à Chengdu, après quatre heures de bus.
Cherchons un hôtel, allons au Mix Hostel, hôtel de pseudo-routards, des gros ricains qui, le temps de quelques semaines, jouent aux voyageur désargentés, ne sortent de l’hôtel ultra américanisé, que pour se joindre à un groupe de leurs semblables, et s’aventurer au péril de leur vie, dans les lieux les plus touristiques de la région, là où ils sont sûrs de retrouver des occidentaux, des fast food, et des gens parlant anglais…
Fort heureusement, il n’ y a plus de place pour nous dans cet hôtel, et nous atterrissons dans l’hôtel de la banque de chine, China Bank Tibet Branch.
Cet hôtel est vide, tout à fait confortable, bien équipé, et nous payons le prix d’une simple guesthouse.
Nous retournons au Mix, ou ils font faire les TTP, Tibetan Tourist Permit.
Les nôtres seront prêts dans deux jours ouvrables, soit dans trois jours.
Nous allons dîner, chez Pizza Hut (…) car nous mourrons de faim ; Chengdu au second abord, comme beaucoup de villes, est bien plus agréable.
Le centre ville est un immense complexe de hautes tours, des néons, des publicités, des grands panneaux lumineux, de la musique à tue-tête, des écrans géants ; enfin, la Chine consumériste, le paradis des grandes marques qui s’y livrent une guerre sans merci, a coups de publicités, qui rivalisent d’imagination pour séduire les chinois.
Un jeu de lumières donne à la place un coté disney land, nous mangeons nos pizzas, passables.

Le lendemain et les jours suivants, nous occupons nos journées en visitant la ville, des canaux, des petits parcs, de gigantesques “plazzas”, New Century computer plazza, et autres magasins surdimensionnés, uniquement consacrés à l’informatique, DVD, MP3, caméras, photo etc.
Ils sont une bonne dizaine, tous plus hauts et plus grands les uns que les autres, situés dans la “computer street” les gens viennent y dépenser leurs économies, avec à la fin de la journée, le sentiment, semble-t-il, du devoir accompli.
Nous achetons un important stock de DVD, de quoi les lire sur notre TV a l’hôtel, et rentrons.
Dans ces grands “mall”, il existe autant de stands légaux avec pignon sur rue, que de stands illégaux, arrières salles, combles, caves, clandestines, où les gens font leur propre business, en marge du magasin.
Ainsi, nous prîmes l’ascenseur, une cage de verre, montâmes les étages avec vue sur les rayons, nous arrivâmes au septième, tout est vide, des petites pièces fermées mais vitrées servent de salle de repos aux vendeurs et agents de sécurité fatigués.
Puis une femme nous alpagua, marmonnant “dvd dvd…?” Oui.
Nous la suivîmes, dans un dédale de couloirs, elle nous ouvrit une porte et nous entrâmes dans une pièce, remplie de DVD, des films sans âge, des films encore inexistants, de toutes sortes, de tous genres…
Nous fîmes notre choix, à 50cts le DVD, et rentrâmes.
Un autre jour, dans un autre magasin, même scenario, une femme nous accueille dans son stand, qui regorge de DVD, en vente public, nous dit “wait wait !”, un homme arrive, nous le suivons dans les escaliers de service, univers de béton, arrivons dans les combles du magasin, des appartements, il nous ouvre, encore plus de films, la Fnac parait bien peu fournie à cote ! Nous choisissons, payons, partons, toujours en toute discrétion, les consignes du vendeur son strictes.

Nous avons parcouru Chengdu, à pied, en bus, en taxi, et si le centre est animé, les autres quartiers de la ville sont glauques, froids, tristes.
Les chinois conduisent comme des chèvres, que vous soyez piéton ou passager, vous ne vous sentez pas en sécurité ; non pas qu’ils soient des fous du volant, mais ils donnent l’impression de tout juste découvrir les voitures, et savent à peine les conduire, contrairement aux vietnamiens, qui sont passés maitres en la matière.
Chengdu est la ville des pandas, ils sont en liberté et en nombre dans les forets environnantes, et sont le symbole de la ville, sur les glissières de sécurité, les taxis, en statues, en sculptures immondes.
Chengdu est aussi une ville de banques, partout des Bank of China, China Construction Bank, China Everbright Bank, China Agriculturtal Bank, etc etc., toutes sur le même format, cube de béton, plus ou moins haut, toujours trop grands, vides, et aucun employé anglophone, aucune possibilité d’obtenir des renseignements sur les cartes de crédit, les taux etc…
Nous avons donc arpenté ses rues, ses boutiques, ses plazzas, ses surplus, ses restaurants, Chengdu est une grosse ville, capitale de la province la plus peuplée de Chine, le Sichuan ; Nous la quittons le 17 janvier à 14h45, notre permis tibétain en poche (nous avons du hausser le ton et presser quelques fonctionnaires aux horaires énigmatiques, pour l’avoir avant de sauter dans notre train).

Direction Lanzhou, aux portes du désert de Gobi, il y neigerait, et la température y serait de moins seize degrés.
Nous piquerons ensuite sur Lhassa et le Tibet.

Chengdu
13
jan
07

Emeishan

Le Mont Emei abrite un immense sanctuaire bouddhique, qui englobe toute la montagne, laquelle est parsemée de pagodes, de temples, habitée de moines, d’ermites et de singes.
Deux heures de bus nous conduisent a 2000m, sur une route enneigée, au milieu de sapins et forêt tropicale blanche, nous descendons, une espèce de station polaire nous accueille, il y fait un froid glacial, le sol est de glace et les bâtiments sont des bunkers.
Nous prenons une chambre dans un hôtel toutes portes ouvertes, avec autant de vitres immenses que s’il était situe sous les Tropiques ; nous posons nos sacs et partons à l’ascension du Mont Emei, des marches interminables, des paysages de jungle glacée, des pagodes ensevelies sous une épaisse couche de neige, des ravins sans fond devant lesquels un écriteau conseille : “Loving life, dont jump” ….
Nous montâmes près de 1000m et arrives au dernier tronçon, n’en pouvant plus, gelés, épuisés, nous nous apprêtâmes a prendre le téléphérique pour atteindre le sommet, 600m au dessus de nous.
Téléphérique hors service, les caissières ne veulent rien comprendre, nous ignorent superbement, nous horripilent. Il est 18h, la faim et le froid vont avoir raison de nous, le restaurant qui nous nargue refuse de nous servir, le chef a la cul visse dans son fauteuil, entouré de deux morues, nous partons.
Le cuistot nous poursuit, criant “okayy okkayy, come come !”. Mais le téléphérique semble remarcher, profitant de ce court instant, nous sautons dedans, évitant ainsi la descente sur des marches glacées, où la chute vous guette a chaque pas.
Nous croisâmes, à la montée, un ancêtre, un papy de 65 ans, couvert comme un oignon, de quinze couches, de pulls, gilets, peaux de bêtes, et coiffe d’une épaisse chapka que nous lui envions.
Un sourire lie ses deux oreilles, il nous sert du thé et des bières, une photo, et nous repartons, il reste seul, perche a 2500m, dans un silence lunaire, heureux.
Nous retournons a l’hôtel. Dînons.
Notre chambre a les fenêtres recouvertes de glace, la douche est un tuyau, des fils électriques dépassent de toutes parts, le chauffage ne marche pas.
Nous pestons, hurlons, le chauffage finit par marcher, un très léger souffle chaud qui mettra des heures a chauffer la pièce.
Nous réagençons la chambre, déplaçons les lits sous le climatiseur, branchons nos couvertures chauffantes, et au bout de quelques heures, réussissons à nous endormir, toutefois habillés de plusieurs couches de pulls.

Réveil à 10h, gelés, nous repartons pour le Mont Emei, espérant pouvoir atteindre le sommet depuis lequel, au dessus d’une mer de nuages, on a vue sur toute la vallée, et au loin, sur l’Himalaya.
Même ascension, mêmes paysages splendides, cette fois nous décidons de prendre le téléphérique depuis le bas, la montée de la veille a laisse des traces.
Téléphérique fermé, naturellement, nous entamons un siège devant les employés, râlons, hurlons, puis abandonnons. Nous redescendons à Emeishan, dans la vallée, retrouvons notre guesthouse chauffée, mangeons quelques hamburgers, pancakes et bières, et partons acheter des dvd dans le centre.
La vendeuse, du haut de ses 18 ans ne comprend rien, ni à l’anglais ni au film demande, nous donne un mauvais film, nous arnaque de 90 yuan (9 euros), alors que le prix d’un dvd en Chine est de 5yuan (50 centimes d’Euros).
Nous rentrons a l’hôtel, essayons le film, pas le bon, de rage nous allons la trouver, au bout d’une demi heure de palabres, de visites chez les voisins, elle consent à nous rembourser, nous lui rendons le film, en trouvons d’autres, et rentrons à l’hôtel les regarder.
Voila qu’arrive une cargaison de gros ricains bruyants, ils veulent regarder leur film , sont cinq, nous deux, ils entrent dans notre chambre, nous étions plantes devant notre film, ils insistent, nous cédons devant de tels ploucs, et nous couchons.
Demain 13/01, nous repartons pour Chengdu, y passer une nuit, prendre nos permis pour le Tibet, et tickets de train pour Lhassa, où nous devrions arriver avant le 20.

Emeishan
13
jan
07

Kunming-Chengdu-Emeishan

Départ a 18h20, des wagons couchettes, sans séparations, sans compartiments fermés, tout le long du wagon, plein de vie, de bruits, d’odeurs.
Des minorités rejoignent leurs villages perdus, armées de lecteurs mp3, d’appareils numériques, et dévorant des livres ; à coté des chinois de Chine, ils paraissent riches et cultivés.
La barrière de la langue est difficile à franchir, et nous empêche de jouer aux cartes avec les gens, de discuter etc., les chinois nous sont apparus méfiants et distants vis-à-vis des étrangers (la majorité de ceux que nous avons croisés).
Nos voisines de couchettes, de grosses mamas, ont une valise énorme, exclusivement remplie de nourriture, nouilles, fruits, et autres mets plus succulents les uns que les autres.
Elles parlent beaucoup, nous épient, nous parlent par gestes, et rient aux éclats, puis finissent par s’endormir, nous aussi.
Réveil vers 10h, dans l’habituelle odeur de nouilles (…) et arrivée a Chengdu vers 13h30.
La gare, ici aussi, est immense, on y mettrait sans peine deux gares Montparnasse ; l’ambiance est…chinoise : une foule immense se dirige vers la gare, des files d’attente interminables, dignes d’une séance de dédicaces de Johnny sur les Champs attends pour acheter des billets, un métro est en construction devant la gare, chantier pharaonique.
Nous nous extirpons de la masse et allons à la gare routière, prendre un bus pour Emeishan, station de montagne et sanctuaire bouddhique a 100km de Chengdu.
Évidemment personne, mais absolument personne ne parle un seul mot d’anglais, et nous répétons quinze fois le nom d’Emeishan, avec force mimes (la neige, le ski, la montagne).
Finalement, tout en nous enfilant une savoureuse galette frite fourrée de crème, nous nous faisons jeter dans un bus qui, nous pensons, nous emmène a Emeishan.
Nous traversons la ville, glauque, vivant dans une grisaille perpétuelle, un crachin froid, partout des bâtiments gris, informes, de larges avenues vides, des gens emmitouflés, des militaires aux visages peu avenants, un magasin carrefour, concessionnaire Citroën.
Notre bus s’arrête, a la sortie de la ville, nous dit de migrer dans un autre bus, qui attend en plein milieu de l’avenue, nous le prenons.
Petit, rafistolé, il fait une pause dans une autre gare routière, puis nous partons.
Notre chauffeur a des verres de 15cm d’épaisseur et conduit comme une chèvre, ambiance panier à salade.
Arrivons sur l’autoroute, elle a tout d’une autoroute française, trois voies, impeccable, fleurie (ou du moins plantée), mais elle est vide, quelques riches chinois y font exploser leur compteur de vitesse, et des passages cloutés accrochent l’œil…!
Trois heures plus tard, nous arrivons dans les montagnes, hautes collines, notre bus fait un arrêt, un passager descend, un quidam passe sa hure par la portière, nous voit et hurle “hey, heeyyy, come come !!”. Nous nous regardons, et y allons.
Il nous jette dans son minibus, et nous comprenons que la fille qui nous a renseignée a la gare routière de Chengdu a déclenché le processus “touristes” ; nous débarquions sans guide et sans un mot de chinois a Chengdu, capitale du Sichuan, et elle nous a glissés dans les rails du réseau, il nous emmène a la Teddy Bear guesthouse, à Emeishan, ou nous prenons une chambre, un copieux repas, dvd, internet.

13
jan
07

Kunming

9/01/07
6h30, arrivée a Kunming, gare routière au milieu de tours grises, il fait nuit noire, des cow boys du Yunnan accueillent un des leurs, leurs chapeaux vissés sur le crane et leurs moustaches peignées avec soin.
Nous prenons un café dans un restaurant de la gare routière, ou des chinois à la tête de tueurs à gages façon Hergé ou Hollywood, en imper noir, s’enfilent plats de nouilles avec appétit.
Il faut dire qu’il fait froid a Kunming, a 6h30 le thermomètre devait descendre bien au dessous de zéro.
Nous passons à la gare ferroviaire, prendre nos tickets pour Chengdu, encore plus au Nord ; le train part le jour même, a 18h30.
La gare est immense, un taureau doré, veau d’or, est en position de charge sur l’esplanade de la gare, cornes pointées vers le centre ville, en face d’une grande avenue bordée de gratte ciel.
Nous laissons nos sacs à la consigne de la gare, prenons un petit déjeuner dans une cantine cachée par une entrée cossue, riz tiède aux légumes froids et lait caillé, puis un bus pour le centre ville.

Nous nous endormons dans le bus et descendons en périphérie de la ville, errons dans un froid polaire, les caniveaux sont recouverts d’une couche de glace, nous grelottons et courrons nous réfugier dans un cyber café.
Les rues de Kunming sont désertes, la ville semble trop grande compte tenu de son “peu” d’habitants (avec ce que “peu d’habitants” implique en Chine…), les immeubles sont sales, gris, froids, les avenues trop larges, les gens tristes, fermés, des militaires veillent, leur imper kaki leur descend jusqu’aux chevilles, laissant apparaitre des baskets toutes neuves, ils portent leur képi à la chinoise, tombant sur les yeux pour masquer le regard, le visage glacial ; Bref, le communisme dans toute sa splendeur, sensation d’être en pleine guerre froide, nous sommes regardés, évités…
Puis avec le soleil, les visages et les esprits s’ouvrent, et des sourires apparaissent, chaleureux, sincères ; des gens aux tètes si différentes de ce que nous pouvons voir au Vietnam, Cambodge et ailleurs, car Kunming est la capitale du Yunnan, diverses minorités ethniques y cohabitent en parfaite harmonie, visages tannés par le soleil (que nous avons peu vu), visages illuminés, souriants, et aussi visages tristes, froids.
Nous prenons des forces et faisons un tour dans les rues, repassons à la gare, allons au cinéma (une grosse comédie assez décalée, pleine de références et plutôt nulle), et prenons notre train a 18h22, pour Chengdu.
A l’intérieur de la gare, un hall gigantesque, des centaines et des centaines de personnes font la queue devant les portes d’accès aux quais.
18h10, portes ouvertes, le flot s’engouffre entre les grilles, des chinois, des tibétains, des mongols, un Kurde (!), et deux français, tous en route pour Chengdu, carrefour de la Chine, d’ou partent les routes pour le Tibet, la Mongolie, et l’Asie centrale.

12
jan
07

Hekou-Kunming

Départ le 08/01/2007 a 19h de Hekou, en bus pour Kunming.
Notre bus est un bus-couchettes, aucune place assise si ce n’est celle du chauffeur, mais près de cinquante couchettes sur deux étages, avec couettes.
Nous partons a 19h, le bus se remplit pendant les premiers kilomètres, bientôt toutes les couchettes sont occupées, certains dînent, des plats de nouilles, des oranges qui coulent dans l’allée, des cigarettes qui enfument le bus, des pieds usés par le travail de la terre, des vêtements sales parfument légèrement le bus.
La route n’est en réalité qu’un chemin, de terre et de cailloux saillants, qui semble en pleine construction, au vu de son état lamentable, et du nombre incalculable d’ouvriers et d’engins de chantier qui peuplent le bord de la route.
Des sortes de mines géantes, à fleur de montagne, occupent le paysage.
Il nous est impossible de dormir, la couchette est à la taille asiatique, et je peux avec peine ne serait-ce que dormir genoux pliés ; les barres latérales qui empêchent de tomber dans l’allée sont froides et me scient les cotes, de l’autre cote, la fenêtre gelée laisse passer un courant d’air sous ma couette et mon pull.
Nos voisins ronflent joyeusement à se décrocher les amygdales, rotent, pètent et mangent le plus bruyamment possible (bienvenue en Chine…)
Le paysage défile, traversée de gorges a pic, contournement de ravins vertigineux, des chantiers routiers pharaoniques qui font passer le bus par le bas cote, dans l’herbe et la boue.
Puis vint le pont, une plaque de béton de 3m de large, sans barrières, que nous empruntâmes allègrement, croisant même un véhicule informe ; jetant un coup d’œil par ma fenêtre, je voyais la roue droite mordre dans le vide, et le chauffeur ne ralentit pas la cadence.
Des pierres gigantesques bordent la route, se seraient décrochées d’une simple pichenette, des éboulements tous frais nous font rouler sur des tas de terre, et des tas de terre nous font frôler le ravin.
Nous comprenons alors mieux l’assurance vie incluse dans le ticket de bus (qui ne doit évidemment rembourser que le prix du billet en cas de drame) !

Nous faisons un arrêt, en pleine montagne, des gens sortent, d’autres rentrent, certains crient, pleurent, s’entassent, et la police fait son entrée, cherche de sa lampe torche les faciès indésirables ou inhabituels, nous demande nos passeports.
Contrôle de 10min, puis nous repartons ; dans le village, les dogues suivent la police, les montagnes du Yunnan ne sont pas un endroit sûr.

12
jan
07

Lao Cai – Hekou – Entrée en Chine

Après 10h de train entre Hanoi et Lao Cai, nous quittons le train.
La voie ferrée Hanoi-Lao Cai traverse les montagnes du Nord, rizières en terrasses, collines escarpées, des toits de branchages et des maisons en dur se succèdent, et signalent la présence d’âmes qui vivent dans ces contrées reculées.
Le train file a 50km/h et nous arrivons a Lao Cai après avoir voyagé sur des bancs en bois inconfortables, 4e (et unique) classe, pendant dix longues heures (au lieu des cinq prévues…).
Lao Cai est une petite ville, camp de base pour Sapa, haut lieu touristique du Nord, et poste frontière pour la Chine.
Nous pensions, comme l’indiquent cartes et guides les plus récents, qu’un train reliait Lao Cai à Kunming, en Chine.
Un moto taxi nous apprends que le train n’a jamais existé, la douane vietnamienne nous dit que la voie est fermée depuis 4 mois, et la douane chinoise nous affirme que cette voie est hors service depuis 4 ans…
Un certain manque de communication semble régner ici, entre taxis, douanières vietnamiennes (qui nous parlaient davantage de nous avec elle que du train…) et douaniers chinois.
Nous passons alors la frontière, à pied, 100m et un pont, et arrivons à la douane chinoise, à Hekou (ville homologue de Lao Cai, en Chine).
Mon passeport est épluché, retourné, scanne, microscopé, analysé, pendant un quart d’heure.
Celui de JB, biométrique, est aussi étudie avec attention, par le jeune douanier qui n’a pas dû voir beaucoup de passeports autres que vietnamiens, tant cette frontière est peu touristique.
Ce sont les pictogrammes et autres moyens anti-falsification qui retenaient son attention, plutôt que la validité de nos visa et passeports… ; voyant les RF et les petites France en surbrillance, il fit “oooh, beautiful…” et montrait ses découvertes a ses collègues hilares.
Il nous demande quels sont ces dessins sur les pages du passeport (les régions de France), et bloque sur la Guyane et nos DOM…
Quelques sourires, rires et blagues plus tard, nous entrons dans le pays du milieu, par son extrémité Sud.
D’un coup, les rues nous paraissent vides, propres, à quelques centaines de mètres près, la différence est visible, nous découvrons une autre Asie.

Nous passons a la gare routière de Hekou, puisque le train n’existe plus faute de clients, il nous faut rejoindre Kunming par bus (plus de 10h et 400km).
Il reste trois bus, et une seule place ce soir 7 janvier, nous attendrons le lendemain.
L’anglophone de la ville nous emmène dans un hôtel, tenu par sa sœur, qui fait habituellement hôtel de passes, mais qui nous dépannera bien ce soir.
Notre bus part le lendemain 8 janvier a 19h.
Il nous conduit ensuite dans un restaurant, tenu par son frère (ne connaissant ni la ville ni le chinois (ou très peu), nous nous voyions forces de nous en remettre a lui, et ne cherchions pas tellement d’autre solution, tant nous avions faim et sommeil).
Nous nous enfilons un porc laqué, un poisson frit, du porc bouilli, des champignons, du riz, et quelques bières chinoises.
Apres 40h de train, nous retrouvons un lit et un repos bien mérité.

Saigon-Hanoi-Lao Cai
12
jan
07

Hanoi-Lao Cai

Journée du 6 passée dans le train, entre couchette et wagon bar, nous arrivons en gare de Hanoi le 7 a 4h30 du matin.
Gare de Hanoi, il fait nuit, un froid mordant, d’autant plus pour nous, petits sudistes de Can Tho qui quittons nos 35 degrés minimum.
Nous enfilons pulls et blousons, enlevons tongs et chaussons chaussures (première fois depuis des mois…).
Le train pour Lao Cai, frontière vietnamo-chinoise part a 6h30, nous achetons nos billets et enchainons les cafés.
Il veut nous le faire a 10 000 VND soit plus de deux fois le prix, nous hurlons et lui laissons 5000, il me jette un regard meurtrier et se replante devant son match de foot espagnol.
Notre train est une antiquité, des wagons avec des sièges en bois, des bancs rouges.
Lao Cai est a 5h de Hanoi, perdue au milieu de montagnes du Nord.
Le jour se lève, Hanoi se réveille au passage du train, il est 6h30.

12
jan
07

Saigon-Hanoi

6/01/2007

Ayant comme le veux a présent la tradition, honore l’Iiiindien, un des meilleurs restaurants de Saigon, nous prenons un taxi, JB et moi, a 20h30, notre train est a 23h. Le chauffeur râle, 30min lui paraissent trop courtes (on a vu pire, n’est-ce pas les denrées ?!)
Wagon couchettes, encore, cette fois-ci quatre couchettes par compartiment, un matelas de quatre bon centimètres d’épaisseur, un luxe !
Nous partageons notre compartiment avec un respectable viêt, envers lequel les agents du train sont particulièrement déférents, et un jeune baba aux cheveux longs, qui écoute Sheryl Crow et The cardigans…
Nous investissons les couchettes du haut et piquons un somme.

7hAM le 7/01, l’odeur d’un plat de nouilles et d’un pho commandés par mon voisin du dessous, me tirent de mon sommeil, la clim m’a évidemment donnée mal à la gorge, j’enfile un pantalon vais m’ébouillanter le gosier avec un ca phe den.
Dans les vapes, je me plante devant la vitre, regardant le paysage qui défile, a 30km/h.
Des montagnes, paysages agrestes, où de gargantuesques rochers sont poses en équilibre au bord des routes, des maisons en feuilles de banyan percent l’épaisse végétation des forêts, ou bien sont englouties par d’impressionnantes coulées de boues et de pierres, des carrières sont improvisées au bord de la voie, des blocs de marbre sont aussitôt recouverts de travailleurs besogneux, qui piquent, percent, taillent.

Il pleut, des nuages bas masquent les sommets de ces basses montagnes, quelques buffles des rizières paissent, impassibles, entre route et chemin de fer, lèvent la tête et présentent leurs longues cornes, défiant ce grand ver de fer qui vient troubler leur repas.
Nous passons, entre mer et montagnes, entre rocs et rizières, du Sud au Nord (30h de train et 1700km).
Arrivée a Hanoi le 7 au matin.

Journée du 6/01
Le train abrite un défilé incessant d’uniformes, contrôleurs en pantalon noir et chemise bleue, épaulettes étoilées, militaires en kaki, épaulettes à étoiles jaunes sur fond rouge, police de la route toute de beige vêtue et képi vissé sur le crane, parcourent les wagons, fument entre eux quelques pipes étranges, boivent quelques bières au wagon bar et tapent le carton.
Le wagon restaurant se résume à quelques tables et bancs en bois.
Nos voisins ont bruyamment déjeuné, du riz, des nouilles, légumes, viandes et bières.

Salle de jeux

Le wagon bar semble sorti d’une autre époque, tout en bois, rideaux aux fenêtres, cuisines apparentes, serveuses, ambiance fumoir.
On y traverse les montagnes du centre et les rizières, en compagnie des contrôleurs et de quelques chinois, fumant de longues pipes en bois, bourrées de “tabac du nord”, mélange savoureux de diverses plantes du Tonkin.
Un vietnamien, qui se fait appeler Le Coq (ce qui me fit penser a “Le Duc” pour les connaisseurs du Duc) parle un excellent français, qu’il a appris dans les années 50 au lycée de Da Nang.
Il y a passe son bac, a rejoint Paris pour étudier a la fac, n’a pas eu le temps de faire sa rentrée, la guerre contre les américains était lancée, le pays rappelait ses force vives, il est reparti pour le Vietnam, faisant une croix sur son avenir européen.
Le Coq est connu a Da Nang, comme le loup blanc, il nous laisse son adresse et nous quitte.
Le chinois du wagon bar, un chinois du nord du nord de la Chine, il a été routier pendant vingt ans, puis a crashé son camion et enchaîné tous les boulots imaginables, pour vivre, il nous parle des chinoises, ses yeux brillent, il nous initie à des jeux de cartes de chez lui, mêlant subtilité, réflexion, stratégie et fouinardise.
Il parle un anglais impeccable.
Au fil des parties, nous sommes plus nombreux, de joviaux petits viêts viennent taper le carton avec nous, la pipe faisant son chemin dans le wagon, les cuisinières et contrôleurs avachis, regardent défiler les côtes déchirées de la mer de Chine.

12
jan
07

Tieng Anh, Tieng Phap

04/01/2007
Ma demande de visa chinois déposé au consulat ce matin, je repasse a l’hôtel et vais faire un tour dans les rues de Saigon, un bouquin sous le bras (de l’usage du Monde, de Nicolas Bouvier, récit de deux ans de voyage des Balkans a l’Inde, dans les années 50).
Apres une bonne heure de marche, éreintante, par plus de 30 degrés, je m’échoue dans une espèce de parc, un trou de verdure ou coule une fontaine ; n’ai-je pas lu vingt pages, qu’une vendeuse de noix de coco et boissons fraîches décide de prendre sa pose à cote de moi, et plonge délicatement son nez dans mon bouquin, que mes yeux ne peuvent alors plus voir.
Relevant la tête, les invites habituelles, “you buy coconut, sir ?”, “very cheap very cheap”…
“Kong Kong !” ; la conversation évolue a mesure que je lui dis quelques mots en vietnamien. Ah vous êtes étudiant ?! Ou ça ? Quel âge ? belle barbe ! Puis me demande la traduction de coconut en Phàp (Français), et comment dire bonjour, au revoir, merci etc.
En pleine leçon de Phàp, une autre vendeuse déboule, du haut de ses quinze ans, et prend part a la conversation, par moult rires et moqueries, il est vrai que la vieille femme a un accent plutôt prononcé, et a peine lui ai-je appris un mot qu’elle le vietnamise, ce qui lui retire toute signification.
la vieille s’en va, palanche a l’épaule, la petite se vautre sur la pelouse, repos bien mérité, et je reprends ma lecture, j’étais en pleine Anatolie.
Court répit, voila qu’arrive un vendeur, ambulant bien sûr, de lunettes, briquets, portefeuilles, rasoirs, cirage, coupe-ongles, et autres indispensabilités.
Même scénario, voyant que je baragouine quelques mots de viêt, il s’imagine que je suis bilingue, et entame un monologue interminable, que je ponctue de “oh !” “Ah !” et autres “hum…”.
Puis vinrent les questions, que je lui faisais répéter, toujours les mêmes.
Il me prit ensuite comme professeur d’anglais (la petite étant sortie de sa léthargie, lui a tout raconté).
Me voilà donc en train de lui apprendre comment dire 10 000 en anglais, 100 000, 80 000 etc., comment dire lunettes de soleil, briquet…
Je me hasarde à lui faire aussi la traduction en français, mais visiblement il n’y porte aucun intérêt.
Ils me demandent mon âge et ne croient pas en mes vingt ans, lui en a 29 et elle 16 (déjà dit).
La vieille réapparaît après sont tour du parc apparemment peu fructueux, sa palanche plie toujours autant sur son épaule, et prend place pour une autre pause.
Arrive ensuite un couple, visages cadavériques, tous droit sortis de l’asile, aux mille tiques, qui me demande si j’ai du temps… Euh…non, je file au consulat chercher mon visa.
Départ demain 5 janvier en train pour Hanoi.

02
jan
07

Partout, d’immenses phares verts scrutent le ciel

Le parti a eu la main lourde, les rues de Saigon sont méconnaissables, toutes de vert illuminées, des guirlandes éblouissent les murs, des concerts partout font vrombir la ville, les clubs, les restaurants, les cafés, les bars, les magasins, les supermarchés, les hôtels, les voitures rivalisent de décibels, Saigon le 31 décembre est un monde à part, surréaliste, inouï, démesuré, halluciné, qui vous emporte et vous emmène où vont les motos, au cœur d’un flot infini, de bruit et de vie.
Duong Le Loi, les champs Elysées de Saigon, vous arrête ; trois marchent mènent au Highland Coffee, j’en sors, ou du moins j’essaie.
Le Loi a la largeur des Champs Elysées, ses trottoirs sont sûrement les plus larges de la ville, et les moins empruntés par les motos en temps normal. Mais un 31 décembre n’est pas un temps normal, encore moins à Saigon.
Je sors du café, un souffle chaud et piquant pénètre mes poumons, une gigantesque vibration m’immobilise net, le spectacle qui se déroule sous mes yeux est incroyable.
Tout Saigon est dans Le Loi, inondée de vert fluo, pas à pieds mais en moto.
Imaginez la foule des champs Elysées un certain soir de juillet 1998, aussi nombreuse (sans exagération), et à moto, tous moteurs allumés. Bienvenue à Saigon, 31 décembre 2006 !
Toute la largeur de l’avenue est envahie par les motos, les trottoirs transformés en 6e voie, les piétons n’existent plus, réfugiés dans les immeubles, ils fuient devant l’assaut des motos, qui frôlent les murs, slaloment entre les vendeurs ambulants, percutent des arbres, se frayent un passage, roulant vers quoi ?
Le bruit est sourd, lancinant, un bourdonnement immense, profond, les motos parlent d’un seul pot, les phares multicolores se mêlent au vert surfluo des projecteurs installés pour l’occasion, les guirlandes vertes et jaunes couvrent, malgré l’épais nuage de pollution, ce fleuve de motos, qui avance au ralenti ;
Les vietnamiens eux-mêmes n’en reviennent pas, ils s’arrêtent pour prendre des photos, en toussant, l’air saïgonnais n’a jamais été aussi pollué, parole de Xe Loi !
Je marche, remontant le fleuve de motos, qui coule autour de moi, regarde au loin s’il en est une fin.
Interminablement, de toutes parts, les motos abondent, se déversent dans Le Loi, sans fin, doucement.
Il existe à un bout de Le Loi, une place, une sorte de place de l’étoile, entourée d’immeubles couverts d’écrans géants, de publicités, de néons aveuglants, un Time Square en devenir ; cette place est bien évidemment inondée de motos, quelques bus brisent la monotonie du paysage, fendant les eaux ; la place casse le flot qui coule depuis l’autre bout de la ville, un rocher dans un torrent.
J’arrive dans le quartier 1, touristique, des concerts, des spectacles de danse, des beuveries, les bars, pubs et clubs ont envahi les rues, De Tham est en ébullition, le niveau sonore est proche de celui d’un avion au décollage.
Partout des enfants courent, jouent, vendent, chantent, et il y a une telle densité de policiers qu’on croit le Vietnam entier rassemblé à Saigon, à coté desquels passent les motos, dans des rues interdites à la circulation, sur les trottoirs, à leurs pieds. La police veille au cœur de la fournaise, simple présence, elle semble avoir reçu l’ordre de ne rien faire, sinon siroter quelques cafés et grignoter quelques brochettes.
A l’image de Le Loi, le Vietnam roule, dans une frénésie collective ; comme ses motos, il semble attiré quelque part, pressé d’y arriver, on sent les vietnamiens dans l’attente, impatients, mais qu’attendent-ils… ?
Rien, le Vietnam avance ; l’Asie a un nouveau dragon.

02
jan
07

Vacances avec Mam et Ed

Parti le 21 décembre de Can Tho, j’accueille Maman et Ed à Than Son Nhat, aéroport de Saigon, le 23 vers 18h.
Saigon se prépare à Noël, le quartier où nous dormons est en effervescence, partout guirlandes, hauts parleurs crachant de toutes leurs forces une musique qui probablement rend les gens plus sensibles à la société de consommation…
Des vendeurs ambulants proposent des jouets lumineux, des bâtons clignotants, des peluches hurlantes, etc, des petits enfants, et moins petits adultes, se font prendre en photo devant les décorations du Saigon Centre, paysages de neige, pères Noël atypiques : voir un vietnamien, la peau tannée par le soleil du Delta, aussi poilu qu’une anguille, dans un costume de père Noël, une longue barbe blanche, une moustache qui ne tient pas très bien, et des yeux bridés est assez amusant !
Les enfants hurlent à leurs parents, des choses qui doivent signifier « maman achète moi ça !!! », les parents ignorent ou succombent, les enfants courent dans tous les sens, foncent sur les vitrines, se cognent aux jambes et aux murs, la fièvre acheteuse occidentale a bel et bien atteint le Vietnam.

Lendemain, 24 décembre, nous nous envolons pour Siem Reap, après avoir acheté nos billets la veille au soir à Saigon.
1h de vol, alors que j’avais mis plus de 20h en bus et en bateau…Nous arrivons à Siem Reap en milieu d’après-midi, descendons à l’hôtel Victoria Angkor, et partons pour la messe de minuit (!) qui se déroulait dans une église en bois, sur pilotis, tout le monde pieds nus, assis sur des nattes, un prêtre sri lankais et un prêtre coréen, eux aussi pieds nus, surexcités, sautent dans tous les sens, lancent des « youppiiiii !!! », que reprend de plus belle une vieille anglaise bénévole cambodgiannisée et un peu illuminée, qui dénote avec le calme et la retenue des bonnes sœurs de Calcutta, présentes au nombre de 5 ou 6.
Le soir, dîner de Noël à l’hôtel, un festin, mais trop d’expats., trop coincé, ambiance « Paris ».

25 décembre, visite des temples d’Angkor, sous un soleil de plomb, toujours autant de petits vendeurs gémissant, des orchestres dans les bois, et toujours des ruines, des temples immortels, sur lesquels s’accrochent Histoire et végétation.

26 décembre, nous nous envolons pour Hanoi, dans un Fokker 110, un coucou peu rassurant, que nous avons rejoint au dernier moment au bout du bout du tarmac, puisque ayant eu la bonne idée de mettre des balles de fusils (vides) dans mon sac, nous avons été soumis à un contrôle plus approfondi ; arrivée dans la brume Hanoïaise, un peu plus de 20 degrés, j’enfilai immédiatement pulls et chaussettes.
27 décembre, nous partons en taxi pour Ha Long, à 200km de Hanoi ; petite croisière de quelques heures dans la baie, visite d’immenses grottes sous les pitons rocheux, un fin crachin marin nous accompagne, on respire.
Retour le soir même, vers 17h à Hanoi, repos à l’hôtel ; vers 18h45 nous pensons aux billets d’avion pour Da Nang que nous devions prendre, puisque nous comptions partir le lendemain.
19h, la réceptionniste me dit qu’il n’y a plus de place, jusqu’au 30 décembre, en bus il faut compter une journée, et en train il n’y en a qu’un le lendemain 29 décembre à 23h qui arrive le lendemain 30 décembre à 9h.
Puis, vers 19h10 elle me dit qu’en fait il y a aussi un train ce soir, 28 décembre, à 19h50.
Je réfléchis, monte questionner maman, et vers 19h20 nous commençons à faire nos bagages, en hâte, ayant opté pour le train de 19h50.
19h30 nous sommes à la réception, payons, et chargeons le taxi.
Nous quittons l’hôtel vers 19h35, passons dans une agence de voyage chercher les billets de train, et traçons dans les rues de Hanoi jusqu’à la gare, qui comme toutes les gares au Vietnam, est à l’extérieur de la ville.
Nous arrivons à la gare à 19h48, deux petit cheminots s’emparent de nos multiples sacs, et nous sprintons, les deux cheminots, nous trois, et un type de l’hôtel qui nous accompagnait, sur les quais, traversons les voies, et arrivons devant un train sur le départ, courons, sautons dedans, 10 secondes plus tard, il part.
Nous pensions que le train mettait environ 7h ou 8h, et nous attendions à arriver à Da Nang vers 3 heures du matin.
Nous nous installons sur nos couchettes, assez confortables ; à 2h30 mon réveil sonne, je vais demander à un type en bleu VNR (Vietnam Rail) à quelle heure nous arrivons à Da Nang, et si nous ne l’avions pas déjà passée.
Il file en titubant de fatigue, dans son compartiment et me sort une plaquette avec les horaires des trains, il m’annonce que le train sera à Da Nang à 15h30…
Je repars me coucher, après avoir fumé rageusement, et préviens maman.
Ce voyage de 19 heures s’est très bien passé, couchettes assez confortables, plateaux repas (nouilles à 7h du matin qui ont rendu Edouard malade) et plateaux repas n’inspirant pas confiance, vers midi.
Heureusement nous avions du chocolat, du saucisson, du vin et du whisky, qui nous permirent de mieux supporter la longueur du trajet.
Nous traversâmes paysages sublimes, des buffles des rizières, sous la pluie, tractant leur agriculteur, surfant sur la boue, des montagnes sous les nuages.
Un prof de maths à la fac de Can Tho, un moulin à parole anglophone, nous est tombé dessus et nous a tenu la jambe pendant une bonne heure entre 10h et 11h (maman se le coltinait depuis 7h du matin…), puis un russe géant nous parla, pestait contre la lenteur du train, lui non plus ne savait pas que nous mettions autant de temps pour aller à Da Nang.
Le train, entre hué et Da Nang longe la côte, au bord de la mer, perché accroché au flanc des montagnes, au dessus de ravins vertigineux, des baies sublimes, des paysages de rêve.
Le train au Vietnam compte quatre classes, la première a des couchettes avec un fin matelas, des draps, et un oreiller, dans des compartiments, la deuxième a des couchettes, sans matelas ni draps, sur des planches de bois recouvertes par des nattes, la troisième a des sièges mous, genre corail français, sans compartiment, la quatrième a des sièges en bois, des bancs plutôt.
Il existe aussi un cinquième classe, officieuse, celle qui voyage sur le toit du train, ou accroché à ses portes. Le train a une vitesse entre 10 et 80km/h, ce qui permet aux habitants des villages traversés de prendre le train en marche, voyageant ainsi gratuitement.
Nous arrivâmes à Da Nang à 15h30, comme prévu, et prîmes un taxi pour Hoi An, à 40km.
Arrivée à Hoi An vers 16h, nous nous décrassons, et partons dîner.

29 décembre : visite de Hoi An, le port, le marché, sauna, jacuzzi, steambath ;
30 décembre : tour en side car dans les rizières, visite de Hoi An, le pont japonais, les maisons chinoises, la plage.
Le soir, vol de Da Nang pour Saigon. Arrivée à Saigon à 23h30. Hôtel. Dîner.
31 décembre : Saigon, la cathédrale, le marché, mam et Ed s’envolent le soir pour Paris. Tristesse.

Saigon av Mam et Ed
Siem Reap-Angkor
Hanoi
Halong
Train Hanoi-Da Nang
Hoi An av Mam et Ed
02
jan
07

Suburbsbus

200km et une seule route séparent CT de Saigon, une route en permanents travaux, du frais bitume, néanmoins sec, aux passages poussiéreux dans 10cm de sable et de graviers, traversant ponts sans âge et pont suspendu aux airs de viaduc de Millau, ou bien bacs à la fréquence aléatoire, cette route est l’artère du Delta, dessert toutes les villes un peu peuplées de la région, elle est comme un Nil au cœur dune zone économiquement aride, bien qu’agriculturellement riche.
Les abords de la route sont, sur toute la longueur du trajet, occupés par des gargotes, des réparateurs de moto, des aires de repos où se balancent des dizaines de hamacs. Vingt mètres plus en avant dans la campagne, des rizières, marécages, et cultures diverses illustrent le vrai visage du Delta : le garde-manger du Vietnam (50% de la production agricole nationale).
Dans toutes les villes et village du Delta, des Ben Xe, gares routières, desquelles partent les bus pour d’autres villes, d’autres bouts du Monde, ou pour Saigon.
Les bus appartiennent à différentes compagnies, aucun bus public, et parcourent parfois des distances incroyables, je pense notamment au bus qui relie Can Tho à Hanoi, à 2000km de là…en deux jours à peu près.
L’ambiance « bus » au Vietnam est particulière, les gares routières sont des rings de boxe où les rabatteurs des différentes compagnies font la chasse aux clients, sprintant d’un bout à l’autre de la gare, hurlant sur les pauvres petits paysans et vieux vietnamiens, les prenant quasiment de force dans leur bus, entassant tout ce petit monde sans ménagement. Idem pour l’arrivée, chaque compagnie a des éléments infiltrés dans le monde des motobike, et incitent fortement ses clients à prendre tel ou tel motobike pour se rendre à destination. Inutile de préciser que si le client en question a le malheur d’être occidental ou simplement étranger (il y a aussi beaucoup de touristes japonais, chinois, coréens, malaisiens, etc.), il voit en arrivant, accourir toute la gare routière sur lui, lui prenant ses sacs, le bras, le jetant sur une moto qu’elle lui fait payer dix fois le prix normal.
Il suffit toutefois de baragouiner quelques mots de vietnamien, de paraître énervé et fatigué, et vous avez tout le temps de choisir votre motobike, et de largement négocier son prix, voire même, à force de trop faire le difficile, de vous retrouver seul et de vous sentir subitement un peu c**.

Les bus en eux-mêmes, ont quelques caractéristiques communes bien qu’appartenant à des compagnies différentes : ils sont la plupart du temps bondés, près de vingt personnes dans un bus qui en contient quinze sur le papier, ils ferment tous leurs petits rideaux intérieurs lorsqu’ils croisent la police, pour ne pas montrer soit le blanc qui est dans leur bus et que la police pourrait contrôler et ainsi ralentir le bus, soit pour ne pas montrer que vingt personnes ou plus sont entassées dans un bus pour quinze, etc.
Ensuite, selon les compagnies, les bus sont radicalement différents, certains sont propres, on vous y donne des petites lingettes pour vous débarbouiller, des bouteilles d’eau, et ont la clim, d’autres sont sales, tombent en miettes, leur toit bouge avec le vent, leurs rideaux sont cartonneux, solidifiés par la crasse et la pollution, ils ne donnent rien à leurs clients, si ce n’est un voisin odorant qui fume et vous jette ses cendres sur le genoux, ils n’ont pas la clim, ont des accidents, et roulent comme des tarés ; ils ont l’avantage (déterminant pour moi) d’être souvent à moitié vides, d’être officiellement « fumeurs », d’être bien plus animés, et de faire le trajet CT-SGN en 3h, direct.
Il existe cependant une catégorie intermédiaire, des bus propres, sans clim, sans cadeaux, mais quand même avec voisin odorant, cendres sur le genoux, et conduite suicidaire.
Voila pour les minibus, il existe aussi, pour les plus pauvres, des bus de grande taille, des autocars, qui sont surtout empruntés par les gens transportant des poulets, des canards, des chiens ou autres objets volumineux, à déconseiller.

Je quittai Can Tho, le 20 ou le 21 décembre, pour Saigon, je prends un bus, le meilleur que j’ai jamais pris au Vietnam, il faisait partie de la catégorie des bus en fin de vie, sales mais animés, fumeurs et rapides, nous n’étions qu’une dizaine de personnes, j’ai pu prendre la place qui offrait un bon mètre cinquante pour étendre mes jambes, on pouvait y fumer, et l’ambiance était assez « bus » :
8 vietnamiens, 1 blanc (moi), et une pauvre car seule fille. Elle a été alpaguée à la gare de Can Tho, ses sacs lui ont été arrachés des mains, elle a été mise de force dans le bus, elle hurlait et se débattait, et les huit vietnamiens de rire aux éclats de leur coup.
Durant tout le trajet le chauffeur à la mâchoire proéminente et les paysans du delta au sourires sans dents, entrain de chiquer et de cracher parterre, essayaient de la mettre dans mon lit, me vantant, gestes à l’appui, ses mérites; apparemment ils la connaissaient bien, je compris alors mieux leur kidnapping à la gare…
Dans le même bus, sur la route, nous entendons soudain une sirène d’ambulance, le chauffeur se retourne vers moi, un sourire jusqu’aux oreilles, puis mets le nez dans son volant. L’ambulance nous double, notre chauffeur donne un violent coup d’accélérateur, et nous prenons l’ambulance en chasse, renchérissant sa sirène avec force coups de klaxons, de coups donnés sur la porte par le copilote, et de cris poussés par le deuxième copilote. Nous étions dans la banlieue de Saigon, encombrée comme l’autoroute du Sud un 30 juillet, et l’ambulance que nous suivions à vive allure (notre bus vibrait de toute parts, tant il était peu habitué à de tels excès de vitesse) nous permît de rentrer dans Saigon en un temps record, avec des risques records aussi, nous frôlions de très près camions, motos, et piétons, pilant, donnant des coups de volants à droite et à gauche, évitant de justesse le bas coté, en somme : personnes cardiaques et malades s’abstenir. Durée du trajet CT-SGN : 3heures au lieu de 4.

Il existe meilleur temps.
Après mes dix jours de vacances, je retournais à Can Tho, le premier janvier, et prend un bus pourri, de la catégorie la plus basse, 22 personnes dans un bus pour 15, et encore !
Sortie de Saigon, nous sommes doublés par une ambulance, même scénario.
La différence est que ce bus a fait toute la route à la vitesse avec laquelle il avait suivi l’ambulance des débuts, qui nous avait quitté depuis bien longtemps.
Nous roulions donc à vive allure, plus de 120km/h, ce qui est pure folie au Vietnam, surtout sur cette route.
Pour preuve, nous avons causé deux accidents, renversé une moto et provoqué la collision de deux autres… Aucune victime sérieuse.
Durée du trajet SGN-CT : 2h30. Record à battre.

17
déc
06

Départs

Les examens passés, certains d’entre nous ne restant que pour le premier semestre, sont partis, jeudi et vendredi, pour de nouvelles aventures, des vacances en Asie, et la rentrée à Paris…
Nous ne serons plus que 11 au deuxième semestre ; étrange sensation de vide.
Pour ma part, je quitte Can Tho le 20 décembre, pour Saigon, Angkor, Hanoi, Ha Long, Hoi An, avec mère et frère, y repasse début janvier, et m’en vais, le 5 janvier, avec JB, pour la Chine, Tibet, Népal, Inde, Laos, Thaïlande, Cambodge.
Retour « prévu » fin février…

Durant ces voyages, le blog sera mis à jour, aussi souvent que possible, et photos à l’appui, autant que faire se peut.
Bonnes révisions aux étudiants français et européens, et aux Erasmus colombiens !

Joyeux Noël et bonne année !

Ong Gioi !

17
déc
06

Examens

Durian ayant causé la fermeture de la fac pendant une semaine, nos examens ont été reportés à la semaine suivante.
Lundi : Droit constitutionnel vietnamien, quatre questions, en anglais, sur la démocratie au Vietnam (…), la séparation des pouvoirs, le parti unique…
Mardi : Droit international privé comparé, une dizaine de questions, en français, sur les droits de la nationalité, les contrats internationaux, etc.
Mercredi : Droit commercial vietnamien, un QCM, en anglais, sur le droit vietnamien des sociétés, les contrats commerciaux, etc.
Jeudi : Droit civil comparé, quelques questions en français, sur le droit de la famille, le droit successoral, etc.
Jeudi 14 décembre, 10h30 : vacances.
Reprise des cours le 24 février 2007. Soit deux mois et demi de vacances (héhéhé !)

17
déc
06

Durian

Le durian est un fruit, de la taille d’un ballon de foot, à l’écorce constituée de piquants, qui lui donnent un air de virus synthétisé par ordinateur.
Il dégage une odeur acre, forte, et nauséabonde, qui vous prends à la gorge et vous fait faire un bond en arrière.
Il est bien évidemment comestible, si l’on ne craint pas de sentir… fort pendant une semaine, et si l’on apprécie son goût si particulier, ce qui est rarement le cas des palais occidentaux.
Le durian est un produit de luxe, le fruit le plus cher au Vietnam ; c’est aussi le nom du typhon qui nous a rendu visite il y a environ deux semaines…

Durian version typhon a les mêmes effets que Durian version fruit, seule l’échelle diffère.
Après avoir pris un millier de philippins, il a abordé le Vietnam par les côtes de Nha Trang, puis s’est dirigé vers Buon me Thot, Chau Doc (moins de 200km de CT), pour s’essouffler dans le golfe de Thaïlande.
Les informations vietnamiennes étant par nature peu bavardes lorsqu’il s’agit de relater une catastrophe s’abattant sur le pays, nous avons été bassinés par toutes les chaînes nationales sur l’arrivée de Durian, mais une fois la première rafale entrée en territoire vietnamien, l’évènement semblait avoir soudain perdu de son intérêt, et les informations devinrent succinctes, voire inexistantes.
L’Œil de Durian est passé à moins de 200 km au Nord de Can Tho, dans la région de Chau Doc, où il a, semble-t-il, causé nombre de décès et dégâts, et ce, jusque dans des villages situés à 40km de CT.
Le Mékong n’a pas bronché, son lit bien bordé ne l’a pas laissé choir, et la ville de Can Tho n’a eu qu’à essuyer des dégâts mineurs : branches dans les rues, quelques accidents de moto.
En ce qui concerne notre maison, nous avons eu notre store arraché (nos voisins me regardaient, pliés en quatre sur les perrons de leurs maison, montrant du doigt ce gros blanc qui est bien le seul à ne pas avoir remonté le store de sa maison avant l‘arrivée du typhon), des vitres brisées, et quelques infiltrations d’eau (le toit du 3e étage étant a moitié arraché depuis déjà quelques jours).
La tempête a duré une heure ou deux, intense, mais pas autant que ce à quoi nous nous attendions, le ciel bleu a rapidement repris sa place au dessus de Can Tho, dans l’après-midi.
Dans notre maison, Durian fut accompagné de deux visiteurs en quête de menu larcin à accomplir ; Seul dans la maison, à 9h du matin, réveillé par les assauts de Durian, je descendis au rez-de-chaussée constater les dégâts, quand un bruit venu de la cuisine attire mon attention, mon sang ne fit qu’un tour (!) et je filai voir.
Rien, excepté la porte de derrière ouverte, je passe la tête dehors et vois deux jeunes viêts escaladant les murets des cours des maisons, s’enfuyant de la notre. Ils n’eurent le temps que de visiter la cuisine et la salle de bain du rez-de-chaussée, je ne m’inquiétai donc pas et refermai la porte avec une clef a molette (ils avaient emprunté le cadenas). Plus tard nous nous sommes aperçus qu’ils avaient pris une trousse de toilette, ainsi que le moteur de la pompe à eau (!);
Résultat : plus d’eau pendant une semaine, plus d’électricité pendant une journée à cause de Durian et des brigands.
Ces évènements de la vie canthoienne passés, le calme revint, avec les examens.

28
nov
06

Phnom Penh, second aperçu

La fin du premier semestre approchant à grands pas, les cours décalés, les cours regroupés, les absences répétées pour cause de cours donnés en province (de CT), les cours annulés, illustrent la fin d’un semestre telle qu’elle peut exister en Europe ; Le Vietnam ne fait pas, malgré son esprit certain de contradiction, exception à la règle.
Après avoir rendu un devoir dans chaque matière, répondu à plusieurs interrogations écrites, nous nous trouvâmes en présence d’une semaine de vacances.
La question fut posée de savoir ce que nous pourrions faire pendant cette semaine, plusieurs réponses y furent apportées.
Phu Quoc, île paradisiaque, vietnamienne, située au large du Cambodge, Mui Ne, plage paradisiaque elle aussi, de sable fin, dunes immenses et cocotiers, à 2h de Saigon, Saigon, capitale économique centre nerveux du pays, métropole de dix millions d’habitants surexcités, Dalat, petite ville de moyenne montagne (1500m), réputée pour ses chutes d’eau, son air pur, ses lacs et forets, et son vin…Et Phnom Penh, capitale du Cambodge voisin, où règnent chaleur, moiteur, touristes, drogues, filles et Sihanouk
Étant une vingtaine de Français, sans compter les visiteurs de passage, chaque destination précitée fut choisie.
Ayant pour ma part connu les plages de Ha Tien, Ba Dong, Vin Chieu, connaissant maintenant plutôt bien Saigon, et n’ayant pas l’envie de m’aller perdre dans le froid des montagnes de Dalat, j’optai, avec JB, pour Phnom Penh.

Nous partîmes un mercredi matin, 1h00 AM, pour Saigon, dans un bus de la compagnie Mailinh Express, vert comme les paysages du Delta ; carrosserie verte, rideaux verts, sièges verts, bouteilles d’eau vertes, cravate verte du chauffeur, et visages verts des passagers à l’arrivée.
Verts nous l’étions, car alimentairement intoxiqués par la nourriture d’un petit resto dans lequel nous avions pourtant déjà emmené nos palais.
Nous nous retrouvâmes donc à nous tordre de douleur durant tout le trajet.
Deux heures après notre départ de Can Tho, puis pendant les deux ou trois jours qui suivirent, nous rendîmes nos repas, boissons, bile et trippes par les voies – plus ou moins – prévues à cet effet.
Arrivés à Saigon à 4h30 du matin, mercredi, nous nous tordîmes le ventre, de douleur, sur le terrain vague boueux qui fait office de gare routière, puis nous prîmes une moto taxi pour nous rendre dans le quartier 1, centre de la ville, où nous avions acheté nos tickets de bus pour Phnom Penh, le week end précédent, dans une agence de voyage.
Le bus était prévu à 6h devant l’agence, nous y arrivâmes à 5h.
Après avoir regardé une fin de match au GO 2 Eat, vomi quelques litres de bile dans les toilettes d’un café à l’hygiène détestable, nous revînmes à 6h devant l’agence.
6h30 toujours rien.
L’agence ouvre, il est 7h.
7h30, un mini bus arrive, nous fait tourner pendant une demi heure dans les rues de Saigon pour prendre les 2 autres passagers pour Phnom Penh, et nous dépose devant le point de départ du vrai bus pour Phnom Penh.
Départ donc à 8h, dans un bus dans lequel il est déjà ardu de tenir 4h sans se briser une rotule tant les rangées sont rapprochées, se coincer le dos tant les sièges sont durs, droits, et défoncés ; nous étions partis pour 6h de trajet (6h sur le papier…).

Une chaleur accablante accompagnait le lever du jour, nous bouillions, de rage d’être partis avec 2h de retard, d’être malades comme des chiens, d’être entassés dans ce bus comme des grains de riz gluants dans un bol.
Arrivée à la frontière cambodgienne, après avoir ouvert et fermé les fenêtre du bus toutes les 10min, pour vomir, nous passons une bonne heure à la frontière : obtention de visas, touristes (anglais et allemands surtout), s’amusant à créer des problèmes, puis nous repartîmes.
Une certaine hétérogénéité caractérisait l’équipage du bus (Mailinh lui aussi).
Un homme, vietnamien apparemment, avec deux grosses valises noires ceinturées de cadenas, sur lesquelles était ostensiblement écrit, en lettre dorées, « Ambassador », était accompagné de deux vieilles femmes aigries, sur les têtes desquelles était posés d’affreux bobs Nike, et qui avaient des visages si avenants qu’on aurait dit qu’elles avaient dîné dans le même restaurant que nous la veille.
A coté de ceux la, un vieux français, râleur, pestait contre le chauffeur qui mettait semble-t-il trop de temps pour gagner le point d’arrivée du Français.
Le vieux français descendit en pleine campagne cambodgienne, prenant rageusement son sac sur son épaule, en lançant un « Ah ! Quel génie ce chauffeur ! ».
Venait ensuite un gros russe, 2m de haut, autant de large, une tête en forme de ballon de basket, impassible, qui parlait, quand il parlait, en poussant de sourds grognements.
Puis les passagers habituels d’un tel bus, qui mangent des fruits en en crachant la moitié parterre dans le bus, d’autres qui, assis au milieu de la rangée du milieu estiment qu’il est temps d’allumer une cigarette faite maison, ce qui a pour effet d’exciter le russe, d’énerver le Français, de piquer les yeux de l « ambassador » et de transformer le bus en aquarium.
Et nous au milieu de tout ça, JB qui avait la tête par la fenêtre vomissait allègrement, et moi, affalé sur les bagages, dans le coffre, qui me tordait de douleur ; non seulement à cause du repas de la veille, mais aussi à cause de la conduite du chauffeur, qui s’était semble-t-il, mis au défi de passer dans tous les trous de la route, et ce le plus vite possible ; je roulais donc, avec mon mal de ventre, dans les bagages, me cognant contre sièges et fenêtres, en silence.
Nous finîmes par arriver dans une cantine routière que les mouches et autres bêtes sauvages avaient apparemment élue « Place to be », où nous ne mangeâmes, est-il bien nécessaire de la préciser, rien ; nous ne bûmes que deux pepsi que nous vomîmes 20min plus tard.
Ce voyage idyllique s’acheva par notre arrivée à Phnom Penh, en pleine après-midi, par 45°C, dans la poussière.
Assaillis par des moto taxis et tuk-tuk, nous en choisîmes un qui nous emmena à notre guest house, sur le lac.
Nous primes une chambre, nous y affalâmes jusqu’au soir, pour une sieste que rythmèrent nos allers-retours aux toilettes.
Deux jours durant nous tînmes ce rythme, restant toutefois de plus en plus longtemps éveillés.
Marché russe, palais royal, piscine, musées nous visitâmes Phnom Penh avec nos motos de location (qui n’arrivaient pas au pot d’échappement des motos du Chinois).
Je pus me rendre compte, pendant cette semaine à Phnom Penh, que la ville n’est pas si fantastique qu’elle me parut lors de mon premier passage.
En y restant quelques temps, on réalise que tout est factice, l’ambiance, le climat créé par les hôtels autour des centres touristiques, tout est fait selon les goûts des occidentaux de passage, de telle façon que le touriste à Phnom Penh se trouve comblé, ça en devient malsain.
Les habitants qui vivent du tourisme s’habillent comme les gros américains en vacances, passent leurs journées à boire, fumer, manger, jouer.
Le Cambodge est à l’anarchie, et se reconstruit sur des fondations meubles que laissent les touristes ; A quoi cela va-t-il mener ? Ajoutez à cela le fait que le Cambodge post-Sihanouk s’annonce particulièrement chaotique, du fait des luttes entre prince héritier et premier ministre et militaires…
Seule la visite à Phnom Penh, pendant que nous y étions (et à Saigon où nous les avons croisé), de Angelina Jolie et Brad Pitt, peut-elle rassembler les cambodgiens…!

Phnom Penh n’en est pas pour autant déplaisante, une fois sortis des centres touristiques, le regard des gens est plus sain, moins d’a priori, plus interrogateur, curieux.
Nous sommes repartis un dimanche, pour Saigon, dans un autre bus, incomparablement plus confortable, 10$ moins cher que le bus de l’aller, et plus rapide…
Après une nuit à Saigon, nous avons retrouvé Can Tho, non sans joie, guéris.

Phnom Penh
07
nov
06

Le Chinois

Le Chinois est une crapule.
Location de motos, cours d’anglais, et autres occupations diverses rythment son quotidien.
Il nous vit arriver comme une poule aux œufs d’or, nous, pauvres petits français imbibés d’euros, qui lui louèrent pas loin de 5 motos.
Le Chinois ne savait pas, nous non plus, que nous partirions tous les week end à travers le Delta, avec ses motos.
Or le Chinois, en bon Chinois, est un roublard, et il possède un cheptel d’une cinquantaine de motos, de Honda, imités, rafistolées, qui n’ont de Honda que le nom.
Les papiers de ces motos ne sont pas à son nom, ils sont au nom de leur premier propriétaire, qui peut, à l’heure actuelle, être parti à 30km, au Etats-Unis, au Belarus, voire même être mort (c’est le cas du premier propriétaire de ma moto).
Or le nom qui figure sur les papiers de la moto est celui du responsable, celui que la police appelle si un accident implique la moto en question, le Chinois n’étant pas en mesure d’intervenir, n’ayant aucune légitimité dans l’histoire, il verrait, si problème survenait, sa moto confisquée par la police, immobilisée à vie, inutilisable.
Or le Chinois n’est pas de ces occidentaux dépensiers, une moto perdue est une moto perdue, une rente en moins, et des tas d’ennuis en plus, puisque son commerce est en marge de la légalité.
Le Chinois nous loue les motos, et il prend aussi en charge les réparations, qui sont nombreuses au vu de l’usage que nous faisons de ses motos ; encore une chose qu’il ignorait au moment de nous les louer.
Le Chinois est optimiste, quand une de nos motos est à l’agonie, tout va bien, elle pourrait encore, selon lui, « traverser l’URSS ».
Quand le réservoir est vide, il est évident, selon le Chinois, qu’il y a suffisamment d’essence pour tenir 3 mois en faisant 50km par jour.
Quand une pièce a un besoin impérieux d’être changée, pas de problème, il nous emmène chez le garagiste (nous connaissons à présent tous les garagistes de Can Tho), le garagiste démonte, souffle, nettoie, tape, frotte, et referme le tout, le Chinois arrive alors et dit « Good, it is Ok ! ».
Faut-il le préciser, c’est rarement good ou ok, et nous repassons le lendemain chez le garagiste.
Enfin c’était ainsi au début, ; depuis nous avons appris le Chinois (le loueur de motos, pas la langue), et nous ne quittons pas son atelier ou le garage sans une moto en état parfait.
Le Chinois n’en peut plus ; il ne dort plus parce que nous sommes souvent en dehors de Can Tho et que si la police nous contrôle, les papiers des motos ne sont pas en règle, nous n’avons pas notre permis, et il ne veut pas d’ennuis dans sa petite entreprise à qui nous semblons faire connaître la crise.
Le Chinois est un comédien : d’après lui quand « Arthur » s’affiche sur l’écran de son portable, il tremble, se mord les doigts, s’arrache les cheveux et croise les doigts pour que sa moto soit à Can Tho et pas arrêtée par la police à l’autre bout du Vietnam.
« Each time you call me I want to become monk !» dit-il en faisant le signe de se raser les cheveux et, évidemment et comme tout le reste, en riant aux éclats.
Le Chinois est drôle mais le Chinois est usant, nous passons parfois 2h par jour 3 jours par semaine pour réparer nos motos, le Chinois paye, et le garagiste offre de l’eau.
Le Chinois habite une petite maison, dans Can Tho, avec ses enfants, sa petite fille, ses deux roquets hurleurs, et sa femme.
La femme du Chinois nous hait, elle tient les comptes.
Le Chinois a peur de sa femme.
Les chiens du Chinois nous haïssent.
La petite fille du Chinois a peur de nous.
Nous prenons toujours le scooter de la fille du Chinois. Elle ne nous aime pas.
Le fils du Chinois nous aime bien.
Il rit en voyant le visage de son père quand nous débarquons.
Au fond, le Chinois nous aime bien, je pense…

07
nov
06

Ha Tien

Ha tien, « Le dragon allongé », est une ville, perdue, aux confins du Delta du Mékong, à 8km de la frontière cambodgienne, entouré d’eau, d’îles, de montages et de jungle, Ha Tien est un îlot de civilisation, au cœur des montagnes, baignant dans les chaudes eaux du Golfe de Thaïlande.
Nous partîmes, un vendredi, six heures après minuit, et avalâmes les 200km qui nous séparaient de Ha Tien en 5 heures.
La route Can Tho – Ha Tien n’a rien de monotone :
La sortie de Can Tho rappelle les fins d’après midi porte de Clignancourt, les rues surchargées, surpoluées, suranimées, on se serait cru, un instant, à Saigon.
La route qui sépare Can Tho de Long Xuyen, à 60km, s’effectue en ligne droite, les gens y roulent comme sur une autoroute, poussant leur moto à sa vitesse maximum, faisant fi des passages dans quelque village, malgré lui traversé par la route.
Aux environs de Long Xuyen, d’immenses marécages cernent la route, et les fils électriques qui longent la route, au bord des marais, ont été colonisés par de gigantesques toiles d’araignées, elles même habitées par d’énormes araignées que l’on voit de loin, suspendues dans le vide, comme autant de poissons pris dans un filet de pêcheur. C’est un endroit où l’on passe plus vite qu’ailleurs, de peur de servir de terrain d’atterrissage à une araignée sauteuse…
Plus loin, nous traversâmes un charmant village dont la coutume était de lancer des noix de coco sur les motos, charmant mais périlleux, nous le traversâmes en zigzaguant, sans chercher à étudier de plus près cet usage insolite, notre coté sociologue en herbe s’étant subitement assoupi devant pareille coutume.

Passé Long Xuyen, nous décidâmes de contourner la route principale qui longe la cote de Rach Gia à Ha Tien, et de prendre une route alternative indiquée sur notre carte.
Après avoir fait plusieurs allers et retours à l’endroit où devait partir cette perpendiculaire, nous demandâmes à un groupe de papys attablés dans une sorte de buvette routière. Ils nous conduisirent alors à 200m de là, et nous montrèrent, sous un pont, un chemin de terre qui piquait en ligne droite au beau milieu d’immenses étendues d’eau.
Soit, nous nous mimes donc en mode « cross » et entamèrent 30km de terrain accidenté, sur un chemin de terre posé sur une digue en terre, entre deux morceaux de mer.
Le chemin ne faisait pas plus d’un mètre de large et faisait souvent un mètre de profondeur, aussi défoncé qu’un champ de mines ; il reliait la route principale de la région aux villes de la cote, était donc très usité, malgré son état de piste Ho Chi Minh post-bombardements. De nombreuses maisons, sur pilotis, grignotaient par endroits la déjà faible largeur du chemin, rendant le passage, et les croisements, plus épiques encore, nous évitâmes de justesse plusieurs sorties de route qui nous auraient tout droit conduits à l’eau.
Au bout de ce chemin, un bac nous fit traverser 5m d’eau, pour gagner un autre morceau de continent : arrivée à Hon Dat.
De Hon Dat à Ha Tien la route s’enfonce dans de denses forets tropicales, habitées de bruits étranges, d’odeurs inconnues et troublées par le hurlement des motos et camions qui filent vers le Cambodge.
Après avoir franchi au péril de notre vie un pont flottant métallique qui semblait être le dragon allongé en personne tant il bougeait, nous arrivâmes à Ha Tien, un bout du monde aux allures de carte postale, une mini baie d’Along inondée de soleil, de sourires et de végétation.
Les plages de sable noir font face aux rochers calcaires qui semblent surgis des profondeurs du golfe de Thaïlande, figés dans leur tentative de gagner un firmament inaccessible. La végétation a trouvé en ces pics de pierre un refuge iodé, paisible.
Ha Tien n’est pas très touristique, ou du moins pas occidentalement parlant, c’est davantage une destination vietnamo-vietnamienne, caractérisée par l’absence de restaurants bruyants et autres paillotes bondées.
Nous croisâmes un bonze en habit, totalement anglophone, qui sirotait un cocktail coloré au bord de l’eau, en compagnie d’un congénère tout aussi décontracté. Il nous lança, au cas où nous ne l’aurions pas remarqué : « I am a monk !».
Le ton était donné ; nous passâmes un excellent week end.
Les vietnamiens en vacances se laissent aller à quelques excentricités, offrant verres sur verres, palourdes sur palourdes, aux seuls blancs qu’ils ont croisé depuis des années, voilà une coutume plaisante, le village des noix de coco est loin.
Nous repartîmes dimanche, au lever du soleil, pour Can Tho, même route, même motos, mais paysages différents, tout aussi superbes, on en oublierait presque de regarder devant soi, la route.
Les endroits que nous traversâmes sont inconnus, fort heureusement des tours opérators de Saigon, et le passage de deux blancs à moto constitue un évènement dans tout le village, que l’on fête à coups de verres d’alcool de riz, à 8h du matin, de discussions entrecoupées de fous rires quant à notre apparence velue d’ours des montagnes, à notre taille de géant, à nos pieds démesurés et à notre allure d’extra terrestres.
Nous décidâmes d’éviter pour le retour, la partie « cross », et primes une route que nous avons croisée à l’aller ; la carte indiquait bien ces deux itinéraires, mais le chemin était indiqué par un gros tracé orange alors que la route, en parfait état, n’était indiquée que par un mince trait noir, que nous avions pris au départ pour un canal ou un chemin, justement.
Nous arrivâmes fourbus à Can Tho, à midi pile, des kilomètres plein les jambes et des images plein la tête, prêts à entamer une nouvelle semaine de cours.

05
nov
06

SGN

Notre premier « semestre » se terminant le 15 décembre, et les cours reprenant le 20 février, nous avons prévu, avec JB, un petit tour en Asie du Sud Est…
Départ de Hanoi le 2 janvier, train pour la Chine : Kunming dans le Yunnan, puis Lanzhou, dans le Nord, d’où nous récupérerons le train Pékin-Lhassa, direction Lhassa.
Une semaine au Tibet, puis nous filerons vers le Népal, en jeep ; Katmandou, puis nord de l’Inde.
En Inde un train nous conduira jusqu’à la frontière Birmane, laquelle Birmanie nous traverserons en direction du Laos ; ce qui s’annonce compliqué compte tenu de l’attitude de la Birmanie vis-à-vis des touristes : Outre les nombreuses zones interdites, il est théoriquement impossible de sortir du pays par un poste frontière différent de celui par lequel on est entré… Toutefois quelques exceptions ont été recensées, et les choses se décident sur place ; nous sommes donc en contact étroit avec l’ambassade de Birmanie à Paris.
S’il nous est impossible d’obtenir une dérogation, nous éviterons la Birmanie et repasserons par le Sud de la Chine, pour descendre par le Laos.
Dans les deux cas nous passerons par le Nord du Laos, puis traverserons le Nord de la Thaïlande, pour rejoindre ensuite le Cambodge, et regagner notre Vietnam adoptif.
Le tout en un peu plus d’un mois et demi, si nos calculs sont bons.
Nous avons donc profité de quelques jours sans cours pour faire un tour des consulats à Saigon.

Nous chevauchâmes nos Motobike (parfois orthographié « motoby »), et filâmes vers Saigon, capitale économique du Vietnam.
Quatre heures de route, mieux que les mini bus qui font le trajet Saigon – Can Tho, quelques pauses, une crevaison, de la poussière, des camions sans âge ni limitation de vitesse, vomissant leur fumée noire, doublant et se mettant parfois en position barrage sur toute la largeur de la route pour reculer sur le parking d’un café routier, nous donnèrent quelques émotions.
La conduite en moto dans Saigon est un parcours du combattant pour deux roues : des embouteillages dans absolument toutes les rues, tous les carrefours, tous les rond points, tous les feux.
Quand les gens s’arrêtent au feu rouge (…), et qu’ils redémarrent au vert, chacun se fait sa place pour passer devant, poussant les concurrents d’un coup de jambe dans leur pot d’échappement, les déséquilibrant parfois jusqu’à la chute (quant un mastodonte vietnamien pousse le scooter d’une frêle saïgonnaise, par exemple).
Puis les classiques du début (du blog) font leur apparition : feux ignorés, sens interdits autorisés, ronds points à contre sens, excès de vitesse largement tolérés, piétons méprisés, voitures « chars d’assaut » qui se jettent dans la masse des motos, se frayant un chemin à coup de klaxon, d’appels de phares, et de pare chocs.
Qui sait conduire dans Saigon, sans avoir un accident, pas même un accroc, peut conduire n’importe où ailleurs.
Nous n’eûmes aucun accrochage, aucun accident, aucun coup de pied aux feux verts, seulement quelques nuits de course d’orientation dans les rues de la tourbillonnante Saigon, suite à des soirées à l’autre bout de la ville.
Massages, restaurants en tous genres, cinéma, pubs, visite des quartiers non touristiques, des banlieues, du musée d’Histoire du Vietnam (aussi dépouillé et mal agencé que celui de CT…) nous occupèrent pendant 5 jours.
Nous passâmes aussi au Consulat de France, un bunker au design futuriste où nous recueillîmes moult renseignements de tous ordres, fort utiles ; un gros bâtiment ultra moderne, ultra sécurisé (électroniquement seulement, car les forces de l’ordre postées devant le consulat étaient limitées à un pauvre petit militaire qui portait son arme à l’épaule, canon vers le sol, tenant sa lanière comme on tient un sac de pommes de terres, dans un uniforme beaucoup trop grand pour lui, une casquette relevée à la verticale, une taille peu imposante, et une démarche à la Jacques Villeret dans Papy fait de la résistance…), Les consulats de Chine et d’Inde, de vrais moulins où l’on rentre même sans passeport, moins modernes et moins surveillés que le Consulat de France nous donnèrent aussi des informations utiles à notre voyage de janvier.
Retour en moto, sans aucun problème, en quatre heures et deux pauses.

Saigon
21
oct
06

Moto trip

Week end du 12 octobre, 4 jours de libres, que nous consacrâmes à la découverte du Sud du delta du Mékong.
Jour 1 : Can Tho-Soc Trang-Tra Vinh-Vin Chieu.
Jour 2 : Vin Chieu-Ba Dong
Jour 3 : Ba Dong-Can Tho.
Départ à 2 motos de deux personnes de Can Tho, vendredi à midi, arrivée le vendredi soir à Vin Chieu, au bord de la mer, à environ 150km de CT.
Trajet sans problèmes, sur des routes, par endroits bitumées comme une autoroute française, ailleurs constellées de nids de poules, trous béants qui recouvrent littéralement la route sur des kilomètres…
Les routes du delta sont de véritables saignées à travers les rizières et la jungle, et grouillent de vie.
Les habitants des environs se précipitent vers la route, seul centre d’activité de chaque canton traversé, et vendent, en s’installant à moitié sur l’asphalte, toutes sortes de choses qui pourraient servir au conducteur de passage : fruits, légumes, bananes frites, séchées, grillées, marinées, casquettes, briquets, coupe ongles, chaussures, lunettes, etc etc.
Longeant de temps en temps un canal du Mékong, plus loin des champs de sépultures, ailleurs des villages de maisons en paille et terre séchée, rencontrant des hordes d’enfants surexcités par la présence de quatre occidentaux à moto dans leur village, déjeunant dans un restaurant perdu au beau milieu de nulle part, découvrant une église sans âge à la façade tannée par le soleil, prenant des bacs et encore des bacs pour traverser tous les bras du fleuve qui séparent les îles des îles, et du continent, nous arrivâmes à Vin Chieu.

Vin Chieu est un bout du monde, quelques centaines d’âmes y errent, loin de tout, près de la mer.
Une mer capricieuse, le Mékong charriant des tonnes de sédiments, les dépose à son arrivée dans l’océan ; Vin Chieu se trouve être un de ces endroits de stockage…
En nous arrêtant devant la « plage », sous un ciel si noir qu’un ouragan réveillant Vin Chieu de sa torpeur n’aurait pas été inattendu, nous vîmes une étendue de vase, à perte de vue, de nombreux bateaux échoués sur des kilomètres, des palmiers déchirés par les vents venus du Pacifique, une vision de fin du monde, dans une ville du bout du monde, déshabitée, que seuls quelques néons maintiennent en vie.

Après avoir trouvé un hôtel, dont nous étions, avec les employés, les seuls occupants, nous partîmes dîner ; vers 9h du soir, retour à l’hôtel après quelques parties de billard (sport national au Vietnam), à partir de là, Vin Chieu nous apparut bien moins assoupie.
Un accident de moto nous a rappelé qu’il y avait quelques habitants à Vin Chieu.
Je conduisais, JB derrière moi, il faisait nuit noire, je repère au dernier moment la ruelle qui se trouve de l’autre coté de la chaussée, et qui mène à notre hôtel, et je pile.
Entamant ma traversé de la route, je tourne mon guidon ; une lumière, un crissement de pneus, un cri, et le choc des motos.
Une moto conduite par un vétérinaire d’une trentaine d’années déboula dans l’autre sens, et percuta de plein fouet, à près de 80km/h, l’avant de ma moto ; le véto fait un impressionnant vol plané, et atterrit à quelques mètres de sa moto, dans une flaque d’eau boueuse.
JB et moi n’avons bougé que de quelques centimètres, et n’avons eu que peur, notre moto, un véritable tank soviétique, qu’une fissure de 2cm sur le garde boue avant (!).
Nous descendîmes pour aider ce pauvre chauffard (80km/h de nuit dans les rues d’un village, même peu peuplé est un comportement à la limite du pardonnable), qui semblait simplement sonné, et ne présentait aucune blessure apparente.
L’accident réveilla les quelques personnes qui dormait à coté, nous relevâmes le véto, lui prodiguâmes quelques soins de base, et un des témoins le conduisit on ne sut où.
Voyant que l’homme n’avait rien, qu’une moto l’avait emmené quelque part, nous restâmes quelques instants, attendant son retour ou des indications de la part des témoins.
En vain, nous décidâmes donc de rentrer à l’hôtel, en ayant pris soin de l’indiquer aux témoins s’il s’avérait qu’on nous cherchait.

Il ne s’est pas écoulé 20minutes, qu’on frappe à notre chambre.
La réceptionniste me dit d’un air effrayé, « Police ! ».
Nous descendîmes dans le hall, où six policiers vietnamiens armés de matraques qui ressemblaient à des gourdins, d’une mallette, et de visages de tortionnaires nous attendaient (surtout moi) en bas des escaliers, accompagnés du véto, et d’une crapule de traducteur anglais-vietnamien. Dehors étaient garés des motos de police, et un pick-up hors d’âge encore rempli de 4 policiers armés.

Nous primes place autour d’une table recouverte d’une superbe nappe rose fluo synthétique à paillettes, les français d’un coté, les policiers, le véto et le traducteur en face, les deux camps séparés par une rangée de bouteilles d’eau que la police avait « demandé » à l’hôtel.
Un policier ouvra la mallette, qui renfermait des papiers en nombre, et une bombe aérosol anti-moustiques.
Ne parlant pas anglais, encore moins français, le traducteur intervint, et commença à nous dire qu’on devrait le payer pour la traduction, il nous dit également que le véto en question était son neveu, et qu’il voulait trouver la meilleure solution, équitable pour les deux parties ; un lien du sang qui nous annonça immédiatement la totale impartialité du traducteur, et l’objectivité sans failles de ses traductions sur lesquelles tout reposait.
Après lui avoir dit que nous étions des étudiants en droit à Can Tho, il en conclut que nous étions de jeunes avocats français, et nous dit avec superbe : « oh, money is not important, forget it ! ».
Cette crapule ne sachant comment aborder les hostilités passa la main à la police.
Les policiers présents attendaient la venue de leur supérieur, qui grimpa les marches de l’hôtel d’un pas martial, entra dans le hall, un visage marqué par la douleur de vivre, balafré, un regard de policier vietnamien, noir, méchant, froid.
Il avait aux doigts quelques grosses bagues couleur or, une grosse montre couleur or, des chaînes couleur or autour du cou, ce qui laissait imaginer la lucrativité du métier de policier vietnamien…
Nous nous fîmes traduire qu’il fallait un permis de conduire vietnamien pour conduire un véhicule, quel qu’il soit, faute de quoi nous étions hors la loi.
Nous n’avions que les cartes grises des motos, le loueur ne nous ayant pas informé de ce petit détail.
Après une discussion d’une demi heure sur le permis de conduire, sur le déroulement de l’accident, sur les torts de chacun, sur la mauvaise foi du traducteur, nous appelâmes Linh, notre professeur de Droit International Privé, trente ans, notre assistance-vie quotidienne au Vietnam, un atout hors de prix.

Il parla par téléphone au traducteur, puis au policier balafré, et m’expliqua la situation, les attentes de chacun et la façon de s’en sortir au mieux.
Après cette discussion téléphonique, nous comprimes que les policiers n’avaient qu’une hâte : rentrer chez eux. Ils n’avaient finalement que faire du permis de conduire, ce qui énerva le traducteur qui y voyait un bon moyen de nous faire plonger.
Pendant que la joyeuse tablée discutait de vive voix, un policier écrivait un procès verbal, que le traducteur traduisait en anglais.
PV honteux qui retraçait la version du véto, aidé de son oncle traducteur qui traduisait aux policiers ce que nous disions, et ce, en riant, en nous montrant du doigt, en faisant de grands gestes, bref en déformant nos propos et en nous faisant passer pour de gros touristes occidentaux imbibés de dollars et qu’il était facile d’embobiner et de plumer.
Ce brave homme qui, selon ses dires, n’avait pas vu d’occidentaux à Vin Chieu depuis plusieurs décennies s’attendait apparemment à traiter la chose rapidement, aidé de la présence imposante d’une dizaine de policiers communistes, il ne s’attendait pas à la résistance que nous lui opposâmes.
Comme je refusait de signer le rapport mensonger, le policier, soutenu par le traducteur, me dit en tapant du poing sur la table : « SIGN !! » ; ce que je ne fis pas.
Il consentit après quelques élévations de voies réciproques, à insérer au rapport la petite phrase « I disagree this rapport … », et me confirma qu’une traductrice française me sera présentée le lendemain au poste pour mettre fin à cette incompréhension.
Linh nous dit, par téléphone, que le véto voulait aller, le lendemain à l’hôpital faire des examens, et que nous aurons à payer les frais s’il avait des séquelles, et que ces frais seraient pour lui s’il n’avait rien.
M’attendant à ce que le véto connaisse plutôt bien les médecins de l’hôpital, qu’il se fasse donc faire faire les examens les plus chers, je demandai à Linh le prix approximatif de ce genre de test (crâniens, car le véto prétendait, à tort, être tombé su la tête…).
Ayant une idée du prix, nous demandâmes à l’accompagner le lendemain à l’hôpital, pour s’assurer de la régularité des tests effectués, et de la bonne forme de la facture.
Il y consentit et nous primes rendez-vous le lendemain à l’hôtel.
La police confisqua ma moto et la carte grise ; j’insistai pour garder la carte, afin d’être sûr de récupérer ma moto le lendemain, une fois que le véto aura fait ses examens et que le problème sera résolu. Le balafré me la rendit en grognant.
La police, après avoir épluché mon passeport, et tenté la méthode de l’intimidation par le nombre, montrait des signes d’impatience, de fatigue, et nous relâcha.
Nous nous serrâmes tous la pince devant les marches de l’hôtel (véridique !), nous égarâmes en compliments, en souvenirs de la France, en impressions du Vietnam, et nous partîmes nous coucher, tout étonnés que nous étions de nous en être si bien tirés, et de la bonhomie bien cachée des policiers vietnamiens !

Après une courte nuit (nous avons passés de bonnes heures avec la police), réveil le lendemain pour aller à l’hôpital.
Avec une heure de retard le véto arrive à l’hôtel, et nous emmène au commissariat.
Nous nous attendions a repartir pour l’hôpital, mais la nuit portant conseil, le véto, tout vétérinaire qu’il est, ayant compris qu’il n’avait rien, n’ayant pas envie de devoir payer lui-même les frais, avait renoncé à aller à l’hôpital.
Nous accueillîmes cette nouvelle avec joie, car il nous restait encore 200km a faire dans la journée, jusqu’à Ba Dong, une autre plage, de sable cette fois-ci, où nous devions retrouver d’autres membres de la colloc, partis en bus depuis Can Tho.

Arrivés à Ba Dong le soir, après force baignades et moult alcool de riz, je m’en alla taquiner un singe qui se balançait gaiement dans sa cage ; celui-ci n’étant pas d’humeur badine me planta ses énormes crocs dans l’index droit, me décorant de quatre jolis trous profonds…
Honteux et confus, je jurais mais un peu tard, que l’on ne m’y reprendrait plus.
De retour à Can Tho, je me rendis au centre de vaccinations, et me fit prescrire des injections antirabiques, jusqu’au… 17 janvier ! (5 injections étalées sur 4 mois, pratique).

Ba Dong
19
oct
06

Dai Hoc Can Tho

L’Université de Can Tho est à l’image du Vietnam, en mouvement.
Trois campus dispersés dans la ville accueillent près de 20 000 étudiants, dans toutes les disciplines imaginables, de la pisciculture à l’informatique, de l’administration au « business », en passant par le droit.
Signalons en passant que la fac de droit de l’université de Can Tho est la seule fac de droit au Vietnam à accueillir des étudiants étrangers dans le cadre de programmes d’échanges.
Le campus 2, sur lequel se trouve la fac de droit peut être décrit comme un parc de plusieurs hectares, planté de palmiers, bercé par de nombreux ruisseaux, des ponts, des terrains de sport un peu partout, des petits cafés sous les arbres, des appartements étudiants plutôt biens, et des bâtiments en nombre.
Chaque discipline, voire sous-discipline, a son, ou ses propres bâtiments, sa propre administration, son propre doyen etc.
Le bâtiment principal, ultramoderne, au design futuriste, accueille la bibliothèque, le rectorat, la librairie, le café principal, et les bureaux administratifs de l’Université.
D’immenses parkings abritent les motos des étudiants et professeurs, des policiers patrouillent, ou plutôt errent, dans les allées, et des vendeurs ambulants proposent bananes frites, bananes grillées, sandwiches, et fruits de saison divers.

Les bâtiments de la fac de droit se font face ; l’un au toit pagodique dissimule un grand amphi dernier cri, qui sert également aux autres facultés.
L’autre, le bâtiment historique de la fac de droit, date de la création de l’université de droit de Can Tho, c’est-à-dire il y a 40 ans, mais il semble que le temps se soit attardé sur ses façades, plus que sur d’autres.
De taille plutôt petite, un étage, cube de béton peint en blanc (peinture d’origine), des barreaux à toutes les portes et fenêtres, mais une taille humaine appréciable.

Les deux ou trois salles de classe ne contiennent que difficilement plus de 30 personnes, et les systèmes de ventilation ou de climatisation ne fonctionnent qu’une fois ou deux par semaine.
Dans ce bâtiment se trouve aussi le centre francophone de l’Université, une petite bibliothèque proposant des livres en petite quantité mais d’une grande diversité, du Chasseur Français à Victor Hugo, ainsi que des livres de droit pas inintéressants, et quelques ordinateurs premier cri.
Nous avons quatre matières au premier semestre, qui se termine le 15 décembre : Droit des affaires comparé, en anglais, Droit constitutionnel vietnamien, en anglais, Droit international privé, en français, et Droit civil vietnamien, en français. Chaque cours dure 3 heures, de 8h à 11h, du lundi au jeudi.
Les cous en anglais demandent une certaine adaptation de l’oreille, laquelle a peine à reconnaître la langue de Shakespeare dans la bouche d’un vietnamien, aussi bilingue soit-il.
Des matières intéressantes et des professeurs compétents nous aident à surmonter ce petit obstacle.

La fac de droit a fêté, il y a deux jours, ses 40 ans, en grande pompe, les présidents des universités étrangères (dont Assas) qui ont un partenariat avec la fac de Can Tho étaient présents, à grands renforts de voitures diplomatiques, de gardes du corps, et sous lourde escorte policière… ce qui nous a donné un jour de week end en plus, que nous avons bien mis à profit… !

Dai Hoc Can Tho
11
oct
06

11
oct
06

11
oct
06

One dollar

Petite histoire de la photo : on passe à coté de deux petites khmères toutes gentilles, qui me disent “photo photo”, et se plantent devant cette colonne ; Soit, me dis-je, ca fait kitsch, mais bon.
Klik-klak merci kodak, je prend ma photo, leur dis bye bye, et me dirige vers le temple suivant.
N’ai-je pas fait 2m que les petites me courent après et me hurlent : “One dollar, Sir ! One dollar, Sir !”
No no no, fais-je en riant ; au bout de 100m, sur lesquels elles n’ont cessé de me tenir la manche en me disant one dollar one dollar d’une voix suppliante, travaillée, l’une d’elles s’arrête net, et d’une voix beaucoup moins avenante : “Bad man !”…
Le charme d’Angkor.

09
oct
06

Voir Angkor…

Et encore… on ne peut tout voir, même en se faisant pierre parmi les grès !
Angkor comporte 248 temples, sur des centaines d’hectares, construits sur une dizaine de siècles, il en faudrait autant pour apprécier à sa juste valeur cette capitale que constitua Angkor.

Petit résumé de l’histoire d’Angkor :
Fondé en 889 par Yasovarman 1er, comme capitale de son royaume, il lui donna son nom, mais les Cambodgiens l’appelleront simplement Angkor, « capitale ».
Yasovarman choisit ce site pour sa proximité avec la rivière Siem Reap, son lac (Tonlé Sap), et ses collines.
Le roi, adorateur de Çiva, avait besoin d’une montagne sacrée (le mont Méru de la légende hindoue) pour qu’y résident les dieux.
Le site était donc parfait, et son emplacement n’a jamais été remis en question par ses successeurs.
Rajandravarman II, extrêmement riche, poursuivit l’extension de la capitale, et la dota de temples sublimes, d’un raffinement inédit.

Udayadithyavarman , lorsqu’il accède au trône, entreprend de gigantesques travaux, dont la construction du Barai occidental, lac artificiel de 8km sur 2, avec un temple en son milieu, qui borde le palais Royal.
Viendra ensuite, en 1113, Suryavarman II, roi conquérant, guerrier, et bâtisseur ; on lui doit notamment Angkor Vat, le plus célèbre des temples d’Angkor, le symbole du Cambodge, pour les Khmers, mais aussi pour les royalistes, et pour le reste du monde.
En 1181, Jayavarman VII reprend le royaume des mains des Chams qui s’en étaient emparés, et entreprend de rendre la capitale invulnérable.
Jayavarman VII, contrairement à ses prédécesseurs était bouddhiste, il fit donc élever de très nombreux temples-montagnes, ainsi que la ville royale de Angkor Thom (« Angkor la Grande »), qu’il entoure de douves de 100m de large. Au centre de Angkor Thom, le temple suprême, dédié à Bouddha : ses 100 visages de Bouddha lui donnent une dimension étrange, un coté plus mystérieux que les autres ; c’est le temple que j’ai préféré.
Après le règne de Jayavarman, l’Empire Khmer est affaibli par les nombreuses attaques, inquiété par ses voisins Chams, Viets, Siamois, et entame un lent déclin.
Jusqu’en 1430, Angkor continue de vivre dans le faste de la cour, les cérémonies décrites par quelques voyageurs chinois venus commercer avec les Khmers laissent imaginer une cité extrêmement prospère, des statues d’or et de pierres précieuses, un faste et une richesse que la cité va vite perdre.
En 1430, la cour abandonne Angkor après les incessantes attaques siamoises, et laisse la capitale aux pilleurs ; Ses bouddhas en or et en pierres précieuses sont aujourd’hui en Birmanie, le reste un peu partout dans le Monde, mais plus rien à Angkor, si ce n’est les pierres.

Tombant dans l’oubli, Angkor est enseveli sous la végétation, les arbres, les tigres, les singes, les serpents, scorpions, et autres bêtes sauvages prennent possession des lieux, le site devient dangereux, inaccessible, et disparaît…

576 ans plus tard :

Encore fallait-il, depuis Phnom Penh se rendre à Siem Reap.
Une seule ligne de chemin de fer au Cambodge, comme au Vietnam, sauf que le Cambodge, à la différence du Vietnam, n’a pas la forme d’un fin dragon qui s’étire, mais plutôt d’un dragon enroulé ; la ligne Sianoukhville-Battambang laisse donc à l’écart plus de la moitié du pays, dont Siem Reap.
Pas de bateau non plus de Phnom Penh à Siem Reap.
Pas de voiture avec chauffeur, trop aseptisés, peu pratiques pour visiter un pays et en découvrir les habitants.
Que reste-t-il ? Le bus.
Le bus, au Cambodge est très semblable à son voisin vietnamien.
Une carcasse généreusement offerte par l’URSS ou la Corée, qui carbure au diesel dilué avec du kérosène, totalement sonorisée, des fenêtres en plexiglas qui, si elles sont entières sont souvent bloquées sur le mode « ouvert », mais la majorité d’entre elles est cassée, et des sièges tape cul qui n’offrent que douloureusement de place aux jambes d’un occidental d’1m90.
Notre « travel agency » nous ayant affirmé que le bus passerait nous prendre devant notre guest house, comme d’habitude, nous étions, jeudi à 7h, au rendez-vous ; nous y étions seuls.
Le bus ne passa pas. Après un coup de fil donné par le réceptionniste, un mini van, annonçant son arrivée par un hurlement de pneus a stoppé devant la guest house, et nous a embarqué pour une course poursuite dans les rues de PP pour rattraper le bus manqué.
La courses poursuites à la Starsky et Hutch dans les rues de Frisco sont une franche partie de rigolade comparées à celles qui se déroulent à PP.
Rues étroites, nuages de motos dans tous les sens, feux rouges décoratifs, terre pleins posés au milieu de nulle part, tuk tuk zigzagant, et piétons inconscients rendent une telle course plus ardue que si elle avait lieu dans les larges rues américaines, bien ordonnées.
Après un bon quart d’heure à 100km/h en plein centre ville, un cri de joie venu des trippes du chauffeur (en tenue de l’armée…) nous indiqua que le bus recherché était à vue.
Nous lui fîmes une queue de poisson pour lui demander de s’arrêter, ce qu’il fit, et nous montâmes, soulagés, dans l’engin.
Durée annoncée : 4h.
Durée effective : 6h.
J’en ai conclu que les Cambodgiens, comme leurs voisins vietnamiens, ont le même souci d’exactitude.
6h dans un bus à peu près confortable passent plutôt bien, mais ce n’est pas le qualificatif approprié à ce bus ci.
Les « routes » Cambodgiennes tiennent plus des pistes de terre qui se fondent dans la campagne que des voies goudronnées qui fondent au soleil.
L’absence de nids de poules est aussi fréquente que le nombre de nids de poules sur les autoroutes françaises.
Le chauffeur, toutes les 5 secondes (véridique !) faisait hurler son klaxon, placé sur les cotés à l’avant du bus, et qui faisaient sursauter et vrombir nos oreilles, et ce, pendant 6heures, sous une chaleur de plomb, sur des routes si défoncées et si encombrées, que quand il doublait, zigzaguait ou se jetait dans les nids de poules, nous manquions de nous retrouver avec une bosse sur le haut du crâne (faible hauteur de plafond), ou projetés dans l’allée centrale, quoi qu’il en fut, nous ressortîmes de là couverts de bleus.
Arrivés à Siem Reap vers 13h, sous un soleil saharien, dans une gare routière posée sur un champ de terre que des rafales de vent brûlant jetaient à nos visages, nous fumes pris d’assaut par des dizaines de chauffeur de tuk tuk ou de motos qui nous proposaient de nous déposer dans la guest house de leur frère, de leur cousin, de leur mère, de leur voisin, en tous cas dans un endroit où ils toucheraient leur commission.
Gentille attention, mais nous avions notre adresse, et nous mourions de chaud, car qui dit soleil saharien dit température saharienne, le thermomètre devait largement dépasser les 45 degrés au soleil.
Nous voila à la guest house, et après un bref repos, nous partîmes voir le coucher de soleil à Angkor Vat.
17h-18h à Angkor Vat, fin de journée, touristes sur le départ, je pus monter en haut de ces formidables tours de grès, voyant devant moi toute la géométrie des lieux, toute leur beauté à la tombée du jour, bercé par les couinements des chauves souris, depuis longtemps locataires des temples, et par le bruit de l’eau ruisselant du haut au bas des édifices.
Vêtu d’un pantalon thaï beige et d’une chemise cambodgienne marron, je fus pris, dans l’obscurité, par les gardes, pour l’un des leurs (pantalon beige et chemise marron), et pus donc passer pendant quelques instants incognito dans les pièces du temple, sans me faire remarquer.
Court instant, mais suffisant pour se laisser envoûter par la magie des lieux la nuit, quand le monde dort et que Angkor s’éveille.
Angkor Vat, le plus célèbre des temples d’Angkor, celui des cartes postales, est certes une merveille, mais je lui ai largement préféré les temples perdus au fin fond de la jungle, ceux qui, avec la végétation environnante, on fait un pacte séculaire, aux termes duquel ils se sont unis, les pierres servant de support aux racines des arbres gigantesques, lesquels constituent une formidable barrière naturelle, protégeant ainsi les temples de la convoitise des hommes et de l’effondrement.
Pacte respecté, car si certains temples sont, lors de leur restauration, séparés de leurs protecteurs végétaux, d’autres, la majorité, sont laissés en l’état, que la nature et le temps a voulu leur donner.
Ces temples dont on sent l’âme, la magie, plus que les temples très visités, sont majoritaires à Angkor, et sont de véritables merveilles, heureuse collaboration entre des hommes bâtisseurs et une nature surabondante.
De grands temples, de forme rectangulaire à la base, entourés de murs d’enceinte percés de portes, s’élèvent en pyramides, en haut desquelles sont posés des tours, le tout finement ciselé dans le grès, incroyable souci du détail que l’ampleur des travaux n’a pas altéré.
Des bas reliefs superbement conservés, des statues monumentales, des pierres gargantuesques, des marches démesurées, des tours vertigineuses, des statuettes par milliers, des colonnes par centaines, des visages énigmatiques de 4m de haut, des portes gigantesques, Angkor n’a pas été fait pour passer inaperçu, mais pour impressionner les courtisans et les invités de la cour Khmer.
Des singes en liberté, des éléphants, des arbres dont on ne voit pas la cime, des lacs, des marais, des tours cachées dans la jungle, des bruits sortis de nulle part, des moines priant seuls dans un temple perdu, le silence des pierres et l’exubérance de la nature font d’Angkor une réelle merveille, un endroit longtemps resté hors du Monde, ignoré par lui, protégé par ses arbres, ses bêtes sauvages, ses mystères, et redécouvert que très récemment, tiré de son sommeil mérité par un chasseur d’éléphants.
Ce chasseur ce fut un roi cambodgien qui, au XVIème siècle, par hasard, au cours d’une de ses chasses tomba sur un des nombreux temples d’Angkor, de là commença une folle période de recherches, de débroussaillement, il y installa sa cour, la nouvelle fut reçue en Europe, mais le Nouveau monde était à l’Ouest, les regard ne se posèrent pas sur Angkor.
Peu après sa redécouverte, Angkor fut a nouveau abandonné sous les attaques incessantes de ses voisins.
Ce n’est qu’au XIXème que les premières images d’Angkor arrivèrent aux rétines européennes, notamment grâce aux dessins de Henri Mouhot, publiés dans la revue Le Tour du Monde en 1860.

Mis en valeur d’une façon superbe par les Français jadis, par les Cambodgiens aidés du Monde, aujourd’hui, Angkor n’a rien perdu de cette magie, de ce mystère qui l’a entouré depuis toujours, et reste comme hors du temps, comme construit par la nature, en même temps que le Monde, un endroit de paix, de tranquillité, un lieu chargé d’histoire, de vie, et de beauté.
Angkor ne se peut raconter, comme beaucoup de choses au Cambodge, il faut le voir, non pas pour le croire, mais pour le vivre.

Angkor
09
oct
06

Phnom Penh

Exceptionnelle.
Vivante, calme, animée, excitée, humaine, Phnom Penh est une ville de l’aurore, elle semble en permanence au réveil, en plein rêve, moment où les choses sont les plus floues, où les repères sont les moins évidents, où le rêve se mêle à l’éveillement.

Phnom Penh est ainsi, calmement survoltée, ses ruelles colorées et ultra vivantes jour et nuit, voient défiler, sans interruption, des « tuk-tuk », des touristes roots, des enfants, des gens heureux.
Heureux d’avoir bu sans soif dans les bars sur pilotis au bord du Boeng Kak (Lac Kak) en centre ville, d’avoir tenté, avec une khmère, l’ascension du Nirvana sans oxygène, d’avoir goûté aux délices de la nourriture bariolée, d’avoir déambulé sans but dans les rues sous une chaleur accablante, et d’avoir eu, avec la pluie, l’expérience salvatrice des aléas climatiques du SE Asiatique.

Heureux, les Cambodgiens le sont, ils vivent doucement, parlent dans les mini bistros des rues au coucher du soleil, quand les guest houses hippies-baba-cool commencent à augmenter le son de leurs baffles, et que leurs hamacs sur leurs terrasses sur pilotis entament un léger mouvement de balançoire.
Les gens s’éveillent, vivant la journée dans la torpeur, profitant de la douceur de la fin d’après-midi, en fumant quelque brindilles, et buvant des liquides aux couleurs délirantes, la vie s’écoule, à Phnom Penh, au rythme des envies et au rythme du Soleil.

Étonnante douceur de vivre, quand on revient du musée « S-21 » du génocide.
Atrocement humain, sans fioritures, les choses sont présentées, brutes ;
Les bâtiments, absolument inchangés depuis 1975-78, gardent encore les stigmates de ces années sanglantes.
Sans entrer dans les détails, car ce sont des choses à voir de ses propres yeux, imaginez seulement une ancienne école, de taille moyenne, en plein centre ville, transformée en un endroit où les gens étaient parqués comme du bétail, torturés comme des matières premières, méprisés comme des sous-choses, le tout dans d’anciennes sales de classe, le bruit de la cour de récréation s’est tut, et a fait place aux hurlements de douleur, aux cris de désespoir, aux gémissements de milliers de personnes, femmes, enfants, bébés, vieillards, qui expérimentaient l’Enfer imaginé par quelques hommes.
Les sols des sales de torture sont restés inviolés depuis la commission de ces actes, c’est-à-dire encore profondément marqués des atrocités commises et de la souffrance humaine.

Tout semble s’être déroulé la veille de la visite.
Des photos de victimes, de leurs visages, des milliers, qui vous regardent fixement, photos prises par leur bourreau, âgé parfois d’une quinzaine d’années, remplissent quelques grandes sales où figurent également les instruments de torture utilisés ici, les Khmers rouges ne manquaient ni de cruauté ni d’imagination…
Des regards remplis de peur panique, d’autres de haine profonde, d’autres vides de tout espoir, parfois même un léger sourire, pour rappeler au bourreau qu’il fait face à l’Humanité, marquent ces visages, et pénètrent l’esprit du pèlerin.
Ce musée, s’il est très dur, n’en est pas moins intéressant pour comprendre le traumatisme subi par ce peuple fragile, historiquement pacifique.

Les Khmers ont-ils tourné la page ?
Rappelons nous que seules quelques 30 automnes nous séparent de cette horreur, et que le Cambodge ne songe aujourd’hui qu’à une chose, vivre.
Tendre insouciance que berce un profond espoir, le Cambodge est redevenu un paradis, les serpents sont partis.

09
oct
06

Kampuchea

Mardi 3 Octobre 2006, 10h00 AM, sur le bateau parti de Chau Doc, Vietnam, voguant vers Phnom Penh, Cambodge, sur le Mékong, évidemment.

Hier, Lundi 2 octobre, lors d’une réunion avec le Doyen de la Faculté de Droit, nous apprîmes que la rentrée n’était que le 9 octobre.
Immédiatement, nous projetâmes de partir une semaine au Cambodge.
Lundi soir, nous convînmes, vers 23h, qu’il nous fallait partir tôt le lendemain, pour profiter au maximum des quelques jours que nous avions.
Après avoir bouclé la maison, rangé les choses susceptibles d’attirer toutes sortes de bêtes en quête d’un menu larcin, nous partîmes en Xe Loi, à la gare routière de Can Tho, à 2h00 AM.

A l’hyperactivité de la journée, succède une courte période de calme, que nous pourrions appeler la nuit si elle ne se limitait pas à la tranche horaire 01h00-04h00.
Nous traversâmes donc Can Tho, désert, à toute berzingue, et arrivâmes à la gare routière à 2h30.
Le temps d’acheter nos billets (28 000 dongs soit 1,35 euros), de prendre un café, et nous voila dans le bus à 2h45, direction Chau Doc, dernière ville vietnamienne avant le Royaume Khmer.

5 heures de bus, en compagnie d’oiseaux en cages, de vietnamiens hilares, de fumées d’encens de l’autel bouddhiste placé sur le tableau de bord, nous transportèrent de la fraîcheur matinale (25°C) et humide de CT à la chaleur accablante de Chau Doc, plus à l’intérieur des terres, donc moins « moussonneux ».
A 08h à Chau Doc, il faisait plus de 40°C …

De plus, pas de bus à Chau Doc pour gagner la frontière qui se trouve quand même à 40km, donc nous déambulâmes dans les rues, à la recherche d’un moyen pour rejoindre, au pire la frontière, pour ensuite prendre un transport cambodgien, au mieux Phnom Penh, directement.
Or au Vietnam, et encore plus au Cambodge, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?!
Une charmante dame liftée à la vietnamienne (…) nous proposa de nous emmener à la frontière dans sa rutilante BMW dernier modèle (comment s’est elle retrouvée à Chau Doc (la BMW) … ?), mais nous étions trop nombreux.
Finalement, nous marchandâmes pendant une petite heure avec un passeur, bon passe-heures, qui nous proposa, pour la modique somme de 8$/pers. de nous emmener en bateau, de CD à PP ; nous finîmes par accepter, ayant compris qu’aucun autre moyen n’était envisageable, et montâmes sur des Xe Loi (à Chau Doc ils sont composés non pas d’une moto et d’une charrette comme à Saigon ou CT, mais d’un vélo et d’une charrette plate), et gagnâmes l’embarcadère.

De là, nous embarquâmes sur un frêle esquif, du pont duquel je couche ces quelques lignes, que de grosses gouttes de sueur détrempent.
Nous remontons actuellement le Mékong, et devrions arriver à Phnom Penh vers 18 heures, soit 15h de trajet.
A l’heure où je retranscris ces lignes écrites sur le vif, mon optimisme d’alors prête à sourire : nous avons mis 19 heures…
Bus CT-CD : 5h
Attente à Chau Doc : 1h
Bateau CD-Poste frontière : 4h
Attente à la douane vietnamienne : 30min
Attente à la douane cambodgienne : 1h30
Bateau Poste Frontière-bled Cambodgien : 5h
Bled Cambodgien-Phnom Penh : 2h

Le Cambodge, pays du sourire, perle de l’Asie du Sud Est, pays autrement mystérieux que ses voisins, magique ; A quoi puis-je m’attendre ?

Vu de France, d’Europe, le Vietnam évoque l’exotisme, le fin fond de l’Asie du Sud, les rizières, l’humidité et la guerre ; la réalité est bien plus belle que les images idylliques que l’on peut en avoir, les gens, comme les paysages, sont accueillants et d’une gentillesse inouïe.
Que peut-il bien en être du Cambodge ?
Avec un regard hexagonal, Cambodge et Vietnam sont tous deux aussi loin, dans le même coin, frontaliers, donc semblables ; On discerne tout de même Angkor et la Baie d’Along (que beaucoup croient Chinoise…).
Mais d’un point de vue vietnamien, le Cambodge semble loin ; et géographiquement car ici toutes les distances se parcourent en un temps 5 fois plus élevé que le temps Français, et culturellement, car les deux peuples se ressemblent très peu.

Les « viêts », nom historique, viennent de la région de Hanoi, au Nord ; Les Khmers, cambodgiens, viennent de la région occupée aujourd’hui par le Cambodge, et qui remontait jadis jusqu’au Nord de Saigon.
Or il ne reste, dans la région du delta, presque aucune trace du passé Khmer de la région ; les habitants du delta, s’ils sont moins froids et plus ouverts que les habitants du Nord Vietnam, n’en sont pas moins marqués par deux guerres auxquelles à succédé un régime autoritaire.
Moins expressifs, ils sont plus « désenchantés » que les Cambodgiens.
Les Cambodgiens portent leur sourire sur le visage, les Vietnamiens ont appris à le cacher au fond de leur cœur.
Le Cambodge est nettement plus pauvre que le Vietnam, mais tellement riche de 13 millions de sourires, qui sont autant de signes d’espoir.

Chau Doc et remontée du Mékong jusqu’à Phnom Penh
01
oct
06

En ménagement

Enfin ! Après 2 semaines d’hôtel, pas des guesthouses, donc pas désagréables, voici venu le moment de l’emménagement ; donc du déménagement.
Etant l’heureux locataire longue durée d’une Motobike j’ai pris mes cliques et mes claques, ai surchargé ma moto, comme le veut la coutume locale, et ai quitté l’hôtel Victoria.
Snif snif, adieu confort, etc, mais en fait non. Etre seul dans un grand hôtel n’est guère réjouissant, et le luxe de l’hôtel ne remplace pas celui de la colloc. !
Nous sommes donc partis à 15 sur nos motos, ou Xe Loi (charrettes tirées par une moto), ou taxi (automobile, chose très rare à CT), et avons débarqués devant nos 2 maisons, situées dans la même rue, très calme, à 10min de la fac, dans un petit quartier résidentiel, animé, plein de familles, d’arbres, etc.

Le propriétaire ne nous attendait que le lendemain, et nous l’avons donc gentiment aidé à ranger le peu d’affaires qu’ils avaient laissés. Mais attention, nous n’avons forcé la main à personne, et il était convenu, pourtant que nous emménagions ce jour ci. Le propriétaire n’eut qu’à regagner son autre maison, prospère qu’il est !

Répartition des chambres (sans heurts, bizarrement personne ne voulait la même chambre), rapide ménage, puis petit tour chez Métro, à 10min de la maison, ou nous avons assouvis nos désirs d’aliments lambda, occidentaux, dégueulasses en comparaison avec la nourriture vietnamienne, mais qui, de temps en temps, très rarement, nous renvoient dans notre Europe grisâtre, chérie.

L’après midi, cérémonie de fin d’études à la fac de droit, étonnante, outre le plaisir que nous avions à voir nos homologues vietnamiens se voir décerner un diplôme qui pour eux, représente la fin des études et l’entrée dans le monde du travail, couronnant ainsi des années de travail et de privation pour financer leur formation, nous vîmes comment était orchestrée une cérémonie officielle au Vietnam.
Outre la présence, naturelle du doyen, du vice-doyen, du président de l’Université, et des professeurs, siégeaient le Chef de la Police, des membres du Gouvernement, et autres cadres du parti.
Les discours, incompréhensibles à nos malheureuses oreilles, se succédèrent, puis les diplômes furent remis aux étudiants.
Moment touchant, les familles, parents, grands-parents, frères et sœurs, oncles et tantes, la plupart modestes, pleuraient de joie le succès de leur enfant, le couvrant de fleurs, de baisers, de compliments, partageant sa joie, sa fierté.

Nous retournâmes ainsi à la maison, pensant à notre rentrée, que nous attendons avec impatience.
Après avoir déplacé moult meubles (la maison est « meublée »), pris force douches, et mangé a foison, nous nous posâmes sur notre terrasse du rez-de-chaussée (nous en avons aussi une au 3e étage), et nous regardâmes passer les étoiles, les nuages, les gouttes de pluie, les chauves souris, et les heures.
Heureux instant que celui où on se sent sédentarisé, profitant de chaque instant de la journée, sachant que le soir venu, on sera a la maison.

La maison, brièvement, devait être un club Karaoké-café, ce qui justifie sa taille importante, mais le propriétaire semble avoir occulté la quiétude du quartier, son coté résidentiel et calme, et il a sauté sur l’occasion de louer sa maison.
Celle-ci n’a donc quasiment jamais été habitée, elle vient d’être terminée.
Très grande, nous y habiterons à 11, (manque à ce jour la 11e personne qui arrive le 4 octobre), et voisinerons avec les 7 autres Phàp, (Français), à 100m de nous.

Arriva le moment tant redouté de se coucher ; redouté car notre foyer ne disposait pas de lits, en tous cas pas en nombre suffisant puisqu’il étaient au nombre de 3.
2 hamacs servirent de lits, à Louis, et à moi, les filles (8) se sont serrées dans les 3 lits, et Denis s’est étendu sur un sommier.
Tombé de mon hamac en plein nuit, en me cognant au passage sur le cadre métallique et saillant de la porte de mon balcon, j’ai, tout énervé que j’étais, boudé mon hamac et pris mes vêtements, tous plus sales les uns que les autres, et les ai étendus parterre, sur mon beau carrelage, pour m’en faire un lit…
Je ne sais si la crasse les rends moins épais, mais j’avais l’impression de dormir sur une planche de bois.
Qu’importe, la fatigue étant la plus forte, je me suis écroulé comme une masse et ai réussi à dormir sur cette couche inconfortable, jusqu’à 11h AM.
Petit déjeuner fait de fruits achetés aux marchands ambulants de notre rue, de thé, et de bouillie, suivis de séance ménage-lecture-rangement-courses;
Nous sommes ensuite allés faire un tour au marché de CT, où nous achetâmes nattes et paniers tressés pour meubler nos chambre, vides.

Dans l’après midi, visite aux orphelins de CT, demandeurs, ainsi que les bonnes sœurs qui les encadrent, de cours de Français.
Visite aussi à la « Maison de l’amitié » , sorte d’association francophone qui organise des activités pour tout le monde, jeux, lectures, sport, discussions, le tout en Français, et Vietnamien.

Nous commençons donc à prendre nos marques dans notre nouveau quartier, dans notre ville d’accueil, de plus en plus géniale.

La rentrée, le 2 octobre ne sera suivie que de 2 jours de cours (Lundi et Mardi), donc un petit voyage à Angkor est prévu pour les 5 jours qui suivent !

01
oct
06

Jungle vietnamienne

Dernier jour à l’hôtel, nous trouvâmes qu’un tour dans la jungle s’imposait.
Enfourchant nos motos, nous nous éloignâmes à 50km de CT, pour tomber sur des rizière, bordées de forêts impénétrables.
Le paysage, entaché par la présence d’une décharge à ciel ouvert, n’en était pas moins magnifique.
Traversée des rizières, pieds nus, de l’eau jusqu’au dessus des genoux, mais guidés par une adorable petite grand-mère, nous débouchâmes dans la forêt.
Palmiers géants, bananiers immenses, ruisseaux perdus, et une faune grouillante (fourmis, araignées serpents, lézards), nous marchâmes ainsi 1h au beau milieu de cet îlot de verdure, où coule une rivière.
Rentrés crottés comme des barbets, nos motos stationnées devant une gargote faisant office de relais routier, nous nous séchâmes et reprîmes la route de la ville, de nuit.
Dernière nuit à l’hôtel, à l’effort va succéder le ménagement.

27
sept
06

"Motobike"

La moto, au Vietnam, n’a de commun avec celle que l’on connaît sous nos latitudes, que le nom, et encore, puisque ici elle est appelée « moto bike ».
Les motos de location, usées jusqu’à la corde, perdent quelques pièces en roulant, c’est ainsi que je vis mon démarreur se faire la malle, alors que nous roulions sur une grande artère, genre boulevards extérieurs, de Can Tho.
Stationnant en plein milieu d’un carrefour géant, ce qui n’a rien de spécialement original pour les autres « conducteurs » d’ici, il m’a fallu force coups de poings pour le remettre à peu près en place, et repartir.

Partis à 7h du matin, pour le marché flottant de Cai Rang, à 20km de CT centre, nous mîmes une demi heure, zigzaguant dans les encombrements, esquivant quelques vendeurs ambulants, enfants, tas de détritus et obstacles variés, nous débarquâmes au beau milieu d’un immense marché (couvert, sur la terre ferme, celui-ci), qui masquait l’embarcadère pour rejoindre la marché flottant.
Après avoir évité de rouler sur quelques anguilles qui sortaient de la bassine leur servant de mouroir après leur extraction de leur Mékong natal, nous nous garâmes entre deux stands, devant des indigènes que les casques de moto que nous portions faisaient mourir de rire.
Les casques de moto, ici, dérivent davantage du casque de chantier accouplé au casque de vélo, plutôt que du véritable casque de moto, utile lui ; Ils ont un léger air de casque à pointe prussien, la pointe en moins. Quant on imagine ces casques marrons ou noirs brillants, à la forme plutôt inhabituelle, portés par de gentils occidentaux, en jeans ou jupe pour certaines, chaussures totalement inadaptées, et T-shirt propret (lavé il y a 2 semaines), sur des motos brinquebalantes, conduites avec une certaines hésitation, on comprend la soudaine bonne humeur des gens croisés.
L’embarcadère débusqué, nous nous mîmes à la recherche d’une embarcation pour déambuler entre les bateaux du marché flottant ; après avoir ri au nez d’un promeneur de touristes qui nous demandait 90 000 dongs pour une visite expresse du marché flottant, réduit, à 8h30 du matin, à quelques frêles esquifs, nous tombâmes sur un Viet Khieu (vietnamien de l’extérieur), citoyen canadien, ici en vacances, qui nous invita sur son sampan (fine et longue barque propulsée par un moteur à hélice télescopique).

Il nous emmena, avec ses neveux, a travers le marché, puis dans les canaux déshabités du delta, ou nous fîmes la connaissance de quelques fruits étranges, araignées géantes, arbres difformes a moitié immergés, et de quelques familles perdues au fin fond de ces canaux sinueux.
On nous offrit moult fruits et force épices, qui, mélangés, communiquent des sensations étranges au palais occidental. (exemple : oranges, ou pamplemousse assaisonnés de gros sel et de poivre pimenté : et pour le coup c’était vraiment délicieux !!)

Après 2 heures de bateau, nous reprîmes nos moto bikes, tombâmes en panne sèche à proximité d’une station service PETROVINA, nous aventurâmes dans quelques sentiers dérobés, passants sur des ponts hors d’âge, devant des maisons colorées, dans quelques profondes flaques d’eau occupant la chaussée, nous enfonçâmes dans de la saine boue que diluaient quelques fuites d’usines, et rentrâmes in town, pour déjeuner, nous baigner, et penser au lendemain.
La mousson nous a aujourd’hui épargnés, implorons la même clémence divine pour demain..
Emménagement dans le palace de 550 mètres carrés et 9 chambres, prévu après demain, le vendredi 29.
Rentrée le 2 octobre ; vacances…très bientôt.

25
sept
06

Le jour le plus vieux

Aujourd’hui, mousson.
C’est à dire pluies torrentielles toute la journée, avec interruptions de 30min maximum, une fois toutes les quatre heures.
Vêtements épongéifiés en quelques secondes, nous achetons donc des poncho plus qu’indispensables, au diable l’esthétique !
Visite sur l’île de Phusa, juste en face de CT, sur le Mékong, sorte d’île attrape touristes (que nous sommes encore), mix entre zoo de Vincennes et mer de sable version marais et jungle.
Nous voulions voir des crocos, et nous avons débarqué sur une petite digue qui menait à un îlot au milieu d’un grand bassin, un mini-lac où évoluaient paisiblement plus de 500 crocodiles du Mékong !!
3000 dongs ( 11centimes d’euros) pour leur donner des poumons de porc avec une canne a pêche en bambou (…) ça nous a bien tué une heure.
Ensuite, toujours sous une pluie diluvienne, visite aux singes, dont un qui m’a adopté plus que je ne l’ai apprivoisé et qui me montait dessus, me curait les mains, m’enlevait mes peaux mortes, semblait me lire les lignes de la main, qu’il parcourait avec ses doigts minuscules, se blottissait contre moi pour se protéger de la pluie, en couinant, en sautillant, en me jetant des regard déroutants.
La séparation a été difficile.
Sinon rien de bien passionnant dans cette île Disneyland Resort Can Tho, si ce n’est quelques spécimens de croco sauvages qui nageaient sous les passerelles en béton qui sillonnent l’île au dessus des marécages, dans une foret de cocotiers.

24
sept
06

Mékong

Aujourd’hui, ballade en sampan sur le Mékong, traversée entre d’enoormes barges et péniches transportant un chantier au grand complet (grues, échafaudages fondations, etc etc), slalom entre les pilotis des maisons bordant les rives du fleuve, surf sur les vagues faites par les gros bateaux, puis on prend des petits canaux qui se faufilent au milieu de la jungle du delta, entre cocotiers, nénuphars géants, et autres arbres flottants ou semi aquatiques, algues géantes qui servent d’abris aux crocodiles qui évoluent dans ces eaux.
Au bout d’une heure apparaît un ciel noir, vent violent, et pluie torrentielle, la mousson dans toute sa splendeur, trempés jusqu’aux os en une minute, le tout agrémenté d’un vent frais, nous retournons a l’embarcadère du Victoria, douches chaudes, thés, sieste, et retour à CT City entre 2 tempêtes.
Au programme des jours a venir : sport, piscine, bateau, et visites de maisons et de salons de massage…

24
sept
06

Can Tho va bien

Ayant enfin pu poser nos valises, nous avons pu découvrir Can Tho, ville plutôt grande, en tous cas, plus que ce a quoi je m’attendais, 300 000 ) âmes dans le centre (1 million banlieue comprise), autant de motos, mais des gens plus sympas qu’à NT ou Hoi An, qui essaient moins d’arnaquer les touristes.
Des grandes avenues, des petites ruelles, une promenade des anglais au bord du Mékong, des sampans, longues barques très fines et qui font un bruit de moissonneuse batteuse, mais à l’allure reposante si on est sourd.
Des petits restos le long du fleuve, avec des terrasses à l’étage, une statue de… l’oncle Hô évidemment, d’un goût immonde, toute argentée, mal sculptée, et éclairée par des lampadaires fluos en forme d’araignées géantes, au milieu d’un petit square avec comme barrières des belles étoiles communistes, argentées elles aussi, qui empêchent d’approcher de trop près le grand Hô (une baraque de policiers est planté non loin de là, qui sont chargés de siffler toute tentative d’approche.
Quelques uns de mes « camarades » sont arrivés, et nous avons fait un saut à la fac, vraiment géniale super moderne, dans un parc immense, planté de palmiers de toutes sortes, des petits ruisseaux bordent les allées, des terrains de sport, des bâtiments à n’en plus finir (d’ailleurs on s’est perdus), des ordinateurs à écrans plats partout, une grande bibliothèque sur plusieurs étages, le tout équipé en wi-fi, pleins de petits resto et cafés sous les arbres, dans le parc, enfin une fac version Vietnam !
Après avoir cherché pendant 1h des gens qui parlent anglais, nous avons enfin trouvé le département francophone, perdu au milieu d’une cocoteraie, où une poignée de francophones se battaient en duel.
Ils nous ont emmenés visiter des maisons louer, plutôt pas nulles, toutes sur le même format, 3 étages, une petite cour, 1 balcon au 2e, 2 terrasses au 3e, plutôt propres, pas très loin de la fac, et nous en visitons 3 ou 4 tous les jours ce WE, emménagement prévu tout début octobre.
Déjà potes avec des étudiants viêts, nous les avons conviés à se taper la cloche avec nous.

Chose insolite, encore une : ils prennent des surnoms, en fonction de leurs idoles, pour nous éviter d’avoir à nous rappeler leurs noms vietnamiens qui nous semblent être imprononçables (Ha, ho, Hien, Hiuen, Hoa, Nguyen, Linh, Lanh, Lenh, Luen, Launh…).
Les deux étudiants que nous avons rencontré se faisaient appeler l’un David car fan de Beckham, l’autre Clooney, car fan de G. Clooney… Donc on a dîné avec Beckham et Clooney. Et aussi des hollandais imbibés de bière, et un américain d’Alaska.

La vie à CT s’annonce donc vraiment top, les cours commencent le 2 Octobre, et d’ici-la on visite et profite de la piscine du Victoria, la chaleur étant difficilement supportable.
Const est partie aujourd’hui 23 septembre à 12h30, par le bus, pour l’aéroport de Saigon, direction Paris !
Quant à moi, je reste, Julien ! Il reeeeeeeste !!!!!!!!!!

24
sept
06

Saigonnara Saigon

Si les viêts commencent leur journée très tôt (5h du matin), ce n’est pas, contrairement a ce que nous espérions l’heure d’ouverture des cafés.
Après avoir attendus, devant des cafés, qu’ils ouvrent nous avons, au bout d’une heure, décidé de visiter les choses à voir, avant de partir pour Can Tho le jour même.
Cathédrale, de briques, sobre, grande statue de la Vierge sur une place en face, devant laquelle les travailleurs catholiques (naturellement) à moto (évidemment), s’arrêtent le matin, font une petite prière, ou font un chapelet en tournant autour.
Juste à coté, la poste centrale, œuvre de Gustave Eiffel ; dans le quartier se trouvent les grandes entreprises étrangères, banques, ainsi que les consulats.
Vers 8h, je suis allé récupérer ma valise et nous avons pris le bus pour Can Tho, à 4 heures de route de Saigon, au fin fond du delta du Mékong.
Ayant peu et mal dormi dans le train, nous avons roupillé dans le bus, ce qui nous a permis d’ignorer les bruits des viêts mangeant, et particulièrement mon voisin, qui bouffait du raison en crachant ses pépins parterre.
Arrivés à Can Tho vers 14 heures, nous sommes descendus au Victoria, toujours aussi agréable, au bord du Mékong.

24
sept
06

Vietrip

Const, bien arrivée le 15 au soir, nous avons pris un vol le lendemain pour Da Nang, puis un taxi jusqu’à Hoi An, la « ville » le plus charmante du Vietnam, parait-il, et c’est vrai que c’est superbe… !
Des petites ruelles, petites maisons de toutes les couleurs, des petits lampions partout dans les rues, un endroit qui semble être coupé du reste du Vietnam, du reste du monde.
Lové au milieu de montagnes de marbre, entre une rivière bordée de palmiers et la chaude mer de Chine, à l’entrée d’une sorte de presqu’île, des plages de tous cotés, des petits bateaux de pêcheurs au loin, devant des îles inhabitées, Hoi An est, vous l’aurez compris, un endroit exceptionnel.
Nous sommes restés 3 jours et 2 nuits à l’hôtel Victoria de Hoi An, chacun dans un petit bungalow à 10 mètres de la plage ; plage de rêve, sable blanc, fin, cocotiers, petites paillotes et une mer à température de baignoire : 30°C dès 9h du matin…
Side-car, sauna, fitness, shopping (Const s’est fait faire, sur mesures, une robe, un jean, des tongs et des chaussures), le sur mesure, et la reproduction de tous les vêtements et chaussures étant la spécialité de Hoi An.

Train pour Nha Trang le 18, à 500km au Sud, 7h de train.
Expérience intéressante… : la plupart des gens qui prennent le train font Hanoi-Saigon, soit un voyage de 29 heures par le train super express, ou 39 heures par le train le moins express…! (Il faut aussi noter qu’il n’y a qu’une ligne de chemin de fer au Vietnam).
Ce qui implique une certaine animation dans le train, donc Rail TV est diffusée dans tous les wagons, sur de beaux écrans plats Samsung (!), le volume à fond pour couvrir le bruit des ronflements, des gens qui mangent (les vietnamiens aiment qu’on sache qu’ils sont entrain de manger…)
Des plateaux-repas sont distribués tout le temps, le plateau gratuit dégageant une certaine odeur, ils repassent juste après avec des choses plus apetissant : nems, brochettes, nouilles, galettes de poisson, le tout payant, évidemment.
Puis vient le vendeur de boissons, thé, café, coca, eau, lait de coco, bières, vin, et des mélanges de tout ça.
Une fois que chacun a fini son plateau, en ayant fait le plus de bruit possible, et en en ayant foutu partout, il est de rigueur de déposer son plateau odorant dans l’allée, un peu sous son siège quand même, pour que la charmante hôtesse passe, accroupie, avec un sac poubelle, ramasser vos déchets à vos pieds (tout le monde est pieds nus, évidemment).
Const et moi avons des boules quiès, indispensables dans le train, et au Vietnam en général (hôtels bruyants, bus, etc.).
Arrivés à Nha Trang à 22 heures, il nous a fallu trouver un hôtel, car il n’y a pas de Victoria à NT.
Après s’être fait embarquer dans un taxi qui nous a déposés devant l’hôtel de son frère en nous incitant très fortement à y aller, nous avons trouvé refuge dans « Le café des amis », où le patron, et quelques routards français nous ont conseillé une charmante ruelle où se trouvaient plein de minis hôtels.
Nous avons choisis le Hoa My Hotel, façade clinquante, fraîchement repeinte en vert avocat et blanc riz, avec marbre en toc au sol, le tenancier avachi avec un camarade devant TV5 qui diffusait un vieux film glauque sur un duel entre 2 évadés, en anglais, sous-titré en français, langues qu’ils maîtrisaient comme je parle le vietnamien.
Un mignon petit cafard, blotti sous mes draps nous a accueilli, dans une chambre assez propre malgré tout, avec une hauteur de porte qui aurait pu me rendre fou si j’étais Roi de France.
Réveillés par les occupants du squat d’a coté, nous avons loué une moto pour visiter la ville.
Mal nous en a pris, nous étions en sang après avoir fait 100 mètres et mal négocié un rond point.
Constance n’étant donc pas si bonne pilote, je pris le guidon et nous avons visité, après les avoir trouvées, les tours Cham, et une pagode dans laquelle des statues géantes de bouddha nous ont coûté la modique somme de 400 000 dongs, soit 20 euros… Arnaqués par le simplet de la pagode, nous rentrâmes énervés à l’hôtel, après être tombés en panne d’essence dans les faubourgs bidonvilliques de NT (la moto de location étant fournie avec 10cl d’essence, et la jauge étant naturellement hors service).
Après ces émotions : repos sur la plage réputée pour les vols dont les touristes y font l’objet, mer toujours aussi chaude qu’à Hoi An, avec en prime des tonnes de sacs plastique et autres déchets flottants.
Le soir, dîner au Sailing Club de NT, genre de Yacht club de Carnac, ou nous avons pris un repas bien occidental, enfin quelque chose de nourrissant !
Le lendemain, tour en bateau sur les îles dans la baie de NT, ambiance collo, décevante si on veut absolument visiter les îles (désertes), mais très marrante et absolument surréaliste si on y va pour tuer une journée dans une ville pas très agréable.
L’équipage composé de six viêts typiques nous a servi un repas en mer, assez immangeable, puis plongée au bord des îles dans une eau turquoise, le fond visible depuis le bateau des poissons de toutes les couleurs, des coraux fluorescents… superbe.
Retour sur le bateau, puis « Fruit Party », un festival de fruits du coin, déjà testés au Victoria, mais qui compensait le « déjeuner ».
Les escales sur les îles étaient entrecoupées de concerts donnés par l’équipage, qui avait installé sur les bancs repliés du bateau, une batterie rouillée jusqu’aux baguettes, deux guitares et un micro, et qui chantait à tue-tête, des chansons vietnamiennes, françaises (Elle descend de la montagne a cheval), allemandes, italiennes, le tout déguisés en cuisiniers, paysan viêt avec son chapeau conique, en se trémoussant, et avec un accent a couper a la machette ! Surréaliste.
Ensuite île attrape touristes, avec une belle plage, mais bordée de boutiques de pseudos artisans qui fabriquent des sortes de plaquettes en nacre plastifié pour les anglais de passage, des activités amusantes, jet ski, parachute ascensionnel, kayak, catamaran, badminton, beach volley etc.
Retour sur le bateau, et grosse party avec vin à volonté sur des bouées dans l’eau, tout le monde (surtout l’équipage) bourré, marrant !

Retour au port de NT après 7h de bateau, puis plage, dîner au café des amis, et train de nuit pour Saigon.
Train de nuit idem que le train de jour, sauf qu’on dort mal, que tout le monde ronfle, que ça pue, et que, la télé coupée, le bruit est encore insupportable.
Arrivés à Saigon à 4h30 du matin.

Saigon avec Const
Hoi An
En train entre Da Nang et Nha Trang
Nha Trang
24
sept
06

Le jour le plus chaud

Nuit horrible. Ma chambre donnant sur la rue qui est, je l’ai dit longuement, très bruyante, mes vitres étant finement épaisses, j’avais l’impression de dormir fenêtres ouvertes.
La clim m’a rendu malade. Réveillé avec la gorge comme obstruée par un glaire géant.
Ayant oublié d’éteindre la télé avant de m’endormir, je me suis fait réveillé en pleine nuit par le cri d’un Inuit chassant le phoque, superbe reportage sur les esquimaux de TV5 Asie…
Je suis allé me prendre mon petit café-croissant-confiture au « Go 2 Eat », en lisant Le Courrier du Viêtnam.
En terrasse dont vous avez une photo, sur chaises en osier sous la protection de beaux petits palmiers, régulièrement abordé par de plaisants petits vendeurs ambulants qui proposent des lunettes, des montres, des briquets, des hamacs, des livres, des DVD, des journaux, des pin’s, des badges du PCV, etc etc etc.
Puis suis allé commander mes vacances dans un « travel café » comme il y en a ici.
Nous partons donc demain pour Da Nang en avion, d’où nous rejoindrons Hoi An, à 30km.
Nous repartons le 17 de Hoi An, pour Da Nang, où un train pour Nha Trang nous attendra.
Du 17 au 19 nous restons à Nha Trang, et sommes de retour à Saigon le 20 à 4h30 du matin, après une nuit dans le train…
Le 20 nous gagnerons Can Tho, par bateau, où nous nous poserons pendant quelques jours pour Constance, pendant quelques mois pour moi !
Non pas que j’ai hâte de quitter Saigon, car je commence à m’habituer à son côté fiévreux et survolté, mais je ne vais pas être mécontent de trouver un peu de calme.
Car je n’ai pas pu le dire hier, ne l’ayant pas encore vécu, mais Saigon ne dort pas. Tous les cafés, les agences de voyage, les restos sont ouverts toute la nuit, les gens font leur exercice physique sur la grand place de Saigon, sur un mix entre Techno chinoise et musique traditionnelle, le tout craché par les hauts parleur du PCV, qui ornent chaque réverbère.
D’autres courent après les bus de nuit qui partent pour les autres villes du pays, et qui foncent dans les rues, phares éteints, et à coté de tout ça les chauffeurs de Xe Loi dorment dans leur engin, ou discutent avec leurs collègues en fumant, en buvant, et en goutant un repos bien mérité.

Je vais aller chercher Constance à l’aéroport, parce qu’elle serait capable de se faire enlever par « un type trop sympa » qui lui aurait proposé, pour 50$, de l’emmener à Bangkok…

Xin Chào !

14
sept
06

Le jour le plus long

15h à Saigon ; ma chambre d’hôtel toutes fenêtres fermées à cause de la chaleur extérieure, quand je ferme les yeux me fait penser que je suis au bord d’une autoroute, en pire.
Des nuées de motos, mobylettes, scooter, vélos-moteurs, charrettes a moteur, vélos raccordés à un générateur récupéré, enfin tout ce qui a des roues et qui peut se brancher sur un engin qui permet d’avancer sans se fatiguer et en faisant le plus de bruit possible défile dans un flot incessant dans les rues de Saigon.
Ajoutez à ces 2 roues, voire 1,5 ou 3 roues, les voitures, les camions, les vélos (les vrais), et les piétons, et alors vous aurez une vague image de ce qu’est la circulation à Saigon.
Quelques règles que j’ai déchiffré en traversant quelques rues, observé en taxi, ou me suis fait expliquer par des saïgonnais bienveillants :
- Le Piéton : c’est le pauvre, il marche dans le caniveau parce que les trottoirs sont « réservés » aux deux roues. Les voitures passent à moins d’un mètre d’eux, à 80km/h en plein centre ville.
- Le Vélo : idem, c’est le pauvre, il a pas de quoi greffer un moteur sur son vélo, donc pris dans les nuages de deux roues motorisés et de voitures, il se fait doubler sans ménagement;
- En voiture, et en moto (…) : PAS DE CODE DE LA ROUTE. Important à savoir. Les panneaux existants (stop, sens interdit, ne pas tourner a droite ou a gauche, et les feux), ne sont là que pour lé décoration. Se trouver face à face avec une voiture dans un sens interdit c’est tout ce qu’il y a de plus banal.
De voir tous les deux roues foncer quand le feu est rouge, idem.
Imaginez vous piéton à Saigon… pas de passage clouté, c’est au forcing, au petit bonheur la chance, il faut se jeter entre 2 nuages de motos, en regardant bien a droite, à gauche, derrière, devant, et en haut, et surtout traverser lentement, le sprint piqué par les parisiens quand le feu passe au vert est une habitude à oublier.
Parce qu’il en vient de partout, bon pas d’en haut, mais les halls des maison, d’hôtels (!), de magasins, sont des parkings à motos, qui en sortent à toute vitesse ! La réception de mon hôtel compte 3 motos hors d’âge, juste a coté du comptoir, la patronne est assise sur l’une d’elles pour accueillir les clients…!!
Toujours en voiture et en moto, les clignotants et tous les boutons qu’on peut trouver dans une voiture, c’est comme les panneaux de signalisation, les gens savent pas à quoi ça sert.
TOUTE la circulation se fait au klaxon, ce qui est à la fois assourdissant, et marrant, chacun klaxonnant toutes les 5 secondes par réflexe un peu comme nous quand on regarde dans notre rétro ; donc on assiste à des concerts de klaxon sans queue ni tete. Mon taxi driver, mon premier contact avec un « automobiliste » vietnamien n’avait pas de compteur, les taxis se payant d’avance par un système de forfait… donc il fonçait, pour se faire du rab, et sur 30 min de trajet, il a du ne pas klaxonner pendant 10min maxi. Fonçant dans le tas des 2 roues, roulant sur la moitié d’un trottoir pour éviter (quand même) une pauvre vieille marchande de fruit dans le caniveau, sans raisons il klaxonnait ; j’ai l’impression que c’en son fond sonore, sa radio, le FIP saïgonnais.

Enfin bon, voila pour le plus marquant quand on débarque ici.
Mais pour débarquer encore faut-il avoir embarqué.
J’ai donc embarqué à midi a paris, pour Kuala Lumpur, dans un avion rempli au tiers !! Donc tout le monde allongé sur les rangées, les plus chanceux dans les 4 places, les autres (moi) dans les rangées 2 places.
Douze heures de vol sans problèmes donc, jusqu’à Kuala Lumpur où je suis arrivé à 6h AM heure locale.
2h d’attente dans le superbe « hub » de KL, où je me suis perdu en cherchant la smoking room.
Puis embarquement dans un vieux coucou, à 8h pour Saigon.
Sièges à peine fixés au sol, volets sur les ailes rongés, prêts à lâcher, enfin pas très rassurant.
Surtout que, mousson oblige, nous avons décollé en plein orage, éventré de gros nuages, traversé d’importantes turbulences.
Mes camarades de vol sur ce coucou m’ont confirmé le coté « roots » en me disant : « On a pas de passeports, on a pas le droit d’être dans l’avion »
Cinq viêts entre 15 et 20 ans, qui étaient allés « bosser » pour leur « patron » en Malaisie (…) et qui rentraient au pays. L’hôtesse n’a pas paru étonnée… Bon.

Après 1H de vol, arrivée à Saigon, aéroport miniature comparé à KL ou CDG, piste d’atterrissage entourée de vieux hélicos soviets tous rouillés, des restes de base militaire : des vieux hangars en béton recouverts de mousse (herbe) et surveillés par des militaires en bel uniforme vert…

Descente de l’avion dans une chaleur étouffante, très humide, donc je suis passé en mode ruisselage en 10min, le temps d’arriver à la douane.
Un douanier plutôt marrant, contrairement à ce à quoi je m’attendais ici.
Les vietnamiens sont vraiment sympas, ils parlent, ils conseillent des choses à voir ou à faire, ils rient (beaucoup, ce qui me change de la France), et ils cuisinent divinement bien..
Petit déjeuner business aujourd’hui, et malgré les deux repas et les deux petits déjeuners servis dans l’avion, j’ai réussi à avaler des petits nems enrobés de salade, et du riz avec du poulet aigre douce et des plantes bizarres.

En conclusion de cette première journée, Saigon m’est apparu comme une ville folle, extrêmement animée, vivante, grouillante, tout le temps en mouvement, un monde à part, une immersion totale dans la fièvre asiatique.

Vues d'avion et survol du Delta du Mékong



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